lundi 17 décembre 2012

Folle (de lui)

Imagine qu'un matin au lycée tu vois la personne que tu aimes arriver et qu'une vague de désir te submerge. Imagine que tu ne réfléchis plus et qu'à cet instant tu cours vers lui pour lui dire bonjour sauf que tu l'embrasse sur la bouche. Imagine qu'il te repousse et que la chose que tu souhaite le plus au monde à ce moment-là c'est de t'enfoncer le plus profond possible sous terre.
Toi qui imagine tout ça, imagine aussi que je l'ai vécu... Mais mon histoire est plus compliquée, elle ne s'arrête pas là.
C'était un jeudi matin, j'attendais au troisième étage devant la salle d'Histoire. Un brouhaha d'élèves blasés par la banalité de leur vie de lycéen ou secoués par des évènements affectifs forts (pour faire simple, une rupture ou une engueulade avec un ami) occupait tout le couloir, comme d'habitude. J'étais au milieu de ce petit monde, le regard dans le vide, pensant à autre chose, ou plutôt à quelqu'un d'autre. J'ai relevé les yeux. Et là je l'ai vu qui arrivait, en haut de l'escalier nord, le sac sur l'épaule et la démarche rythmée. J'ai sûrement rougi. Je me suis avancée, dans l'idée de lui dire bonjour, parce que même si je ne sors pas avec c'est une connaissance quoi. Et puis je ne sais pas ce qui m'a prit, au lieu de lui faire la bise comme j'aurais dû le faire, je l'ai embrassé. Je ne comprends toujours pas comment j'ai eu le courage de faire ça, pourquoi j'ai osé le faire. Mais je l'ai fait. On pourrait se dire que c'était délicieux, que comme dans les contes de fées le moment était merveilleux et comme par hasard lui en rêvait autant que moi. Sauf que pas du tout. Il a eu l'air surprit, et il s'est aussitôt détaché de moi.
Qu'est-ce que vous feriez à ma place à ce moment là ?
Moi je ne savais pas où me mettre. J'aurais voulu devenir une souris, ou encore mieux : une puce. Mais non, je restais humaine, rien à faire. Tout s'est déroulé très vite. Je ne pouvais pas rester là, lui donner des explications, me faire humilier devant tout le monde comme ça. Mon cerveau a réfléchi en quelques dixièmes de secondes. J'ai peut-être aggravé mon cas, mais j'ai osé faire ça aussi.
Je l'ai regardé bizarrement, les yeux roulants comme si ma tête tournait, puis j'ai posé une main sur mon coeur et ai essayé d'imiter la tête de quelqu'un qui sait qui va mourir, genre les yeux révulsés etc. Et puis je me suis écroulée sur le sol, mimant des spasmes incontrôlables.
Tout le monde s'est tourné vers moi, j'étais obligée d'aller jusqu'au bout de ce que j'avais commencé pour ne pas passer pour une malade mentale. Toutes les insultes que je trouvais, je me les lançais à moi-même intérieurement, mais une petite partie de moi était tout de même fière d'avoir l'audace de faire une telle chose, et que les gens y croient.
Quelques uns se sont accroupis à côté de moi. Je ne faisais plus semblant d'être secouée, mais je me tournais en gémissant et en grimaçant sur le sol. C'était un peu difficile de ne pas rire. Une copine est allée chercher l'infirmière du lycée en courant. Pendant qu'on l'attendais plusieurs classes sont rentrées en cours, les profs jetant un regard inquiet sur moi avant de fermer la porte. Ils ont autorisé quelques personnes à rester près de moi, mes meilleurs amis. Il ne faisait pas partie de ceux-là, et Il était rentré avec les autres, se demandant peut-être ce qui avait pu déclencher un telle réaction sur moi, et quelle était sa part de culpabilité là-dedans. Au début je lui en ai terriblement voulu, c'était à cause de lui que j'étais passée pour une débile. Enfin, pas tout à fait, parce que c'est quand-même moi qui me suis jetée dans ses bras et qui l'ai embrassé, et moi qui faisais l'andouille tordue de douleur par terre. Mais c'était lui qui m'avait repoussée sans ménagement. Bref.
Comme je trouvais ça fatiguant à la longue de me contorsionner sur le sol, je me suis calmée, mais je respirais très fort, assez vite, pour montrer que non je n'étais pas guérie. Inoa m'a caressé le front avec un air sincèrement inquiet. Au moins, cette expérience m'a permis de savoir qu'elle était vraiment ma meilleure amie. Voyant une telle sincérité dans ses gestes et dans son regard, j'ai eu soudain très peur de la façon dont elle réagirait si je lui disais que tout ça n'était qu'une mascarade stupide. Elle pourrait en rire. Peut-être.
L'infirmière est arrivée, elle m'a tâté le front pour savoir si j'avais de la fièvre, mais comme je n'étais pas vraiment malade je n'en avais pas franchement, en fait j'étais légèrement tiède. Ensuite elle m'a saisit le poignet pour prendre mon pouls. Tout était normal. Elle n'y comprenait rien, mais alors rien du tout. J'ai finis par faire semblant que je m'étais endormie, que tout était redevenu normal. Mais comme ce qui m'était arrivé avait impressionné tout le monde, et que le récit de celle qui l'avait prévenue lui donnait des doutes, la madame a voulu quand même que l'on m'examine, et on m'a emmenée en ambulance à l'hôpital. Pendant le transport je me suis quand même demandé comment j'avais pu faire un telle chose. Et si j'allais réussir à continuer, à faire gober à tout le monde mon histoire plus grosse qu'un hippopotame. J'avais terriblement honte, je me sentais ridicule, et je l'étais. Je me suis dit que ça devait me faire rougir parce qu'un infirmier a posé sa main sur ma peau pour vérifier ma température. Sous leur couvertures j'avais un peu chaud, mais je ne devais pas être brûlante. 
Et puis, au lieu de continuer à penser à ma ridicule prestation, tout d'un coup j'ai repensé à pourquoi j'avais exécuté cette ridicule prestation. Et là, c'était pire que tout. Pire que ma honte, pire que ma peur que tout le monde m'engueule parce que je leur avais menti, pire que tout. Il m'avait repoussée. Il ne voulait pas de moi. Il ne m'aimait pas. Mais qu'est-ce qui avait bien pu me traverser la tête pour que je me jette sur lui comme ça, que je prenne le risque de ressentir ce que je ressentais ? Je m'en voulais à tel point qu'il était très difficile de continuer mon petit jeu et à faire croire que je dormais. Je voulais m'arracher les cheveux, je voulais mourir, je voulais devenir un asticot, une miette de pain, mais pas rester là, sans pouvoir rien faire à part m’apitoyer sur mon sort en silence.  Je lui en voulais à lui aussi. Terriblement. Autant qu'à moi à vrai dire. Ce n'était pas juste, pas juste du tout. Mais la vérité était incontestable, il m'avait séparée de lui. J'ai essayé de penser que c'était pour une autre raison que celle que je redoutais, que c'était parce que je lui écrasait le pied, ou quelque chose comme ça qui l'avait gêné et qui pouvait éventuellement expliquer sa réaction, mais il fallait bien regarder la réalité en face : si ça avait été le cas, il serait resté près de moi au lieu de s'empresser de rentrer en cours. 
Je le détestais. Et je me détestais aussi. Apprendre qu'il ne m'aimait pas dans d'autres circonstances et tout aurait été différent. Je l'aurais mal prit, mais ça aurait été vite fini. A mon âge on trouve rarement le garçon parfait avec qui on passera toute sa vie, le garçon que l'on aime vraiment. A mon âge sortir avec quelqu'un c'est un peu comme un jeu, même si ça paraît ignoble dit comme ça.  Mais là, tout le monde était au courant, tout le monde avait vu, tout le monde m'avait vue. J'étais doublement humiliée. Bon, je l'avais un peu choisi quand-même, même si je n'ai pas vraiment pris le temps de peser le pour et le contre. Mais maintenant, il fallait que j'assume... 
Qu'est-ce que je pouvais faire ? A l'hôpital ils se rendraient bien compte que je n'avais rien du tout, que même mes symptômes, si ça se trouvent, n'existent pas. Je veux dire, peut-être que je n'aurais pas dû faire semblant de m'endormir, peut-être qu'une personne vraiment atteinte de quelque chose de momentané se serait relevée, se serait demandé ce qui s'était passé, je ne sais pas. Qu'allaient-ils pouvoir raconter à mes parents ? Devrais-je prendre des médicaments dont je n'ai pas réellement besoin toute ma vie ? Et si ils se rendaient compte que j'avais menti, comment les gens me traiteraient-ils ? 
Je commençais à paniquer. Ma respiration s'est légèrement accélérée.
Putain mais quelle idiote ! 
Finalement, on est arrivés à l'hôpital, et on m'a fait passer une série de tests pour savoir s'il y avait urgence, si c'était grave, ou s'ils devaient me mettre dans un lit en attendant des examens plus poussés. Évidemment ils se sont rendus compte que je n'avais rien de spécial. Ils ont fait une drôle de tête, mais ils m'ont installée dans une salle avec un autre patient, qui lui dormait bel et bien. J'ai continué à faire semblant de sommeiller, et à force j'ai réussi pour de vrai. 
J'ai rêvé, mais c'était vraiment très désagréable. Je me souviens encore de la terreur et du désespoir que j'éprouvais dans mon rêve, et qui me faisait aussi mal au corps qu'à l'esprit. C'était horrible. Les images sont plutôt floues, mais mes sentiments étaient si forts que j'en avais mal en me réveillant. Mais j'étais si soulagée de pouvoir me réveiller de ce cauchemar ! 
Quand j'ai ouvert les yeux, mon voisin de lit dormait toujours. Et moi, j'avais les joues trempées. J'avais pleuré en dormant ! 
Je me sentais mal, et puis l'image maudite du garçon qui ne voulait pas de moi est venue devant mes yeux. Au point où j'en étais, mouiller mes cils et mes joues un peu plus ou un peu moins, ça ne changerait rien. Les larmes coulaient toutes seules. Je me mordais les lèvres pour rester silencieuse. La dernière chose qui aurait pu m'arriver c'était de réveiller mon voisin ou que des infirmiers entrent et se pressent pour savoir ce qui n'allait pas. J'aurais tellement préféré être toute seule, sans risquer d'être surprise en train de pleurer pour quelque chose d'inracontable. Mais bon, on se contente de ce qu'on a hein. Pleurer comme ça, ça m'a redonné envie de dormir. J'ai fermé les yeux. J'étais calme, je n'avais plus besoin de me mordre les lèvres pour rester silencieuse, les larmes coulaient toujours, mais j'étais calme. Peut-être n'avais-je même plus l'énergie de gémir.
La scène que j'avais vécue se répétait à l'infini dans ma tête, comme un disque rayé. Et comme c'était lassant j'ai tout reprit depuis le début, me suis repassé la scène entière jusqu'au présent. 
Au bout d'un moment, une infirmière est entrée, elle a soigneusement refermé la porte et s'est dirigée vers moi. Elle avait l'air sympathique. Moi j'avais l'air angoissée, je me demandais ce qu'elle voulait. Elle s'est assise au bord du lit et m'a caressé les cheveux. 
- Ça va ? m'a-t-elle demandé.
- Oui, oui. 
- Tu es sûre ? Tes yeux sont tout rouges et ton visage est bien humide pour quelqu'un qui va très bien... Tu ne veux pas m'expliquer ?
-  C'est une longue et ridicule histoire. Une humiliation même. Vous ne me croirez jamais, et même si vous me croyiez, vous me feriez transférer dans un hôpital psychiatrique. 
- Les médecins se demandent ce que tu fais ici. Tu sembles en excellente santé. Il faudra bien que tu t'expliques, tu sais. 
- Mais je... je ne peux pas, je ne veux pas être humiliée une deuxième fois, dis-je en essayant de contenir mes larmes.
- Tu ne penses pas que ce serait mieux de me le dire à moi seule, plutôt qu'à tout ceux qui se sont occupés de toi tout à l'heure ? 
- Ça revient exactement au même, que je vous raconte ou non tout le monde saura. 
- Est-ce si grave que ça ? 
- Oui ! Je suis la plus stupide de toutes les filles de la Terre, j'ai tout inventé, je n'ai rien du tout ! Voilà, vous êtes contente ?
- Calme-toi... Au fait, je ne connais pas ton nom...
- Lénnore. Je m'appelle Lénnore. 
- Pas étonnant que tu perde le nord, avec un nom pareil, dit la femme avec un petit sourire.
- Vous n'êtes pas drôle, répondis-je, amère.
- Tu as raison, d'ailleurs, je m'en vais, d'autres patients m'attendent avec certainement plus d'enthousiasme que toi, fit-elle en se levant et en me tournant le dos. 
Je laissais la seule chance que j'avais d'essayer de me faire comprendre filer entre mes doigts. 
- Non ! Non, s'il vous plaît, revenez ! Je vais vous raconter...
Elle se retourna et me regarda avec un air faussement surprit, et se rassit près de moi. 
- Ah oui ? D'accord, je t'écoute, Lénnore.
- J'ai terriblement honte, vous savez. Je me sens si ridicule ! 
Et je commençais à tout lui raconter en détail, rougissant comme une pivoine et peinant à trouver les mots justes pour essayer de minimiser les choses, enfin les adoucir. C'était parfois dur de prononcer certaines phrases. En plus, je ne la connaissais pas cette dame, et c'est plus difficile de se confier à un inconnu qu'à une copine de longue date. Est-ce qu'elle comprendrait ? En fait, elle semblait plutôt amusée par mon histoire, et ça me donnais encore plus honte.
- Eh bien, dit-elle lorsque j'eus terminé, voilà quelque chose de bien surprenant ! 
- Absolument ridicule, honteux et humiliant vous voulez dire... 
- Tu veux que je te dises un secret ? En réalité ce que tu as fais j'en ai souvent rêvé à ton âge, le soir en m'endormant. Quand on n'a pas de petit-ami on se fait souvent des "films" comme ça. Une manière de compenser son absence... ce que je trouve surprenant c'est que tu aies carrément osé le faire en vrai ! Je t'admire presque ! Moi je n'aurais jamais eu le courage de le faire...
- Sans blague ? Vous rigolez non ? Euh, eh bien en fait je n'ai pas vraiment réfléchi, je l'ai fait, mais ce n'était pas... comment dire... prémédité ?
- Je vois, et je te comprend maintenant quand tu as peur de raconter l'histoire ! Ne t'inquiète pas, je trouverai bien quelque chose à dire au médecin. Tes parents viendront te chercher tout à l'heure. Merci de m'avoir fait confiance.
- Merci à vous de garder le secret, je vous serai reconnaissante toute ma vie ! 
L'infirmière me fit un grand sourire, alla voir si tout allait bien dans le lit d'à côté, et partit en me faisant un clin-d’œil amical.
Elle me sauvait la vie ! 
Je me suis allongée dans le lit et j'ai refermé les yeux, histoire de faire baisser la pression qui me tordait les entrailles. Et puis après un certain temps mes parents sont arrivés, et nous sommes rentrés à la maison. Je me demandais bien comment j'allais faire pour rentrer incognito au lycée, ou du moins pour éviter de devoir inventer une histoire à dormir debout pour expliquer ce qui s'était passé. J'aurais sûrement énormément honte, surtout à chaque fois que je passerais à l'endroit où j'ai joué à mon petit jeu dangereux, en haut des escaliers... Mais avec le temps, ça passerait. Ce qui m'embêterais le plus, ce serait de croiser l'imbécile sans qui l'histoire n'aurait pas eu lieu...  

Mélody ©

jeudi 8 novembre 2012

La cité fantôme

   Le commissaire Juvert arriva sur les lieux au volant d'une luxueuse voiture noire. Il coupa le moteur et posa un pied sur l'herbe glissante, détrempée par la rosée du matin. L'endroit était anormalement désert. Le hurlement du vent sifflait sur la plaine verdoyante, ce qui rendait l'air de cette matinée hivernale glacial. Une seconde portière s'ouvrit alors que la première claquait. Une femme brune se dressa de sa haute taille, probablement dû à ses talons de bureau. Malgré son air strict que ses vêtements et son mascara lui conféraient, elle était assez jolie.
- Bon à présent vous allez m'expliquer ! Ordonna le commissaire.
Factis rajusta son chignon avec une délicatesse et une minutie extrême ce qui exaspéra son subordonné. 
- Vous ne voyez donc pas ? dit-elle avec un sourire provocateur.
 Depuis cinq ans les relations qu'entretenaient ces deux collègues étaient plutôt tendues mais chacun se le rendait à sa manière.
- Oui maintenant que vous le dîtes, les vaches manquent au paysage, ironisa-t-il.
- Très drôle, commissaire, je vous croyais plus perspicace.
- C'est bien le problème avec vous, vous ne facilitez jamais les choses !
Elle s'avança en regardant les nuages du ciel sans soleil. Le commissaire scruta autour de lui en grattant sa barbe grisonnante et soupira.
- Et si nous arrêtions ce petit jeu, je suis las de passer mes journées à deviner vos énigmes dont personne ne trouve la réponse.
Ce ton doux était inhabituel chez Juvert ce qui surprit Factis qui se retourna brusquement.
- C'est quand même frappant, non ?... Bergerac a disparu.
La face du commissaire semblait pâlir.
- Vous dîtes ?...
- La ville n'est plus là... je... c'est évident.
Juvert plus nerveux que jamais, contempla le seul spectacle qui s'offrait à lui puis plongea dans le regard de la policière, se retourna vers les plaines et revint vers les yeux de son interlocutrice.
- Vous vous foutez de moi ? Lâcha-t-il enfin. 
Factis haussa des épaules ne trouvant rien à dire. C'était pourtant bel est bien réel.
- Mais ce n'est pas possible, je rêve, murmura-t-il. Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit plus tôt ?
- Vous ne m'auriez pas cru, je vous connais.
A cet instant une bourrasque roula avec plus d'intensité.
- Cette enquête est pour vous, dit-elle, je vous la confie. Pendant ce temps-là, je monte à Paris. Compte tenu de la gravité de la situation, c'est classé top secret jusqu'à nouvel ordre.
- Mais c'est absurde, des gens vont s'en rendre compte ! Il s'arrêta un moment mais semblait désemparé. Nous ne pourrons garder ce secret éternellement !
- Les bergeracois et tous ceux qui s'y trouvaient à un moment précis cette nuit se sont évaporé. Pour garder cela confidentiel le plus longtemps possible, j'ai donné l'ordre de boucler le périmètre.
- Mais il y aura forcément quelqu'un pour y pénétrer et découvrir...
- Écoutez, coupa-t-elle, les policiers qui quadrillent la zone ne sont même pas au courant, il n'y a que vous, moi et un inconnu mystérieux....
- De qui s'agit-il ? Comment savez-vous qu'un autre individu est dans l'histoire ? 
- Beaucoup de gens sont dans cette "histoire", dit Factis en esquissant un sourire, pour ma part sachez qu'une lettre est arrivée cette nuit, une aubaine pour moi qui suis arrivée la première au commissariat. Elle indiquait une personne qui s’identifiait volontairement. Cet homme affirme s'appeler Adrian Folch. Pour la suite, la lettre est dans la voiture.
- Et où est-il ?
- Je ne sais pas encore, dit-elle en revenant vers la voiture. Trouvez-le !
Juvert rebroussa chemin à son tour en relevant le col de son impair beige.
- Vous avez carte blanche, bien entendu tentez de garder cela pour vous, tant que je n'aurais pas la réponse des services secrets gouvernementaux nous avons interdiction d'en parler à qui que ce soit.
Le commissaire pesta dans sa barbe en lançant des regards noirs à sa supérieure.
- Je vous conseille de ne pas trop tarder, s'exclama Factis, il dit qu'il résoudra cette affaire avant vous.

Candide Jr. (Wilhelm) ©

mercredi 24 octobre 2012

Cariño

Tu es assis devant la bée vitrée, tu regardes le temps passer. Tu es seul, si seul. L'hiver t'emportera peut-être cette année sous son manteau glacé. Tu ne sais pas, tu ne sais plus. Rien ne bouge, pas même toi. Dehors, l'herbe est blanchie par le froid, les arbres sont nus et paraissent si fragiles, les nuages passent dans le ciel bleu et le soleil n'est pas là pour réchauffer l'atmosphère, juste pour apporter un peu de lumière.
Tu t’ennuies. Toutes ces années que tu as vécues, tous ces gens que tu as rencontrés, et tous ces enterrements auxquels tu es convié. Ils meurent tous autour de toi. Tes enfants sont partis vivre leur vie loin là-bas. Tu es de plus en plus seul.
Tes jambes sont trop vieilles pour jouer comme un enfant, pour marcher jusqu'au village. Tes yeux sont trop fatigués pour voir les détails, et tes doigts sont trop tremblants et gourds pour faire les choses avec finesse. Finies les broderies de mamie. Finies les décorations de bois que tu faisais avec patience.
Maintenant que tu es seul et que tu ne peux plus rien faire que rester assis sur ta chaise, tu regardes le temps dérouler son tapis derrière la vitre. Les jours sont tous les mêmes, tu ne sais plus faire la différence. La monotonie et la solitude t'emportent peu à peu, et la mort aiguise son arme pour mieux te faucher quand il sera temps.
Tu deviens si immobile qu'on en vient à se demander si c'est toi qui regardes le paysage ou si ce n'est pas plutôt le paysage qui te regarde, une lueur de compassion dans les yeux, malgré son impuissance.
Puis deux petites oreilles blanches et poilues troublent ta vue. Quelque chose de chaud se roule en boule contre toi, et se met à ronronner.
Le ronron a brisé le silence qui te gardait prisonnier.
Un vague sourire se dessine sur tes lèvres sèches et ridées, et fait briller tes yeux comme autrefois.
Le chaton t'a rendu le sourire que tu avais perdu, celui-là même qui était mort avec tes frères et tes amis, et qui errait en toi comme une âme en peine aux côtés de ta joie.
Et la mort est partie chasser une autre proie.
Mélody ©

lundi 15 octobre 2012

Quatre saisons

Mélody ©

L'été s'en est allé
Emportant ses douceurs,
Emportant sa chaleur

L'automne est arrivé, 
Apportant sa fraîcheur, 
Apportant ses couleurs

La pluie l'accompagnait,
Arrosant les dernières fleurs
Arrosant aussi nos coeurs

Les oiseaux ont détalé
Cherchant des jours meilleurs,
Cherchant vers l'équateur

Le soleil s'est caché,
Tentant de percer les nuages de pleurs,
Tendant ses rayons pour réchauffer nos cœurs

Et quand l'hiver viendra, gelé,
Il peindra nos visages d'une drôle de paleur
Il peindra le paysage d'une vague blancheur

Puis le printemps reprendra le dessus,
S'éveillant, s'étirant, après des mois de langueur,
 Agitant son pinceau pour réveiller les couleurs

Mélody ©

jeudi 11 octobre 2012

Danse avec le Feu (Les Etoiles)

L'enfant était assise sur un petit banc de bois, devant la cheminée, toute seule. Elle regardait les flammes danser devant elle avec de grands yeux, comme si c'était la plus belle chose au monde. Il faisait sombre dans la pièce, et les flammes vives faisaient comme des éclairs dans un orage, des reflets dansants sur les murs de la chaumière. La fillette ne bougeait pas, les poings serrés sur son jupon et les chevilles croisées. Ses yeux étaient aussi immobiles que le reste de son corps, et servaient de miroir au feu.
L'enfant se leva lentement, sans quitter des yeux l'objet de sa fascination, puis s'approcha de la cheminée, le dos légèrement courbé. Elle s'arrêta à quelques pouces des flammes, leur lueur dansant sur ses joues, leur chaleur y faisant apparaître de nouvelles couleurs.
Elle avança encore, entrant entièrement dans le brasier. Elle ne sentait pas la douleur, elle ne sentait pas l'odeur de sa chair agressée, brûlée, elle ne sentait plus rien d'autre qu'une joie intense de ne plus faire qu'un avec le feu. Un sourire étincelant se dessina sur ses lèvres, et elle ferma les yeux en levant les bras au ciel et en relevant le menton, s'offrant toute entière au pouvoir des flammes, ouvrant son cœur à leur chaleur sans se rendre compte que son corps brûlait comme les bûches de chêne sec.
Ses pieds ne touchaient plus le sol, la cheminée ne l'enfermait plus dans son étreinte de pierre, le feu ne l'agressait plus, il dansait avec elle, il la frôlait de ses tentacules orangées, tourbillonnant dans l'immensité du ciel. Des ombres et des reflets lumineux maquillait le visage doux et serein de l'enfant. Le vent lui offrait des ailes, et elle s'élevait dans le ciel, toujours plus haut, perdue dans les étoiles, perdue dans ses rêves aux couleurs chatoyantes. Ses cheveux dansaient eux aussi, comme si sa tête était une pieuvre qui se laisse aller aux aléas de la mer. Et les jupes de la petite fille étaient des vagues agitées par le courant du vent. 

Dehors, l'air était glacial. De gros flocons de neige blancs tombaient par milliers, ensevelissant les touffes d'herbe grasse, recouvrant le lac gelé d'un châle d'hermine, recouvrant les arbres comme pour les cacher, unissant tout d'une même couleur apaisante s'opposant à la noirceur de la nuit. 
Puis un rayon de lumière crevant l'obscurité. Une petite silhouette s'éleva dans le ciel, des flammèches de soleil entourant gracieusement son petit corps. Ses cheveux déployés comme les tentacules d'une pieuvre dansaient avec l'orangé, soulevés avec régularité et légèreté comme l'onde d'une vague; une vague de vent alors que rien de bougeait à l'instant, le temps s'était-il arrêté ? 
L'enfant s'élevait vers le ciel les bras tendus, ses yeux étaient fermés cependant que ses lèvres s'étiraient en un dernier sourire. 
Puis les flammèches se regroupèrent en une boule lumineuse flottant au-dessus de son cœur. La tête reversée, les bras lâchés, tous ses membres détendus et attirés vers la terre par le phénomène de gravité, elle n'était plus soulevée qu'au niveau de la boule de feu et de lumière, son cœur devenant le centre d'elle-même. Elle traversa un nuage et resta allongée dessus, alors que les dernières lueurs de sa danse avec les flammes s'éteignaient sur sa poitrine, comme aspirées par son cœur pourtant mort. Elle était entrée dans le domaine du ciel, le feu n'avait rien à y faire.
Elle était seule dans l'immensité. Seule sur un nuage qui témoignait de son départ du monde des vivants. Désormais c'était lui qui continuait son voyage vers le ciel, qui la conduisait lentement vers les étoiles dont elle ferait partie. 
Puis les flammèches réapparurent, mais d'une autre manière. Tout son corps était lumineux maintenant, comme si son cœur, les ayant aspirées, avait réussi à faire circuler la lumière chaude et brillante dans ton son corps, remplaçant le liquide habituellement rouge dans ses veines. 
La silhouette s'éleva à nouveau toute seule, rendant sa solitude au nuage, pour prendre place dans l'infinie voûte céleste au milieu de tous les corps flottant ainsi pour toujours. 

L'enfant était assis sur un petit banc de bois, devant la cheminée, toute seule. Elle regardait les flammes danser devant elle avec de grands yeux, comme si c'était la plus belle chose au monde. Il faisait sombre dans la pièce, et les flammes vives faisaient comme des éclairs dans un orage, des reflets dansants sur les murs de la chaumière. La fillette ne bougeait pas, les poings serrés sur son jupon et les chevilles croisées. Ses yeux étaient aussi immobiles que le reste de son corps, et servaient de miroir au feu. 

Mélody ©

mardi 9 octobre 2012

Une lumière dans l'obscurité

Longue agonie de la radieuse maîtresse
Dans la nuit noire quoique éclairée
Grosse ironie de la studieuse ivresse
Dans la nuit noire bien qu'éclairée

Fatale erreur de ma splendide lumière
Dans la ville noire mais illuminée
Saute d'humeur de l'authentique lumière
Dans la ville noire et allumée

Je me souviendrais de cette ville

Comme enivrée par ce parfum utopique
Dans la ville dense tu t'éloignais
Comme pour écouter ce chant mélodique
Dans la nuit pense-tu m'oublier
Comme pour éviter ce temps méthodique

Je me souviendrais de cette nuit

Candide Jr. (Wilhelm)©

jeudi 4 octobre 2012

L'enfant soldat

Pour toi l'enfant soldat,
Tant oublié là-bas,
Tu ne reviendras pas
De ces affreux combats
Qui ne sont pas les tiens
Une arme pour seul bien,
Arraché de tous liens,
Menacé pour un rien

Pour toi l'enfant soldat,
Ce poème pour toi,
De cette peur en toi
Un jour tu seras roi
Trop souvent mutilé,
Tes parents massacrés
Tu as déjà donné
Ton sang abandonné

Pour toi l'enfant soldat,
Ignorant toutes voies
Et ce qui t'attendras
Mais un jour tu pourras
Peut-être un matin
Décider du destin,
Tu verras le déclin
Et tes premiers câlins

Candide Jr. ©

mercredi 3 octobre 2012

Les cascades de la vie

Les larmes glissent sur les cils,
Dévalent les rides des joues
Les yeux rougis se défilent,
Se ferment pour ne plus voir du tout.

Mais les mots crient toujours dans ta tête,
Les mains sur les oreilles,
Pourvu que le bruit s'arrête,
Que la mer se calme et que vienne le soleil.

Mais la voix résonne encore, ne veut plus s'en aller,
Retourne le couteau maintes fois dans la plaie,
Ne t'accorde aucune pause pour autant désirée.
Tu espères que le cœur explose pour être libéré.

Un moment le silence remplace la tempête,
Quand tu penses à autre chose, c'est là que tout s'arrête,
Mais comme tu t'en rends compte alors tout recommence,
C'est reparti pour un tour, la tempête obstrue tes sens.

Puis les larmes versées qui ont vidé ton corps,
Te le rendent épuisé, sans énergie, comme mort,
Alors là seulement tu peux te reposer,
En posant ta tête lourde sur l'oreiller mouillé.

La douleur au matin te semble plus légère,
Tu te lèves sans entrain mais la plaie moins sévère,
T'accorde un seul sourire avant que ne reviennent,
La voix et les larmes que tes yeux en vain retiennent.

L'inaccessible est le plus douloureux,
Car la flamme de l'espoir s'éteint, silencieuse;
Alors que les souvenirs infectent le sang,
Et que ta mer, vive, s'agite intérieurement.

Et le feu qui s'éteint te brûle plus qu'allumé,
Comme si les braises, fumantes, te faisaient tousser,
Comme si la flamme au fond eût été remplacée,
Par le mot désespoir dont la vague est glacée.

Le terme « inaccessible » te fais mal à la tête,
Il tourne, se dessine, se pare d'épines qu'il te jette,
Et tu te contorsionne, ne sachant plus que faire,
Tu te rappelles que quand-même, maman te l'avait dit,
Relativiser, ça fais mal, mais c'est plus vite fini
Que de brouter tes idées-noires, voir le monde à l'envers.

Le mot « abandon » remplace « inaccessible » et « désespoir »,
Là c'est plus difficile, t'es bien accroché(e) à tes idées-noires.
Les larmes coulent, le sommeil t'enlace,
Le temps passe et te dépasse

Puis à la fin c'est tout de même fini,
T'es prêt(e) pour une autre cascade de la Vie.
Le printemps est là, chassant l'hiver,
Et ses grands bras fleuris te réchauffent et te serrent.

Mélody ©

samedi 29 septembre 2012

Hommage à un cochon

Faut pas naître cochon
T'es vraiment maltraité
Pour une simple part de jambon,
Aucun scrupules à t'égorger

Le sang coule de ta plaie
T'a la tête à l'envers
Tu vois ton sang dégouliner
Et toi t'es là tu peux rien faire

T'as mal, tu hurles, mais ils s'en foutent
A croire qu'ils n'ont ni cœur ni oreilles,
T'attends ton heure au goutte à goutte,
Tu voudrais bien leur faire pareil

Comment est-ce encore possible
Que les hommes tuent de cette manière ?
Une vie et une mort si horribles,
Ça devrait pas être permis sur Terre

D'un côté t'es heureux de partir,
Au moins t'arrêtera p't-êt' de souffrir
De l'autre t'a pas le temps de penser,
T'es trop occupé à hurler

Mais le pire c'est p't-êt' pas ça,
Le pire ça vient sûrement après.
En tant qu'ange tu regarderas,
De ce que tu verra tu seras dégoutté

Lorsqu'au centre commercial ta chair se trouvera,
Et qu'un client sous le plastique t'inspectera,
S'il te trouve trop tendre ou bien trop gras,
Dans le rayon il te reposera

Jusqu'à ce qu'un autre à son tour veuille t'étudier
Qu'il tourne le paquet et choisisse de t'acheter
Qu'il te dépose dans son frigo bien ou mal éclairé
Qu'il t'y oublie et te jette, périmé, gaspillé

Là, toi l'ange porc tu te dis que c'est injuste,
On t'a saigné, insensible à tes cris de souffrance,
On t'a maltraité, engraissé durant toute ton enfance,
Pour finir avec des déchets qui feront même pas pousser d'arbuste.


Mélody ©

mardi 25 septembre 2012

Après ma mort

Je suis morte. Je vous jure que c'est vrai, je suis morte. Mais qu'est-ce que ça veut dire, finalement, mourir ?
Moi j'ai juste perdu mon corps, ça m'a fait super bizarre, mais c'était mieux qu'avec en fait. J'ai découvert que je pouvais faire des choses différentes, sans mon corps. Je n'avais par exemple pas besoin de tourner la tête pour voir ce qui se passait à gauche, je voyais tout, comme si j'avais des yeux partout. Est-ce que les araignées ont ce genre de vision, avec leurs nombreux yeux ?
Ce qui était drôle, c'est que je flottais dans les airs, au-dessus de mon corps. Comme quoi, le "moi" est relatif, puisque j'étais toujours moi, et que mon corps était ailleurs. J'étais mon moi profond. Le moi du corps c'est comme une enveloppe, ça sert à transporter le moi intérieur c'est à dire la lettre, le plus important.
Je flottais et je voyais tout, j'entendais tout, je sentais tout. J'étais tout. Je voyais même à l'intérieur des choses, comme si les fantômes ne connaissaient pas les barrières, d'ailleurs c'est bien pour ça qu'ils traversent les murs, dans les films et les bandes dessinées. Bref, c'est pas le sujet.
Mon corps était allongé dans mon lit, les yeux ouverts, le visage inexpressif. Ça fait sacrément bizarre de voir son propre corps depuis l'extérieur. Surtout de savoir qu'on l'a habité, et que là il était vide, et que ça avait été moi. Whoua ! Je ressemblais à ça moi ? Ça donne pas comme sur les photos dis-donc. Mais que ce corps vide ait les yeux ouverts, c'était horrible. J'avais l'impression qu'il me regardait partir en m'accusant de l'abandonner. Hey, j'ai pas choisi mon gars. Je savais pas que je mourrais d'un coup comme ça, plouf, plus rien. Me regarde pas comme ça, tu me donne la chair de poule. Bon d'accord, c'est pas vrai, vu que j'ai plus de peau. Je peux pas avoir la chair de poule. Mais tu me fais peur quand-même.
Heureusement, là, quelqu'un est entré. Ma fille. D'abord, elle n'a pas remarqué que j'étais "partie". Elle a ouvert la bouche pour me dire quelque chose, mais soudain elle s'est précipitée sur moi en criant « Maman ! Maman, réponds-moi ! Maman ! » J'ai essayé de parler, mais, pas de bol, j'ai pas pu. J'avais pas de bouche, pas de cordes vocales, rien. J'ai compris que désormais je devrais me mettre à la télépathie.
Je paniquais. Ma fille était en train de me secouer, enfin en train de secouer mon corps, et elle criait le nom de son père en pleurant. Et moi, j'étais là, je voyais tout, mais je ne pouvais rien faire. Se sentir impuissant dans un moment pareil, c'est la pire chose qui me sois arrivée. J'aurais aimé la rassurer, lui dire que j'allais bien, que j'étais toujours là, mais sous une forme différente. J'ai commencé à comprendre les histoires de fantômes qui hantent les maisons. Ce doit être des esprits têtus qui ne supportent pas de ne pas pouvoir prouver leur présence et rassurer leurs proches. Oui sûrement. En attendant, au lieu de les rassurer, ça les terrorisait. Ça non plus ça fait pas de bien. Bref.
Mon mari est arrivé, se demandant ce qui se passait. Il a demandé à notre fille ce qui lui arrivait, et puis il m'a vue, et il a comprit.
« Elle est morte, papa, elle est morte ! Pourquoi est-ce qu'elle est morte maintenant ? Pourquoi ? »
Elle en pleurait de rage. Moi aussi j'aurais bien pleuré, par compassion, mais ça non plus je pouvais pas faire en tant que fantôme. Finalement on peut pas faire autant de choses qu'avec son corps.
Bon, ils ont tous pleuré, ils étaient tous très tristes, moi aussi. Et, quand-même, au bout d'un moment mon mari a eu la bonne idée de me fermer les yeux. J'étais un peu soulagée, c'était pesant ce regard, même vide.
Ils n'ont pas appelé de médecins ou quoi, ils savaient que c'était fini, que c'était mon heure. difficile d'avaler la pilule, mais bon, ça évite tout un tas de bazar, de voir les choses en face. J'étais morte, et puis voilà. C'était comme ça. Ils ont quand-même essayé de trouver de quoi j'étais morte, et je les comprends, c'est quand-même important. Et ça m'intéressait aussi, du haut de mon plafond. Le diagnostic était un peu bizarre, en gros la machine c'était arrêtée comme ça, d'un coup. Le bonhomme a dit qu'une fois quelqu'un était mort en plein milieu d'une conversation, comme ça, la machine était tombée en panne. Sauf qu'on pouvait pas la réparer. 
Et puis des amis sont venus plus tard, pour me dire adieu. Y en a un qui a dit « Repose en paix ». Ça m'a bien fait rire. Facile à dire, repose en paix. Comment je vais faire maintenant ? Y a pas de cours pour apprendre à être fantôme, et personne nous préviens de ce qu'il faut faire une fois qu'on a quitté son corps. C'est pas très organisé par ici.
J'ai décidé d'attendre. J'avais une hypothèse quant à la suite des évènements. Et puis de toute façon, j'avais rien à faire d'autre qu'attendre et voir depuis le plafond ce qui se passait dans la maison.
C'était drôle de tout voir, même si je pouvais pas faire de commentaires. Sans moi c'était un peu la pagaille. Mon mari a fait brûler son riz parce qu'il n'avait pas mis assez d'eau dans la casserole. Au début dans ma tête je criais « Non, pas comme ça ! » et j'avais envie de l'aider, mais je ne pouvais rien faire. Alors j'ai juste regardé, et puis le deuxième jour, même si j'étais encore triste de les avoir laissé tomber, leurs petites erreurs me faisaient rire. La nuit, je les regardais dormir. Je me suis dit que j'étais peut-être devenu leur ange gardien.
Et puis, un beau matin, des gens sont venus avec une boîte. Bon d'accord, un cercueil. Mais c'est pareil. Ma fille a choisi mes habits. Et ils ont voulu me mettre dedans. Là j'étais pas d'accord du tout.
Mais ça va pas la tête ? C'est à moi ça, n'y touchez pas ! C'est mon corps, qu'est-ce que vous faites ? 
Je me suis trouvée bien ridicule. Pour mes parents, on avait fait la même chose. Et ça nous avait parut normal. Affreusement normal. Est-ce qu'ils avaient ressenti la même douleur, la même indignation et la même impuissance que moi ? De toute façon, on ne pouvais pas non-plus laisser le corps pourrir sur le lit. Oui mais quand-même, la boîte elle est toute petite, et puis il y fait tout noir, et puis c'est mon corps à moi ils n'ont pas le droit de le mettre à la poubelle comme ça ! C'est vrai, je ne suis pas dedans, c'est pas moi qui suis enfermée, mais c'est mon corps, alors ça fait tout de même bizarre. Vous vous rendez compte ? Votre "vous" enfermé dans un espace tout minuscule, devant vos yeux ?
J'avais jamais pensé que ça se passerait comme ça. Mais je vous jure, j'avais presque du mal à respirer, comme si j'étais vraiment enfermée dans ce cercueil, je paniquais comme si j'étais à la place de mon corps.
Vous n'avez pas le droit, et puis qui c'est qui vous a dit que je voulais me retrouver au fond d'un trou ?
Bon, c'était ma faute. J'avais pas précisé comment je voulais qu'on me traite après ma mort. Mais bon, je préfère l'enterrement à l'incinération. Quelle horreur ça aurait été de voir mon corps se consumer dans les flammes ! Et puis de voir qu'on met mes restes dans une boite encore plus petite que le cercueil, beurk. Hors de question. Bien-sûr, si on avait pu les répandre dans mon endroit préféré, j'aurais un peu plus apprécié. Mais une tombe c'est quand-même pas mal, ça donne plus de réalité, un endroit où adresser nos paroles. Moi j'avais bien aimé avoir un endroit où aller pour parler à mes parents, leur rendre hommage, prendre soin de leur tombe me donnait quelque réconfort. En plus, maintenant, je sais qu'ils m'entendaient.


Il y avait un monde fou à mon enterrement. Tous habillés en noir, comme de coutume. Toute la famille, les amis. Je me suis demandé si tout le monde avait vraiment de la peine. Il y avait des gens que je connaissais très peu. Qu'est-ce qu'ils faisaient là ? Et d'autres à qui je tenais qui n'avaient pas pu venir. J'étais déçue. Mais ils devaient avoir une bonne raison. Et je suis sûre qu'ils auraient voulu venir, s'ils avaient pu. Je leur ai pardonné.
Ils ont mis la boîte dans le trou, et puis un par un les gens sont venus déposer des fleurs et une poignée de terre. J'ai trouvé un peu idiot qu'ils condamnent aussi de jolies fleurs à être ensevelies. C'est tellement dommage. Mais bon, je ne pouvais rien faire, donc j'ai regardé, comme d'habitude.
Ils ont fini de recouvrir le tout de terre. Mon mari et ma fille pleuraient et tremblaient comme des feuilles, dans les bras l'un de l'autre.
Il fallait aussi que je leur dise adieu.
Soudain, j'ai été comme aspirée dans le fameux tunnel dont tout le monde parle, celui avec la lumière au bout et qui est censé mener au paradis, sauf que ça fait déjà trois heures que je suis coincée dans les embouteillages avec tous les gens qui sont morts à peu près en même temps que moi... ça fait une file pas croyable, d'ailleurs tout le monde râle ici, on croyait tous qu'une fois morts on allait être tranquilles, mais non, il a fallu qu'un des tunnels-portails-du-paradis soit en réparation, et voilà qu'on se retrouve tous à poiroter au même endroit... Si j'avais imaginé ça ! Vous vous rendez compte ? Franchement les anges ils auraient pu optimiser leur accueil, je veux dire la mort c'est quand-même un passage sacrément important non ? Non ? Oui bon d'accord, c'est vrai que c'est pas de leur faute si l'autre tunnel s'est effondré... C'est à cause d'un groupe de braconniers qui ont fusillé un troupeau d'éléphants (oui ils devaient être bien dérangés du cerveau pour tuer autant de ces nobles animaux, mais c'est pas le sujet). Du coup ils sont tous entrés au paradis en même temps, et comme ils sont pas franchement légers et délicats dans leur genre, s'en sont suivis quelques problèmes on ne peut plus fâcheux. Comme dirait Obélix (à quelques détails près) : "Ils sont fous ces braconniers !"

Mélody ©

samedi 22 septembre 2012

Cupidon

Un soleil magnifique vient de se lever sur la ville. La rosée est encore présente sur l'herbe des jardins. Un nouveau jour vient de commencer. Pourtant cette journée est si différente des précédentes. Dans les rues, il n'y a plus personne. Dans le parc de la ville, plus un oiseau ne chante. Plus une voiture ne circule. Le silence règne. Seuls les feux de circulations clignotent à allure régulière. Un portail grince et une nuée d'hirondelles s'envolent à tire d'aile. Après quoi, un chat saute d'un banc pour venir se coucher sous les nouveaux rayons, sur la route principale complètement déserte.
Un moteur d'avion déchire petit à petit l'atmosphère pesante. Ce n'est rien. Il ne fait que passer. Cela n'empêche pas l'homme du deuxième étage de tressaillir. Dans cette ville, tout le monde a peur. Les anges allaient passer. Le vent se lève. Les feuilles des arbres d'été crissent. Un froid anormal gagne les avenues et le chat se roule en boule, ils arrivent...
  Ils passent silencieusement dans les allées de la ville, flottant avec légèreté au dessus du sol. Ils ne disent rien. Ils sont peut-être une dizaine. Alors qu'ils inspectent chaque recoin de la ville, on semble les ignorer non sans difficulté. Le groupe angélique s'immobilise soudainement toujours aussi calmement. L'un d'eux fait apparaître un bel arc et une très belle flèche aux plumes d'or en un claquement de doigt. Il saisit l'arme, encoche la flèche et tend la corde. Personne ne sait qui il vise exactement. Une seconde plus tard le projectile est figé dans le torse d'un homme. Surprise totale, celui-ci ne s'effondre pas. Il esquisse une peur. Après un petit moment, il commence à se demander, la face livide, pourquoi n'est-il pas encore mort?
La violence du heurt aurait dû le tuer, mais à la place rien. L'homme regarde par sa fenêtre et remarque que les anges ne sont plus là. Et puis comment cette flèche a-t-elle pu traverser un mur de briques ?
Un instant plus tard, le vent tombe. Étrangement, il sait qu'il est seul dans cette maison, dans cette ville... qu'il ne reconnaît plus maintenant. Pris de panique, l'homme tente en vain de retirer la flèche de sa chair. Cela ne lui fait pas mal, il ne sent absolument rien comme si elle était bloquée. Il s'énerve et pleure, pourtant un sentiment de bien-être l'absorbe, il ne veut pas que cette sensation finisse. Mais sa vision se déforme sans raison. L'obscurité l'envahit. Il ne voit plus sa fenêtre, il ne voit plus rien, le néant total.

L'homme du deuxième étage se réveille brutalement. Le son du réveil l'a ramené à la réalité.
Un soleil magnifique s'étend sur la ville pleine de vie. Les voitures circulent bruyamment. Sur la route menant à son bureau, l'homme voit un chat sur un banc, il a l'impression de le connaître, de l'avoir déjà vu, mais où ?
Il ne s'aperçoit pas de l'avion passant au-dessus de sa tête dans ce ciel pur. Il se contente de marcher en direction de son travail. Puis une douleur le saisit au coeur. L'homme grimace et s'offre à lui un spectacle d'une rare beauté. Elle croise son regard et maintient la "connexion". Il n'en croit pas ses yeux, elle non plus. Il pense simplement "Quelle magnifique jeune femme !".

Candide Jr. (Wilhelm) ©

vendredi 14 septembre 2012

Savoir aimer


Toi tu sais que je t’aime
Moi si je savais que tu m’aimes
M’aimerais tu parce que tu sais ?
Mais je ne sais pas si tu m’aimes
Et tu sais que je t’aime
Pourtant si tu ne savais pas que je t’aime
Peut-être que je ne t’aimerais plus
Et tu m’aimerais à ton tour
Par contre si je savais que tu ne m’aimes pas
Serais-je encore amoureux de toi
Mais tu sais que je ne sais pas
Est-ce que tu sais aimer ?
Je sais que tu sais que je t’aime
Et tu sais que je ne sais pas si tu m’aimes
Alors pourquoi je ne le sais pas ?
Il n’y a que toi qui sais …ou pas
Va savoir !
Candide Jr. (Wilhelm)  ©

dimanche 9 septembre 2012

L'enfant vérité

  Du haut de ses deux millimètres, Oeil-de-Pierre avançait prudemment. Elle pensait à son nom lui venant de la cicatrice qui tranchait de part et d’autre son œil invalide. Arpentant la forêt des roses, Œil-de Pierre n’était pas seule. Une bonne centaine de ses congénères la suivait à la file indienne, toutes mandibules dressées. L’air ambiant empestait la présence des têtes-rousses ce qui indiquait qu’elles n’étaient pas bien loin. Mais pour l’instant aucunes têtes ennemies ne se dévoilaient. Puis une feuille bougea à droite de la colonne qui s’arrêta alors. Alertées par le bruit les mandibules se tournèrent en provenance du son.
  Soudain la vague. Une multitude de têtes-rousses déferlèrent sur le flanc de la file. La surprise était totale.
-Une embuscade ! Communiqua Œil-de-Pierre à l’aide de ses antennes. En formation ordonna-t-elle. Trop tard. L’impact était imminent, des têtes décapitées volèrent sous la violence du premier assaut. La bataille commença.
Œil-de-Pierre se rua dans la mêlée et trancha trois premières pattes d’un coup de mandibules. Un peu plus loin, elle transperça le torse d’une tête-rousse. Et elle fut projetée à terre par la bousculade générale. Mais il fallait se relever. Elle se replia derrière la première ligne frontale pour se mettre à l’abri. En plein combat elle reçut un message olfactif. Pattes-D’acier lui dit :
 « Elles sont trop nombreuses, il faut organiser une retraite générale en hauteur dans les roses ! »
-compris fais passer le message aux autres !
Œil-de-Pierre rejoignit à toute vitesse une base épineuse. Elle fut suivit par une dizaine de têtes brunes encore disponibles et commença l’ascension. Une fois le sommet atteint, ses antennes captèrent un nouveau message. Cette fois-ci c’était Mandibule-luisante qui parlait :
« Nous sommes à l’abri ici nous ne risquons rien »
-nous sommes en train de nous faire massacrer ! répliqua Œil-de-Pierre , regardez en bas, quel désastre !
Pourtant le répit ne fut que de courte durée car un message général capta toutes les antennes logées sur les pétales de la fleur.
« Ce n’est pas en bas qu’il faut regarder, mais en haut. »
Tous les regards convergèrent alors en direction du ciel. Et effectivement deux yeux marrons orné d’une chevelure bouclée mi blonde épiait les rescapés de quelques centimètres seulement.
En une fraction Œil-de-Pierre comprit :
-c’est un géant nous sommes impuissant contre lui ! Redescendons au plus vite nous aurons au moins une chance contre les têtes-rousses !

Des protestations émergèrent du groupe. Puis les yeux se rapprochèrent subitement, pupilles écartées comme une vision apocalyptique.

« FUYONS ! »


Soudain le géant se leva et partit en criant :
« -Mamie ! Mamie !
-qu’y a-t-il mon chéri ?
-mamie là dans le jardin, il y a des fourmis qui font la guerre !
-Mais non mon lapin tu te fais des histoires….. »

 
Candide Jr. (Wilhelm)©

vendredi 17 août 2012

Coup de Coeur : « Starters » de Lissa Price


Le résumé du livre n'est pas très révélateur de l'histoire, mais c'est son côté mystérieux qui nous donne finalement envie de lire :

« Vous rêvez d'une nouvelle jeunesse ? Devenez quelqu'un d'autre. 

Règles s'appliquant à la clientèle de Prime Destinations : 

1. N'oubliez pas que le corps dont vous êtes locataire est celui d'une jeune personne. 
2. Il vous est strictement interdit de le modifier ou de le blesser. 
3.Toute activité illicite entraînera l'annulation de votre contrat. 

Le corps que vous avez loué nous appartient. »

Pour ceux qui ne sont pas avides de surprises et découvertes, voilà un résumé complet qui dévoile toute l'histoire... (Je ne vous conseille pas de le lire, ça perd son côté magique de savoir à l'avance ce qui va se passer!)
 Callie est une jeune fille de seize ans rescapée de la guerre des Spores, qui opposa les États-Unis aux "pays du Pacifique". De cette guerre, seuls deux catégories de personnes ont survécu : les Starters, soit les plus jeunes de la société, et les Enders, les plus âgés. Les parents de Callie étant morts durant cette guerre du futur, elle se retrouve seule à pouvoir veiller sur Tyler, son frère atteint d'une maladie pulmonaire. Les deux enfants vivant dans les rues, l'état de Tyler ne s'arrange guère, et la jeune fille prend une décision qui changera à jamais sa vie : louer son corps à l'agence Prime Destinations, couramment appelée la Banque des Corps. Ce système permet aux Enders de vivre quelques temps dans le corps d'une personne jeune et d'en profiter selon certaines conditions, grâce à une étrange puce implantée à la base du cerveau du donneur. Le contrat permettrait à la jeune fille de toucher un "salaire" considérable qui règlerai ses soucis et la mettrait elle, son frère et son ami Michael, à l'abri de la menace quotidienne des marshals qui les expulsent des squats et cherchent à les enfermer dans des "Institus", sortes de camps de détention réservés aux jeunes (des enfants jusqu'aux adolescents sachant que l'âge adulte est atteint à dix-neuf ans).
Seulement voilà, la locataire qui a choisi Callie n'avait pas prévu de ne faire qu'une simple balade de quelques jours avec ce corps emprunté... 
A cause (ou grâce) d'un défaut de la puce implantée dans son crâne, Callie va se "réveiller" alors que son contrat n'est pas terminé (en réalité il vient à peine de commencer) et se retrouve confrontée à la vie de sa locataire, dont elle va prendre la place et déjouer tant bien que mal les plans pendant les quelques moments où elle reprend le contrôle de son propre corps à l'insu de la Banque des Corps. Quand sa locataire (une Ender riche) reprend le contrôle, elle fait modifier la puce par un spécialiste ami à elle, sans bien-sûr en faire part à Prime Destination. Cette modification permettra à la locataire de communiquer d'esprit à esprit avec Callie, pour régler le problème de ses pertes de contrôle intempestives. Ainsi, les deux personnes vont peu à peu sympathiser et collaborer, découvrant les sinistres objectifs que la Banque des Corps réserve aux Starters pour favoriser les Enders et prolonger leur durée de vie (alors que les Enders, étant la catégorie rescapée des plus âgés, compte des personnes exclusivement entre 90 et 200 à 250 ans). Grâce aux amis Enders qu'elle a réussi à se faire en se faisant passer pour sa locataire, Callie va essayer de piéger Prime Destination et retrouver tous les donneurs disparus, dont la petite-fille de sa locataire (Emma), en suivant les conseils que la voix de l'Ender lui donne directement dans la tête. 
L'autre problème de Callie, c'est qu'elle est tombée amoureuse d'un jeune homme, Blake, qui ne la connait qu'en tant que "petite-fille riche", puisqu'elle l'a rencontré alors qu'elle se faisait passer pour sa locataire. Blake ne connait pas l'existence de la Banque des Corps, et ne sait pas non plus qu'en réalité Callie vit dans la rue. Elle va finalement tout lui raconter, mais Blake aussi cache un secret (lui-même n'en est pas conscient, mais je laisse quand-même un peu de mystère...) qu'elle ne découvrira que bien plus tard, et qui fera écrouler ses espérances...
Et Blake est le fils du sénateur qui soutient les horribles projets de Prime Destinations, qui plus est... Elle lui fera face, courageusement, bien que ça ne se passe pas tout à fait comme prévu et qu'elle se retrouvera enfermée dans l'"Institut 37", un des pires, privée de liberté, de frère, de tout. Elle essaiera de s'enfuir avec l'aide d'une amie qu'elle s'est faite là-bas, et démêlera dans un magnifique bouquet final tous les fils de l'histoire, superbement tissés par Lissa Price. 
La fin de ce roman est stupéfiante, inattendue, et absolument délicieuse. Lissa Price nous dévoile un talent d'écrivain à ne pas rater, toute l'histoire étant cousue solidement, dotée d'une logique et d'une originalité irremplaçable, et nous donne une irrésistible envie de savoir la suite...
Mélody ©