dimanche 7 décembre 2014

Coup de coeur : Far-niente (Théophile Gautier)

C'est un poème du célèbre Théophile Gautier que je vous propose de découvrir aujourd'hui, œuvre bucolique au parfum de l'été qui, vous ne serez pas surpris, me plaît beaucoup :

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pende au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

Théophile Gautier, Premières Poésies

Qu'en pensez-vous ?

Mélody © 

jeudi 4 décembre 2014

IMAO

Vas-y Kurt, 
Détruis-moi.

...

Et si je deviens quelqu'un de bien
Serais-je des vôtres ? 
Un patient pour cent murs blancs
Du lithium et puis toi.

Je m'en souviens encore

      Un dialogue inexistant
      Est en train de se produire:
                               Le fils
                       Ce cadavre du père et de la mère
A gardé son corps troué

          Ça s'est passé hier

Les oiseaux de la mer ont pillé mes biens
L'épitaphe qui me fait exister
A tué ma vie mais je me souviens
Du mal fou que mes espoirs assistaient
Plus maintenant puisque je le deviens

Un cadavre ambulant
   Indigne
      Même en brûlant. 

Humiliations.





Wilhelm©

lundi 1 décembre 2014

Occania

Touch Of Gold © Bente Schlick

 - Penche-toi un peu plus en avant, non un peu moins. Là, c'est parfait Occania, ne bouge plus. Harbinn, mitraille-là. Elle est superbe cette gamine. Superbe. 

Elle est parfaite. Innocente, pure, douce, mystérieuse... et belle, si belle, se dit Ahona pendant que la jeune fille se faisait photographier - sans bouger d'un cil.
Le décor était parfait aussi. Occania semblait avoir toujours fait partie de ce paysage, de cet imaginaire fantastique. Elle portait des ailes de fée comme si tous le monde en avait. Les fleurs dans ses cheveux blonds courts et bouclés paraissaient tout aussi naturelles. Tout se fondait dans le personnage, jusqu'au papillon qui lui faisait comme une bague au bout de l'index. 
Occania devenait une fée interrompue dans un dialogue avec le papillon, un peu surprise, dont la passagère inquiétude se lisait dans ses yeux verts et sa bouche entrouverte et figée. Sa robe d'un rose nacré n'attirait pas l’œil tant sa peau était blanche et irradiait de pureté. 
Dans un autre monde, dans une autre vie, peut-être avait-elle réellement été une fée, pensait Ahona. Elle correspond si bien au personnage ! 
Le tableau était d'une beauté mélancolique, avec une atmosphère légèrement sombre pour renforcer le côté mystérieux de la scène, comme un crépuscule dans les sous-bois en hiver. De la mousse sur les pierres froides et des tapis de feuilles brunes au pied des arbres dénudés. La photo suspendait le temps et on la regardait en silence, car on ne savait pas quoi dire d'autre que "parfait, parfait" ou encore "magnifique, c'est superbe". Les lèvres restaient ouvertes, immobiles et sèches parce qu'on ne pensait plus à les humidifier, ni même à respirer tant les yeux étaient grands ouverts comme ceux des poissons, qui ne cligne pas des paupières. Un souffle murmurait parfois "wouah..." et le visage d'Occania restait identique. On avait envie de lui caresser la joue, mais on ne bougeait pas, comme par peur que le papillon posé sur son doigt ne sorte de l'image et en rompe le charme. 
Occania ne se promenait pas dans les galeries pour contempler ses photos. Trop de gens, trop de questions, trop de bruit ou de silence. Son succès semblait la laisser indifférente. Pas comme une forme d'arrogance, plutôt comme si cela n'avait pas d'importance, qu'elle flottait dans un autre monde. Le regard toujours plus ou moins perdu dans le vide. Comme si le monde n'avait pas de consistance, pour elle. Comme si elle était ailleurs, entre deux rêves ou deux cauchemars. Un peu perdue, mais toujours innocente, toujours pure. Elle aimait la solitude et parlait peu. Personne, en fait, ne la connaissait vraiment. 
C'est une apparition, un ange, se disait Ahona quelquefois. D'où vient-elle ? 
On ne posait pas de questions à Occania. Elle inspirait le respect et l'admiration. Ahona se demandait souvent pourquoi elle continuait à poser comme modèle, et même pourquoi elle avait commencé, mais elle ravalait sa curiosité et continuait de la prendre en photo, de créer les décors, les accessoires qui la mettraient en valeur. Mais même un sac poubelle aurait fait d'elle une princesse. Et elle continuait de la contempler comme si elle était tombée du ciel et risquait d'y retourner bientôt. A la manière d'un objet précieux que l'on a peur de perdre, d'une poupée de porcelaine fragile que l'on n'ose pas toucher, ou bien d'un mirage qui risque de s'évaporer.

Mélody ©