mercredi 24 octobre 2012

Cariño

Tu es assis devant la bée vitrée, tu regardes le temps passer. Tu es seul, si seul. L'hiver t'emportera peut-être cette année sous son manteau glacé. Tu ne sais pas, tu ne sais plus. Rien ne bouge, pas même toi. Dehors, l'herbe est blanchie par le froid, les arbres sont nus et paraissent si fragiles, les nuages passent dans le ciel bleu et le soleil n'est pas là pour réchauffer l'atmosphère, juste pour apporter un peu de lumière.
Tu t’ennuies. Toutes ces années que tu as vécues, tous ces gens que tu as rencontrés, et tous ces enterrements auxquels tu es convié. Ils meurent tous autour de toi. Tes enfants sont partis vivre leur vie loin là-bas. Tu es de plus en plus seul.
Tes jambes sont trop vieilles pour jouer comme un enfant, pour marcher jusqu'au village. Tes yeux sont trop fatigués pour voir les détails, et tes doigts sont trop tremblants et gourds pour faire les choses avec finesse. Finies les broderies de mamie. Finies les décorations de bois que tu faisais avec patience.
Maintenant que tu es seul et que tu ne peux plus rien faire que rester assis sur ta chaise, tu regardes le temps dérouler son tapis derrière la vitre. Les jours sont tous les mêmes, tu ne sais plus faire la différence. La monotonie et la solitude t'emportent peu à peu, et la mort aiguise son arme pour mieux te faucher quand il sera temps.
Tu deviens si immobile qu'on en vient à se demander si c'est toi qui regardes le paysage ou si ce n'est pas plutôt le paysage qui te regarde, une lueur de compassion dans les yeux, malgré son impuissance.
Puis deux petites oreilles blanches et poilues troublent ta vue. Quelque chose de chaud se roule en boule contre toi, et se met à ronronner.
Le ronron a brisé le silence qui te gardait prisonnier.
Un vague sourire se dessine sur tes lèvres sèches et ridées, et fait briller tes yeux comme autrefois.
Le chaton t'a rendu le sourire que tu avais perdu, celui-là même qui était mort avec tes frères et tes amis, et qui errait en toi comme une âme en peine aux côtés de ta joie.
Et la mort est partie chasser une autre proie.
Mélody ©

lundi 15 octobre 2012

Quatre saisons

Mélody ©

L'été s'en est allé
Emportant ses douceurs,
Emportant sa chaleur

L'automne est arrivé, 
Apportant sa fraîcheur, 
Apportant ses couleurs

La pluie l'accompagnait,
Arrosant les dernières fleurs
Arrosant aussi nos coeurs

Les oiseaux ont détalé
Cherchant des jours meilleurs,
Cherchant vers l'équateur

Le soleil s'est caché,
Tentant de percer les nuages de pleurs,
Tendant ses rayons pour réchauffer nos cœurs

Et quand l'hiver viendra, gelé,
Il peindra nos visages d'une drôle de paleur
Il peindra le paysage d'une vague blancheur

Puis le printemps reprendra le dessus,
S'éveillant, s'étirant, après des mois de langueur,
 Agitant son pinceau pour réveiller les couleurs

Mélody ©

jeudi 11 octobre 2012

Danse avec le Feu (Les Etoiles)

L'enfant était assise sur un petit banc de bois, devant la cheminée, toute seule. Elle regardait les flammes danser devant elle avec de grands yeux, comme si c'était la plus belle chose au monde. Il faisait sombre dans la pièce, et les flammes vives faisaient comme des éclairs dans un orage, des reflets dansants sur les murs de la chaumière. La fillette ne bougeait pas, les poings serrés sur son jupon et les chevilles croisées. Ses yeux étaient aussi immobiles que le reste de son corps, et servaient de miroir au feu.
L'enfant se leva lentement, sans quitter des yeux l'objet de sa fascination, puis s'approcha de la cheminée, le dos légèrement courbé. Elle s'arrêta à quelques pouces des flammes, leur lueur dansant sur ses joues, leur chaleur y faisant apparaître de nouvelles couleurs.
Elle avança encore, entrant entièrement dans le brasier. Elle ne sentait pas la douleur, elle ne sentait pas l'odeur de sa chair agressée, brûlée, elle ne sentait plus rien d'autre qu'une joie intense de ne plus faire qu'un avec le feu. Un sourire étincelant se dessina sur ses lèvres, et elle ferma les yeux en levant les bras au ciel et en relevant le menton, s'offrant toute entière au pouvoir des flammes, ouvrant son cœur à leur chaleur sans se rendre compte que son corps brûlait comme les bûches de chêne sec.
Ses pieds ne touchaient plus le sol, la cheminée ne l'enfermait plus dans son étreinte de pierre, le feu ne l'agressait plus, il dansait avec elle, il la frôlait de ses tentacules orangées, tourbillonnant dans l'immensité du ciel. Des ombres et des reflets lumineux maquillait le visage doux et serein de l'enfant. Le vent lui offrait des ailes, et elle s'élevait dans le ciel, toujours plus haut, perdue dans les étoiles, perdue dans ses rêves aux couleurs chatoyantes. Ses cheveux dansaient eux aussi, comme si sa tête était une pieuvre qui se laisse aller aux aléas de la mer. Et les jupes de la petite fille étaient des vagues agitées par le courant du vent. 

Dehors, l'air était glacial. De gros flocons de neige blancs tombaient par milliers, ensevelissant les touffes d'herbe grasse, recouvrant le lac gelé d'un châle d'hermine, recouvrant les arbres comme pour les cacher, unissant tout d'une même couleur apaisante s'opposant à la noirceur de la nuit. 
Puis un rayon de lumière crevant l'obscurité. Une petite silhouette s'éleva dans le ciel, des flammèches de soleil entourant gracieusement son petit corps. Ses cheveux déployés comme les tentacules d'une pieuvre dansaient avec l'orangé, soulevés avec régularité et légèreté comme l'onde d'une vague; une vague de vent alors que rien de bougeait à l'instant, le temps s'était-il arrêté ? 
L'enfant s'élevait vers le ciel les bras tendus, ses yeux étaient fermés cependant que ses lèvres s'étiraient en un dernier sourire. 
Puis les flammèches se regroupèrent en une boule lumineuse flottant au-dessus de son cœur. La tête reversée, les bras lâchés, tous ses membres détendus et attirés vers la terre par le phénomène de gravité, elle n'était plus soulevée qu'au niveau de la boule de feu et de lumière, son cœur devenant le centre d'elle-même. Elle traversa un nuage et resta allongée dessus, alors que les dernières lueurs de sa danse avec les flammes s'éteignaient sur sa poitrine, comme aspirées par son cœur pourtant mort. Elle était entrée dans le domaine du ciel, le feu n'avait rien à y faire.
Elle était seule dans l'immensité. Seule sur un nuage qui témoignait de son départ du monde des vivants. Désormais c'était lui qui continuait son voyage vers le ciel, qui la conduisait lentement vers les étoiles dont elle ferait partie. 
Puis les flammèches réapparurent, mais d'une autre manière. Tout son corps était lumineux maintenant, comme si son cœur, les ayant aspirées, avait réussi à faire circuler la lumière chaude et brillante dans ton son corps, remplaçant le liquide habituellement rouge dans ses veines. 
La silhouette s'éleva à nouveau toute seule, rendant sa solitude au nuage, pour prendre place dans l'infinie voûte céleste au milieu de tous les corps flottant ainsi pour toujours. 

L'enfant était assis sur un petit banc de bois, devant la cheminée, toute seule. Elle regardait les flammes danser devant elle avec de grands yeux, comme si c'était la plus belle chose au monde. Il faisait sombre dans la pièce, et les flammes vives faisaient comme des éclairs dans un orage, des reflets dansants sur les murs de la chaumière. La fillette ne bougeait pas, les poings serrés sur son jupon et les chevilles croisées. Ses yeux étaient aussi immobiles que le reste de son corps, et servaient de miroir au feu. 

Mélody ©

mardi 9 octobre 2012

Une lumière dans l'obscurité

Longue agonie de la radieuse maîtresse
Dans la nuit noire quoique éclairée
Grosse ironie de la studieuse ivresse
Dans la nuit noire bien qu'éclairée

Fatale erreur de ma splendide lumière
Dans la ville noire mais illuminée
Saute d'humeur de l'authentique lumière
Dans la ville noire et allumée

Je me souviendrais de cette ville

Comme enivrée par ce parfum utopique
Dans la ville dense tu t'éloignais
Comme pour écouter ce chant mélodique
Dans la nuit pense-tu m'oublier
Comme pour éviter ce temps méthodique

Je me souviendrais de cette nuit

Candide Jr. (Wilhelm)©

jeudi 4 octobre 2012

L'enfant soldat

Pour toi l'enfant soldat,
Tant oublié là-bas,
Tu ne reviendras pas
De ces affreux combats
Qui ne sont pas les tiens
Une arme pour seul bien,
Arraché de tous liens,
Menacé pour un rien

Pour toi l'enfant soldat,
Ce poème pour toi,
De cette peur en toi
Un jour tu seras roi
Trop souvent mutilé,
Tes parents massacrés
Tu as déjà donné
Ton sang abandonné

Pour toi l'enfant soldat,
Ignorant toutes voies
Et ce qui t'attendras
Mais un jour tu pourras
Peut-être un matin
Décider du destin,
Tu verras le déclin
Et tes premiers câlins

Candide Jr. ©

mercredi 3 octobre 2012

Les cascades de la vie

Les larmes glissent sur les cils,
Dévalent les rides des joues
Les yeux rougis se défilent,
Se ferment pour ne plus voir du tout.

Mais les mots crient toujours dans ta tête,
Les mains sur les oreilles,
Pourvu que le bruit s'arrête,
Que la mer se calme et que vienne le soleil.

Mais la voix résonne encore, ne veut plus s'en aller,
Retourne le couteau maintes fois dans la plaie,
Ne t'accorde aucune pause pour autant désirée.
Tu espères que le cœur explose pour être libéré.

Un moment le silence remplace la tempête,
Quand tu penses à autre chose, c'est là que tout s'arrête,
Mais comme tu t'en rends compte alors tout recommence,
C'est reparti pour un tour, la tempête obstrue tes sens.

Puis les larmes versées qui ont vidé ton corps,
Te le rendent épuisé, sans énergie, comme mort,
Alors là seulement tu peux te reposer,
En posant ta tête lourde sur l'oreiller mouillé.

La douleur au matin te semble plus légère,
Tu te lèves sans entrain mais la plaie moins sévère,
T'accorde un seul sourire avant que ne reviennent,
La voix et les larmes que tes yeux en vain retiennent.

L'inaccessible est le plus douloureux,
Car la flamme de l'espoir s'éteint, silencieuse;
Alors que les souvenirs infectent le sang,
Et que ta mer, vive, s'agite intérieurement.

Et le feu qui s'éteint te brûle plus qu'allumé,
Comme si les braises, fumantes, te faisaient tousser,
Comme si la flamme au fond eût été remplacée,
Par le mot désespoir dont la vague est glacée.

Le terme « inaccessible » te fais mal à la tête,
Il tourne, se dessine, se pare d'épines qu'il te jette,
Et tu te contorsionne, ne sachant plus que faire,
Tu te rappelles que quand-même, maman te l'avait dit,
Relativiser, ça fais mal, mais c'est plus vite fini
Que de brouter tes idées-noires, voir le monde à l'envers.

Le mot « abandon » remplace « inaccessible » et « désespoir »,
Là c'est plus difficile, t'es bien accroché(e) à tes idées-noires.
Les larmes coulent, le sommeil t'enlace,
Le temps passe et te dépasse

Puis à la fin c'est tout de même fini,
T'es prêt(e) pour une autre cascade de la Vie.
Le printemps est là, chassant l'hiver,
Et ses grands bras fleuris te réchauffent et te serrent.

Mélody ©