Eh bah voilà, on y est, on y reste, on va pas se laisser intimider par quelques adultes qui aiment la même chose que nous : écrire. Allez, c'est parti, aux diable les préjugés, au diable les mauvaises idées, et vive la nuit à Eymet !!!
Déjà, on se présente en dix lignes. O.K. Bah voilà moi c'est Mélody j'ai quinze ans... ( je vous épargne les détails...) On lit devant tout le monde, ça fait un peu bizarre au début, mais on s'habitue. Et ensuite ? Les « Je me souviens » re-O.K. Je me souviens de ci, de ça, maintenant on connait un tout petit mieux les gens qui nous entourent. Nous sommes traitées comme des adultes. Tous gentils, tous chaleureux, génial ! Avec les Je me souviens on fait une chaîne, chacun dit un des ces Je me souviens à la file, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. C'est sympa à faire.
Après, on prend tous un plan de la ville, et on pars en vadrouille pour visiter, en pleine nuit, les rue et les ruelles, en écrivant nos sensations comme elles viennent, tout du brut, et puis aussi ce qu'on voit. Il se met un peu à pleuvioter, mais rien de terrible. Nous sommes des aventurières ! Pas de quoi avoir peur d'un petit crachin de rien du tout. Bloc-notes ou cahier à la main, nous faisons notre petite inspection des lieux. Très agréable. Je me suis trouvée une véritable passion pour la découverte des villes sous les étoiles (ou en l'occurrence sous les nuages...).
À dix heures et demi, on rentre, et on fait un plan des ruelles traversées, en plaçant nos sensations et ce qu'on a remarqué. On ajoute trois Je me souviens, même sans aucun rapport, on s'en fiche. C'est rigolo. Difficile de s'y mettre dans mon cas, mais une fois que c'est parti, c'est comme un cours d'arts-plastiques : super cool ! Bon, je sais que tout le monde n'aime pas l'art plastique, mais j'y peux rien, moi j'aime bien, et ça m'y a fait penser.
Ensuite... euh... c'est un peu vague maintenant dans ma mémoire, bah non je ne suis pas un éléphant, tant pis hein. Ah oui ! Avec notre super plan amélioré, on retrace notre chemin dans les ruelles, en disant « tu » à notre personnage, comme si on se regardait soi-même visitant la ville. On imagine notre parcours, on le voit, on dit ce que ce «Tu» ressent... Si vous voulez un exemple, voilà ce que j'ai fait (je parle au féminin puisque je m'imagine moi):
« Tu fermes le portail. Tu marches, un léger frisson, court sur tes bras peu couverts. Tu remontes la rue, tu tournes machinalement à droite, puis tu t'engages dans une de ces petites ruelles serrées où tu te sens chez toi, en sécurité, protégée par les arbres, les murs, les vieilles portes, et le sol cabossé. Finalement, tu files tout droit. Là-bas, il y a de la verdure, c'est beau, c'est frais, ça respire... Tu te sens bien, tu imagines un forêt autour de toi. Et toi tu es perdue au milieu de la ruelle, bientôt sentier de terre bordé d'arbustes et de fleurs.
Soudain, tu entends le grondement du tonnerre au dessus de ta tête.
- Je me souviens vaguement de la grande tempête, en 99...
Au bout de la ruelle, tu fais demi-tour. Tu rumine tout ce que tu viens de te dire, et te voilà arrivée au croisement. Tu suis le trottoir sur ta droite, tu passes devant une drôle de grue, les roues en l'air, comme un chien qui se dresse sur ses pattes arrières pour mieux demander qu'on lui serve son repas. Tu ris.
Une voiture te croise, tu te retournes, et brusquement plein d'idées absurdes mais bien présentes s'insinuent dans ta tête. Tu as peur. Tu réalises qu'il fait nuit noire, là. Tu fuis et t'engouffres dans le premier chemin que tu trouves, tu t'arrêtes de courir, déjà essoufflée. Tu regardes autour de toi : nature, nature, nature... Hummm... Bien-être... Tu as l'impression de remonter dans le temps avec toutes ces ruelles aux dalles abîmées et aux portes en bois délavé. Des portes partout. Partout. Tu imagines les gens qui en sortent, qui disent bonjour (ou pas) au voisin, qui prennent leur vieux paniers d'osier pour aller au marché.
Tu croises un rosier, des vignes, ou des plantes qui dégoulinent sur les façades. C'est joli. Tu sens le calme. Tu sens et tu ressens la liberté dans ton cœur et dans ton âme.
Il flotte une vague odeur de nourriture quand tu passes à côté des cuisines...
- Je me souviens des acacias et de leurs fleurs mangées en beignets, qui me brûlaient les doigts...
Tu regardes ta montre. Zut, il est tard, tu devrais rentrer. Alors tu te lèves péniblement, et tu repars, tu passes devant la drôle de grue et la voiture qui t'intimide, tu marches sur une feuille d'automne...
- Je me souviens du grand chêne, là-bas, sur le chemin...
Bon, là, c'est mon texte final, j'y ai inséré une autre activité amusante de cette nuit originale : le moment où l'on invente des mots ! Vous avez dû lire avec des yeux ronds "les étoiles s'invisibilisent"... Bah non ce mot n'existe pas, c'est bien pour ça que je l'ai écrit ! D'autres on bien mieux réussi que moi, disons que c'était dix fois plus drôle... Mais je crois que le passage des mots inventés, pour moi, rentre bien dans le texte.
Pour faire cette dernière activité, Claude nous a lu un exemple, et chacun l'a plus ou moins reproduit. J'ai trouvé très sympa de voir les différentes façon dont les participants ont vu les choses, chacun avait trouvé une manière différente de le faire. Et tout était juste ! Rien à côté de la plaque, juste un point de vu ou plutôt une manière de faire différente !
Mélody ©
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