dimanche 18 décembre 2011

La Quête du poète

Saint-Pétersbourg, le 4 Novembre 1994.

Mon petit chaperon couleur pervenche,

Mon voyage se poursuit, interminable, j'avale des centaines de kilomètres, goulûment, sans parvenir à apercevoir l'horizon de ma quête. Après Tallin en Estonie, c'est à Saint-Pétersbourg que je séjourne. Tout y est grandiose, magnifique, époustouflant... le musée, le théâtre, les églises... J'ai même trouvé un hôtel accessible et presque décent. Mes journées s'écoulent, je vagabonde, je l'imprègne de la Russie... et je me sens toujours aussi incomplet, creux.
Si tu savais comme c'est dur, ma sœurette... et qu'est-ce que tu me manques... c'est si fastidieux de vivre en vagabond, sans chez-soi, avec à chaque instant un détail qui me rappelle que je suis un intrus, un étranger, et que la France est si loin ! De la terrasse de café ou je me suis installé, je peux apercevoir des lettre cyrilliques partout, des gens qui s'interpellent dans un charabia incompréhensible... qu'est-ce je ne donnerais pas pour entendre de nouveau tinter à mes oreilles ma langue bien-aimée tout autour de moi ! Paris me manque tant...
Tu me penses masochiste, n'est-ce pas ? M'exiler volontairement comme ça, à poursuivre un idéal inaccessible, me faire souffrir pour rien ? Maman ne cesse de me répéter que je suis fou. Je pense que tu es la seule à pouvoir me comprendre. Moi je pense que mon exil est nécessaire. Je pense que le voyage est la voie de prédilection du poète. Du Bellay, Hugo, tant d'autres ont écrit leurs plus beaux poèmes loin des leurs... Oh la la ! Ce que je peux être présomptueux ! Comment puis-je me comparer à eux comme ça ? Bien souvent je me dis que je suis un imbécile complètement à côté de la plaque.
Mais non, vraiment, je pense que mon tour de l'Europe, dût-il durer dix ans, constituera un pilier maître de ma quête et mon œuvre poétiques. Je sens que ce voyage peut m'apporter un maturité qui me permettra d'écrire mieux, qui m'aidera à faire des mots mes amis. Cette expérience sera un élixir dans mes veines, qui enrichira mon âme et adoucira mes phrases. Tant pis pour les souffrances que je m'inflige ce faisant. Écrire passe avant tout.
Ne me demande pas de revenir, je t'en prie ! Cas j'ai très peur de ne pas pouvoir résister à cette tentation. Et ce serait trahir la langue au profit de mon cœur, de ma faiblesse naturelle. Ne le prends pas contre toi, car ce serait te fourvoyer et souffrir pour rien. Je t'aime plus que n'importe qui au monde. Mais la poésie et les mots m'enveloppent comme un manteau chatoyant à chaque pas que je fais, ils sont nichés au creux de ma poitrine, comme un second cœur qui m'imposerait son rythme, et se déploient en arabesques dans mon âme. C'est plus qu'un devoir, c'est une nécessité, un besoin vital, jouissif et douloureux, de tout leur sacrifier.
Au fond, je pense que la vie d'un poète, c'est ça : s'effacer derrière ses mots, tout leur sacrifier. Mon moyen à moi de leur rendre hommage, c'est de souffrir pour eux. Le voyage me semble une démarche raisonnable, raisonnée et tout à fait justifiée. Aux orties ma faiblesse ! Je ne renoncerai pas à mon Iliade. Je veux effacer mon quotidien de ma vie,et ne garder que ces grande pans de géographie, ces rencontres, ces imprévus qui constituent la clé de voute d'un voyage, pour les offrir à mes mots. Quand j'aurai tout donné, tout perdu, alors je pourrai revenir, et je te serrerai dans mes bras pendant trois lunes s'il le faut pour rattraper le temps perdu, petite princesse !

Allez, je cesse de t'importuner. Je t'aime, ma petite soeurette... embrasse tout le monde.

Je ne t'oublie pas.

Ton poète préféré.

Célestine ©








N.B. Ici je n'ai aucune prétention d'écrire quelque chose d'universel ; ce n'est pas mon amour des mots que je décris, d'abord il n'est pas assez fort, ni la passion des écrivains en général ; mais c'est une branche de l'infinité des possibles. J'ai créé un personnage. Sa passion tumultueuse s'est imposée à mon esprit, contre ma volonté. Libre à toi, cher lecteur, de le traiter de fanatique, de sectaire, de psychopathe, ça ne me regarde pas. C'est lui, ce n'est pas moi, c'est mon poète, tout simplement. Je n'ai aucune emprise sur sa vie et son destin.

4 commentaires:

  1. Tout d'abord.. Je dois te dire bravo. Ce texte m'a surprise, je ne sais pas vraiment pourquoi, peut-être parce que je n'étais pas habituée à cette qualité d'écriture. Tes autres textes racontent une histoire, sont certes très bien écrits, mais là, tu racontes une façon de pensée, une philosophie, et tu le fais avec tellement de beauté !
    "Mais la poésie et les mots m'enveloppent comme un manteau chatoyant à chaque pas que je fais, ils sont nichés au creux de ma poitrine, comme un second cœur qui m'imposerait son rythme, et se déploient en arabesques dans mon âme. C'est plus qu'un devoir, c'est une nécessité, un besoin vital, jouissif et douloureux, de tout leur sacrifier."
    Te rends-tu compte à quel point c'est beau ?! J'aime beaucoup la juxtaposition de 'besoin jouissif et douloureux', l'oxymore décrit parfaitement je trouve ce que tu veux faire passer.
    Donc voilà, merci de ce très bon moment de lecture !
    Jennsen.
    ps : seul minuscule bémole, "mon petit chaperon couleur pervenche". C'est trop pour moi, peut-être trop lourd, peut-être trop pathétique, je ne sais pas, c'est trop, tout simplement.
    - Faute de frappe à la ligne 10 : je M'imprègne.
    En relisant ton texte, j'ai trouvé une chose qui me parait incongrue : "Je me sens toujours aussi incomplet, creux".. Le voyage n'est-il pas sensé l'aider, justement ? Parfois c'est un peu contradictoire, mais peut-être cela fait-il toute la complexité et toute la beauté de ton texte.
    Voilà, là je finis vraiment ;)
    Merci !
    Jennsen.

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  2. Merci beaucoup ! Je suis heureuse que ce texte t'ai plu. Comme cette vision de la littérature ne me correspond pas vraiment, j'avais peur qu'il soit, comment dire... Ridicule ? Excessif ? Parodique peut-être ? Je manque d'esprit critique envers mes textes, j'ai toujours peur avant d'en présenter un à quelqu'un...
    Ta remarque sur le "je me sens toujours aussi incomplet, créux" me fait douter... Mon poète n'a pas achevé se quête, mais je ne m'étais pas demandé si celleci avait ou pas porté des fruits...
    Donc je le modifierai quand j'aurais medité sur la question ! Et j'en profiterai pour corriger la petite faute !

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  3. Non, ce n'est pas ridicule ! Et nous avons tous peur de présenter nos textes, moi la première tu sais.
    Jennsen.

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  4. Ici le poète est un grand voyageur solitaire... :)

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