Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pende au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.
Théophile Gautier, Premières Poésies
Qu'en pensez-vous ?
Mélody ©
J'me sens tellement con à vouloir écrire des poèmes maintenant !
RépondreSupprimerMeuh non, dis pas ça !
RépondreSupprimerTiens, même Rimbaud a écrit des poèmes un peu étranges.
Exemple :
LUI — Ta poitrine sur ma poitrine,
Hein ? nous irions,
Ayant de l'air plein la narine,
Aux frais rayons
Du bon matin bleu qui vous baigne
Du vin de jour ?...
Quand tout le bois frissonnant saigne
Muet d'amour,
De chaque branche, gouttes vertes,
Des bourgeons clairs,
On sent dans les choses ouvertes
Frémir des chairs ;
(Extrait de Ce qui retient Nina)
Ou :
1. Les Parents
Nous sommes tes Grands-Parents,
Les Grands !
Couverts des froides sueurs
De la lune et des verdures.
Nos vins secs avaient du cœur !
Au soleil sans imposture
Que faut-il à l'homme ? boire.
Moi — Mourir aux fleuves barbares.
Nous sommes tes Grands-Parents
Des champs.
L'eau est au fond des osiers :
Vois le courant du fossé
Autour du Château mouillé.
Descendons en nos celliers ;
Après, le cidre et le lait.
Moi — Aller où boivent les vaches.
Nous sommes tes Grands-Parents ;
Tiens, prends
Les liqueurs dans nos armoires
Le Thé, le Café, si rares,
Frémissent dans les bouilloires.
— Vois les images, les fleurs.
Nous rentrons du cimetière.
Moi — Ah ! tarir toutes les urnes !
(Extrait de La Comédie de la Soif)
Bon, c'est sûr que la façon de parler était différente à l'époque, mais quand-même ^^
Et puis, de toute manière, tes poèmes ont l'avantage d'être uniques et vrais dans le sens que tu ne t'inspire de personne d'autre que toi-même. Je ne trouve pas toujours de sens à tes vers mais ils doivent bien en avoir pour toi, je ne crois pas que tu sois fou, tout de même ! Alors fini la déprime ! ;)
Il n'y a rien de dépressif dans mon commentaire; C'était juste un euphémisme pour considérer le poème de ce cher Théophile...
RépondreSupprimerDécidément, je suis à côté de la plaque... x)
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