Chers amis - damoiseaux, demoiselles - aujourd'hui je vais vous faire part d'une décision grave, importante, qui va changer votre destin ; aujourd'hui j'ai décidé de vous faire aimer les livres classiques. J'entends par classiques, l'ensemble de ces abominations - l'odieux préjugé ! - qu'on vous fait ingurgiter à votre corps défendant en classe. Il se trouve que je suis une "littéraire", une vraie, de ces ovnis qui se plongent avec délectation dans Zola & cie au grand désespoir de ses amis. Ils doivent avoir peur que bientôt de la poussière tapisse mes narines et que j'aie des toiles d'araignées dans les cheveux. Bref !
La mission que le ciel je me suis attribuée est donc de faire la promotion de ces chers ouvrages. Premièrement ils ne sont pas ennuyeux du tout. C'est faux, archifaux. Vous les trouvez chiants parce que vous en avez PEUR, parce que c'est cette vieille loque moche / cet odieux machin à l'oeil pervers qui vous sert de professeur de français qui vous a demandé de le lire. Et que tout le monde râle à leur vue, ce qui rend la lecture très décourageante. Je vois d'ici votre grimace de dégoût avant de vous décider à ouvrir, du bout des ongles de peur d'être contaminés par ce charabia d'encre grouillante, Le Rouge et le Noir de Stendhal ou quelque autre barbarie archaïque.
Mais sachez tout de même, soyez prévenus, si nous ne suivez pas les foules qui s'arrêtent à la vingtième page, alors vous pouvez apprendre à apprécier ce langage qui vous dépayse par sa complexité apparente. Ces tournures de phrases qui vous paraissent longues et tortueuses sont en réalité des modulations adroites, sensibles, subtiles. Par analogie, parlons un peu des intrigues. Bien entendu, quand on est habitué à une histoire qui se déroule à toute vitesse sans réelle subtilité (et qui plus est, écrite en américain retranscrit en français basique à lecture garantie sans utilisation du cerveau), on refuse de tenter de s'acclimater, par habitude, par paresse. Vu comme ça, ce n'est pas bien reluisant, hein ? Et (ou comme dirait Zola : oh !) malheureux celui qui n'a pas connu le plaisir de prendre le temps, de voir l'histoire se dérouler avec lenteur et ampleur, implacable et sublime, de goûter la beauté d'une phrase qui atteint avec la précision d'une lame sa cible - votre coeur -. Moi, je parle d'orgasme littéraire, parce qu'au détour d'une phrase c'est la perfection que je rencontre ; mais c'est vrai aussi que je suis folle.
Dernier préjugé qui m'obnubile : les classiques, passés de mode ? Mais justement, ils sont passés à la postérité parce qu'ils sont INDÉMODABLES ! Ce sont tous les chefs d'oeuvre qui parlent avec tant de brio de l'homme et de tout ce qui s'y rapporte qu'ils ne cessent de nous émouvoir malgré le changement des mentalités. Les autres seront oubliés dans dix ans. Ne suivez pas mon regard, les amateurs de Twilight pourraient se sentir légèrement vexés.
Ainsi, on gagne tout à lire des classiques. On gagne en technique, en style d'écriture - c'est un art ! On apprend nous aussi à écrire juste et beau, à perdre nos maladresses d'enfant, à moduler les phrases pour mieux transmettre. On découvre des intrigues touchantes et humaines, cohérentes et pertinentes, souvent ficelées avec une habileté et une sensibilité incroyable (avez-vous lu Notre Dame de Paris de Hugo ? Enfin on gagne en faculté de concentration et en patience (je dois vous le concéder...), en sensibilité, en plaisir enfin, ce plaisir de lire si gigantesquement important !
Attention. Je ne veux surtout pas, en écrivant ceci, dénigrer les livres actuels. Les livres jeunesse détendent et sont pleins d'imagination, beaucoup d'oeuvres contemporaines sont simplement admirables. Mais enfin qui prétend devenir peintre sans avoir admiré les oeuvres de toutes les époques, qui prétend devenir danseur sans danser le classique, qui prétend avancer sans être poussé par le vent arrière ? Qui prétend devenir créateur sans aimer l'art ?
Je ne vous ai pas convaincus ? Aucune importance. J'espère juste avoir attiré votre attention car je vais certainement repasser à l'attaque bientôt. J'aimerais beaucoup vous présenter mes chouchous, tâcher de vous transmettre un peu de ma passion pour ces classiques remarquables.
Et si de votre coté vous vous y mettiez, alors je serais la plus heureuse.
Célestine ©