lundi 25 juillet 2011

Les adultes, c'est juste des enfants, en moins intelligent.

La pomme se balance insolemment au rythme des jérémiades de la fillette, rencontrant les surimis et la salade verte. L’enfant gigote ses petits doigts trapus, essaye de les refermer sur le fruit pourri, ne parvient qu’à l’effleurer. Elle est trop petite. Elle grommelle. Puis recommence. Triste auto-tamponneuse, la pomme renverse le sachet de surimis périmés. Le jus des bâtonnets de crabe se répand sur les pieds nus de la fillette, elle sursaute. Tremble. Maman ne sera pas contente. Elle se fâchera très fort, poussera des grands cris, lui fera peur. L’enfant commence à pleurer, doucement d’abord, puis un raz-de-marée envahit ses prunelles ambrées. Une larme se loge effrontément au creux de ses lèvres. Le goût salé lui rappelle vaguement quelque chose. Puis, elle se souvient. Elle court. Le soleil brûle sa peau trop blanche, les hautes herbes agressent ses pieds nus. Elle sourit. Elle est heureuse.
« Papa, papa !! La mer est venue dans mes yeux !
- Comment tu le sais, mon trésor ? Lui avait-il dit, la prenant sur ses genoux trop durs, dans ses bras trop grands, mais la regardant avec ses yeux si doux.
- Je suis tombée, là-bas, et j’ai pleuré. Et puis une goutte est venue dans ma bouche, et c’était salé. Comme la mer. »
Son papa avait souri, l’avait portée haut dans le ciel en la faisant tourner, il riait, il rayonnait. Elle aussi riait.
Maintenant elle ne se rappelle plus comment on fait. Elle a oublié.

La petite fille regarde tristement la pomme. Elle a faim. Elle se met sur la pointe des pieds, tend son bras potelé, se cogne au premier étage du frigo. Masse son front. Puis soupire. Elle entend la pluie qui caresse la baie vitrée de la cuisine, et souris.
Elle aime la pluie.
Elle pousse difficilement l’imposante porte transparente, et s’assoie sur une petite marche en pierre. La pluie la libérait, juste le temps que l’eau glacée ruisselle sur son visage, trempe ses cheveux, et se noie avec ses larmes. Là, les gouttes transparentes se confondent avec les perles salées, et sa souffrance n’existe plus. L’eau la lave, la frigorifie, et c’est agréable d’avoir froid, quand on ne ressent rien d’autre qu’un immense vide.
Elle est glacée, tétanisée, et c’est d’une exquise douceur. Là, elle pense. Elle se souvient, aussi. De papa, de ses yeux tout bleus, de ses joues qui piquent, de son odeur de papa. De son sourire, avec ses dents toutes blanches dedans. Du jour où il lui a fait un énorme bisou, le plus gros de tous les bisous, et où il est parti. Maman elle pleurait. Alors elle aussi elle a pleuré, sans savoir pourquoi mais parce que c’est tout ce qu’elle avait à faire. Maintenant, elle sait pourquoi. Maintenant elle est grande, elle peut comprendre. Elle vient d’avoir 5 ans.
Le jour où le Monsieur est venu, il avait un costume qu’ont les monsieur sérieux. Lui, c’était un Monsieur important, qui s’écrit avec une majuscule. Il a dit « Papa n’est plus là, mais ne t’inquiète pas, maman va bien s’occuper de toi ». Sans doute que les Monsieur en costume noir ne comprennent pas qu’une enfant de 4 ans aussi, ça peut souffrir. Et il est parti, comme ça, sans se préoccuper de l’immense foutoir qu’il laissait derrière lui, sans se soucier que la phrase qu’il venait de prononcer commencerait à tuer à petits feus l’enfant.
Avait alors commencée sa lente descente aux enfers. Destructrice, ravageuse, sa chute avait anéanti la moindre parcelle de gaieté de son être, avait étouffée le moindre rire, la moindre promesse, témoins trop ostentatoires de sa vie d’avant. Son sourire avait séché sur ses lèvres gercées, s’était craquelé pour s’enfouir sous les décombres de son passé. Sa décadence n’était pas terminée. Elle sombrait encore, toujours plus profondément dans la misère, dans la bassesse.

Au début, sa mère est restée la même. Aimante, protectrice, plus monotone cependant. Un jour, l’enfant lui avait demandé :
« Maman, pourquoi il est parti papa ? »
La femme avait tremblé, et s’était tourné presque douloureusement vers sa fille.
« Oh, tu sais…euh…
- Il ne m’aimait plus ? Avait-elle demandé, les larmes aux yeux ». Sa mère, horrifiée l’avait prise violemment dans ses bras.
« Si, bien sûr que si mon ange, et il t’aime toujours, tu sais !
- Mais alors, pourquoi il ne vient plus me faire le bisou de bonne nuit s’il m’aime toujours ? Pourquoi il ne me fait plus tourner dans le ciel, comme un soleil ? Pourquoi il ne me prend plus dans ses bras quand j’ai peur, dans le noir ?
- Eva, il faut que tu sois grande, d’accord ? Et forte, aussi. Papa, il n’est plus là.
- Oui, je sais, il est parti.
- Mais tu sais pourquoi les gens partent, ma chérie ?
- Parce qu’ils en ont marre de rester ? »
De grosse goutte transparentes avaient commencé à couler sur les joues de sa mère, alors l’enfant avait cru comprendre.
« Il en avait marre de rester, c’est ça ?
- Il est mort, ma chérie, avait-elle sangloté en la serrant plus fort encore. »
L’enfant avait tremblé violemment. S’était dégagée des bras du fort aimant et protecteur, qu’elle croyait indestructible. Qui était en réalité traître, et en train de s’effriter.
« Audrey elle m’a dit que son grand-père était mort, et qu’il était plus jamais allé la voir. Papa il viendra plus me voir ?
- Papa il est là, ma chérie, avait-elle dit en posant ses mains sur son petit cœur.
- Non !! C’est pas vrai, papa il n’est pas là, pourquoi tu mens tout le temps ? La maîtresse à l’école elle nous a dit qu’il fallait jamais mentir ! Alors pourquoi toi tu mens ? »
Sa mère s’était avachie sur le carrelage froid du salon, hébétée. Hébétée par la Vie, cette arrogante putain, hébétée par ce qu’on lui demandait de faire, de dire. Hébétée par sa petite fille, témoin immortel qui lui rappellerait toute sa vie la trahison qu’elle lui avait faite.
L’enfant s’était approchée de sa mère, presque religieusement, et lui avait chuchoté, les larmes bloquant l’air dans sa gorge : « Toi non plus, tu ne m’aimes plus ? ».
Pour toute réponse, sa mère l’avait reprise brutalement dans ses bras, et l’avait serrée fort, très fort, tant qu’elle sentait qu’elle pouvait exploser à tout moment, comme une tomate trop juteuse. Puis sa mère avait chuchoté : « On va être forte, toutes les deux, hein mon amour ? Tu vas être grande et forte ».
Comment on devient grande et forte en 5 minutes, quand on a 4 ans ? Pourquoi les adultes croient que c’est pas bien d’être petit, qu’il faut vite grandir pour pouvoir être fort ? Pourquoi les adultes croient tout ça ? Pourquoi est-ce qu’on doit devenir grands et forts ? À quoi ça sert, de devenir grands et forts ?
« Papa, il était grand et fort, et il est mort.
- Oui ma chérie, je sais.
- Pourquoi il est mort ?
- Eh bien… Tu vois, il était parti à la guerre, et…
- Mais il y a plus la guerre !
- Non, pas en France, mais dans d’autres pays, si.
- Alors pourquoi il va faire la guerre si c’est pas son pays ? Ma maîtresse elle nous a dit qu’il fallait pas s’occuper des affaires des autres.
- Mais c’est son travail, ma puce. Il était militaire.
- Militaire dans le pays des autres ?
- … »
Petit silence, seulement entrecoupé par la respiration douloureuse de la mère.
L’enfant avait repris :
« Maman, pourquoi on fait la guerre ?
- Parce qu’on n'est pas d’accord, qu’on veut quelque chose que l’autre a.
- Moi quand je veux la gomme d’Audrey, je lui demande et elle me la prête, je ne lui fais pas la guerre.
- Oui, mais là ce sont des choses beaucoup plus importantes qu’une simple gomme, ma chérie. Des terres, la religion, des choses comme ça. »
La petite fille avait réfléchi. Avait regardé sa maman, qui semblait prête à s’effondrer.
« Et ils font quoi, à la guerre ? »
La mère avait soupiré, et avait renoncé à enjoliver la vérité. Enjoliver la vérité, belle manière de ne pas dire mentir.
« Ils se tirent dessus. Ils se massacrent. Voilà ce qu’ils font.
- A quoi ça sert ?
- Quand tu tues tout le monde il n’y a plus personne pour te résister.
- Mais ça c’est dans les jeux vidéos du grand frère d’Audrey, pas dans la vie. C’est ce qu’elle m’a dit, Audrey.
- Si, c’est dans la vie. »
Éva avait paru réfléchir intensément, puis avait demandé :
« Alors c’est tous des méchants ? » Abasourdie, la mère avait vivement répliqué :
« Pourquoi, mon cœur ?
- Parce que dans les jeux vidéo de Bastien, il faut tirer sur les méchants. »
La maman avait alors souri tristement, pensant combien il était facile d’être une enfant, combien Eva était restée pure, innocente, malgré les aléas de la Vie.
« Oui mon amour, c’est tous des méchants » avait-elle chuchoté, en berçant tendrement sa fille dans ses bras.

Maintenant, maman ne fait plus de câlin. Ni de bisou de bonne nuit. Ni de chaussons aux pommes tout chauds, le dimanche matin.
Maintenant, maman crie. Non, elle ne crie pas, elle hurle. Elle hurle contre la pluie, contre les factures, contre la voisine qui fait trop de bruit en se lavant les dents. Elle hurle contre ses escarpins qui ne sont pas rangés au bon endroit, contre le soleil qui chauffe trop fort, encore contre la voisine qui passe la tondeuse.
Elle hurle contre la Vie qui la force à nager à contre-courant, à crier plus fort que le vent, à se battre contre des démons enragés dont elle seule voit les ombres.
Elle pleure aussi, des fois. Quand elle voit que le frigo est vide. Quand elle voit son visage creusé, ses cernes violacées dans le miroir de la salle de bains. Quand elle regarde sa fille, sa seule fierté dans les yeux, et que celle-ci lui dit : « je n’ai plus envie que tu sois ma maman ». Quand elle est obligée de se promener tard le soir, sur les trottoirs de l’avenue d’en face, pour qu’Eva puisse manger.

La petite fille lève les yeux. Il s’est arrêté de pleuvoir. Elle grelotte, a mal aux fesses à cause de la marche trop dure. Elle revient dans la cuisine. Le frigo est toujours grand ouvert, arrogante glacière mutante, et semble la narguer. Cruel complice, son ventre gargouille ardemment. La pomme, plus que jamais fruit défendu, siège fièrement sur son trône de plastique. Alors le combat sans fin recommence, la petite fille se met sur la pointe des pieds, tend son bras, et essaye d’attraper le fruit, qui se balance, toujours, cavalièrement.
Là encore, elle pense. Elle pense qu’elle ne veut pas devenir grande, que c’est moche et que ça pue, les adultes. Que ça dit tout le temps des vilaines choses.
« Maman, pourquoi tu as dit à la voisine que c’était une grosse truie ?
- Oh, tais-toi, toi. »
Que ça dit tais-toi quand ça veut pas répondre. Que ça pleure tout le temps. Que ça se croit plus intelligent alors qu’en fait, plus on grandit plus on devient bête. Éva le sait bien, ça. Elle, elle ne fait jamais la guerre a personne, même si on l’embête. Elle, elle ne dit pas à la voisine que c’est une grosse truie, car elle l’aime bien la voisine, avec ses grosses mains calleuses qui sentent la violette. Elle, elle n’avale pas une boite entière de comprimés, pour « oublier », comme sa maman l’avait fait la dernière fois. Et même que sa maman avait failli partir, elle aussi. Mais Eva n’aurait pas pleuré, pas comme quand Papa était parti, elle ne lui aurait pas amené des beaux dessins, tous les jeudis, au cimetière. Parce que Maman, elle n’est plus sure de l’aimer vraiment.

La mère d’ Eva rentre enfin, exténuée. Maudite porte qui bloque. Foutu chat toujours à trainer sur le paillasson. Putain de lumière qui ne s’allume pas.
Frigo grand ouvert, surimis parterre, sa fille essaye toujours d’attraper la pomme qui pourrissait ici depuis plusieurs jours. Elle ne crie pas. Elle est trop fatiguée pour crier. Sa fille se retourne.
« Dis, j’ai faim.
- Y’a rien à manger.
- Oui mais j’ai faim, moi. »
La mère a envie de pleurer. Se retient difficilement. Sort de la maison, sonne chez la voisine, et lui demande si elle n’a pas quelques restes pour la petite.
« S’adresser à la grosse truie pour lui demander ça, ça a du faire sacrément chuter votre fierté, non ? Et vous blesser au plus profond de votre dignité ?
- Je vous en prie. Ce sont nos querelles. Éva n’a rien à voir avec ça. »
Lentement, la voisine acquiesce. Disparait un instant, et revient avec une assiette constituée d’une cuisse de poulet et de carottes râpées. Elle tend aussi une pomme. Les yeux noyés de larmes, la mère la remercie, et court à sa maison.
Elle regarde Eva manger, et la honte s’empare d’elle. Elle n’a même pas de quoi nourrir son enfant par ses propre moyens. Quoi de plus déshonorant ?
Quand Eva se couche, sa mère lui fait le bisou de bonne nuit. Quand sa fille lui demande pourquoi, elle ne préfère pas répondre. Elle se refusait de pleurer devant son enfant, de lui offrir sur un plateau sa faiblesse et sa souffrance. Éva était trop jeune pour ça.

Flash info : Tôt ce matin, le corps d'une femme a été retrouvé par un pêcheur dans la Dordogne. Les premières analyses faites révèlent que la femme avait dans le sang une forte dose de poison, poison rare et puissant qui provoque la mort après des vomissements, des spasmes et d'atroces douleurs. Nous ne savons pas encore s'il s'agit d'un suicide, mais la victime est sans doute morte dans d'insupportables souffrances. Un appel à témoins est lancé.

Le lendemain, Maman n’était pas là. Il y avait la voisine à la place.
« Elle est où, maman ?
- Maman, elle ne supportait plus la Vie. Alors elle s’est débrouillée pour ne plus avoir à la supporter.
- Elle est partie ?
- Oui.
- Elle en avait marre de rester ?
- Sans doute.
- Alors elle a vidé la boite de comprimés, comme la dernière fois ?
- Non. Je crois qu’elle a voulu se faire mal cette fois-ci.
- Et je vais faire quoi moi ?
- Tu vas lui apporter des beaux dessins, tous les jeudis, comme à papa.
- Et je vais vivre où ?
- On ne sait pas encore, alors pour l’instant, avec moi. »
Eva se dit que finalement, elle aurait bien aimé que maman ne parte pas. Parce que maman, même si elle ne lui donnait pas à manger tout le temps, même si elle disait des choses vilaines, même si elle criait très fort, c’était sa maman.

Maintenant, la petite Eva a grandi. Parce que même si on le désire très fort, en regardant l’étoile qui brille le plus dans le ciel, on ne peut pas rester petit. On est obligé de grandir, de souffrir, de devenir bête. Mais au fond, les adultes, c’est juste des enfants, en moins intelligent.

Jennsen ©

Le bonheur est une sorte d'archipel composé d'instants heureux. Entre ces îlots il y a de l'errance et de la solitude

Patrice Lepage



Si tu pleures trop parce que tu as perdu ton soleil, tes larmes t'empêcheront de voir les étoiles

Anonyme

dimanche 24 juillet 2011

Ton tour de vivre

La première fois que tu ouvres les yeux, tu t’dis que c’est beau, c’est tout rose
Il y a tout c’que tu veux, finalement tu comprends pas grand-chose
Tu rigoles, t'es heureux, t’en sais rien mais tu t’en fous
Jusqu’à ce que la Vie te rattrape et te lâche plus jusqu’au bout.

Là tes yeux grands ouverts clignent doucement,
Ça y est faut qu’tu t’habitues, t’es plus un enfant,
Soudain c’est moins drôle, t’as envie de pleurer,
Mais t’en a même pas le temps, t'es trop occupé.

Royalement tu t’affales, tu laisses tout tomber
Brusquement tu t’étales et tu t’demandes où t’es.

Tu te dis quelle chienne la vie, et tu veux t’arrêter,
Mais maintenant c’est trop tard, t'es obligé d’continuer
T'as signé quand t'es né, tu peux pas t’défiler
Faut que tu vives jusqu’au bout, 20 ans et toi t'es déjà essoufflé.

Et t'es là comme un con, à regarder les gens qui passent,
Toi tu sais pas quoi faire, alors tu t’assoies par terre,
Les gens te marchent dessus, sans doute sans faire exprès,
Toi tu sais pas quoi dire, alors tu leur souris, et tu leur dis merci.

Royalement tu t’affales, tu laisses tout tomber
Brusquement tu t’étales et tu t’demandes où t'es.

Et puis soudain tu t’relèves, maintenant aussi grand que les autres
Qui te regardent sans comprendre, et qui marchent sur quelqu’un d’autre
T'as compris ce qu’c’était, cette drôle de vie pourrie
Qui t’fait des coups foireux, mais qui t’aide quand même aussi
Faut juste savoir mélanger, avec une bonne dose de patience,
L’amour et les pleurs, la joie et la violence.

La vie continue, et tu t’en sors pas trop mal,
T’as fait des erreurs, mais t’as su réparer
Tu commences à t’ennuyer, mais ça t’est égal,
Ce qui t’inquiète le plus, c’est que t’as djà 50 balais.

Tu oublies peu à peu les premières années,
Celles ou tu regrettais d‘être là, et où tu voulais te tuer
À présent tu vois juste, que tu commences à fatiguer,
Mais que tu voudrais bien vivre, maintenant que tu sais comment on fait

Là tu regardes autour de toi, les gens sont jeunes et sourient,
Toi tu passes ton temps à râler, et le temps passe un peu trop vite
Tu trouves que ça vaut plus la peine, de vivre comme un pantin,
Alors tu attends ton tour, et tu passes sous un train.

Jennsen ©

Le plus beau présent de la vie est la liberté qu'elle vous laisse
d'en sortir à votre heure.

Anonyme



La tragédie de la mort est en ceci qu'elle transforme la vie en
destin.

André Malraux

Les gens que personne ne voit

La femme était assise sur un banc, seule, et de petites perles argentées brillaient doucement sur ses joues couleur pêche. Ses cheveux, si beaux d'ordinaire, ne formaient plus qu'une masse rousse crasseuse et emmêlée. Ses doigts fins et délicats étaient devenus rouges, pétrifiés par le froid. Tout son corps s'était lentement engourdi, et seul son cerveau continuait de marcher à une vitesse vertigineuse. C'était la seule chose qui persévérait à la maintenir en vie. Mais le Froid, fidèle complice de la Mort, désirait prendre celle qui résistait presque insolemment à ses assauts. La femme avait une trentaine d'années. Elle s'appelait Neuza, mais plus personne ne l'appelait. Elle aurait pu être belle, mais la Vie en avait décidé autrement. Sa bouche était sèche, ses lèvres craquelées. Ses yeux vert amande n'avaient plus aucun éclat, ses pupilles étaient comme mortes, sans doute fatiguées d'avoir regardé trop longtemps la Vie les anéantir. Sous ses yeux s'étendaient de grosses cernes si agrandies par le manque de sommeil qu'elles en étaient violacées. Pourtant son visage gardait une infinie douceur, comme une sorte de beauté qui perdurait malgré les aléas de la vie. Elle était démesurément maigre, mais jamais elle ne se plaignait du manque de nourriture. Elle avait appris à vivre avec le peu qu'on lui donnait, sans s'apitoyer sur son sort, et en donnant aux plus malheureux qu'elle. Elle était discrète, parlait peu. On lui avait demandé un jour pourquoi elle ne parlait que rarement, et elle avait répondu, avec cet air nonchalant de femme qui ne sent même plus la douleur tant elle l'a côtoyée : "Je veux bien parler, moi. Mais à qui ? Et de quoi ? De ma vie, si désastreuse ?" et alors son interlocuteur avait regretté de lui avoir posé cette question. Mais Neuza n'avait pas regretté d'y avoir répondu. Elle était toujours seule au monde. Les gens passaient à côté d'elle sans la voir. Ou peut-être en refusant de la voir. Elle était inexistante, invisible. Alors, quand quelqu'un lui adressait la parole, elle se faisait une joie affolante de lui répondre, ne serait-ce que pour lui donner l'heure.
Bien souvent, Neuza pensait à la femme qu'elle aurait pu être. Qu'elle aurait du être. Avant, avant tout cela, elle était une fille dynamique, respirant la joie de vivre. Un grand sourire trônait toujours fièrement sur son visage, à la manière d'un soleil qui illuminait ses yeux incroyablement verts. Elle se souvenait du son de son rire. Un son doux, cristallin, qu'elle trouvait magnifique à présent. A présent qu'elle ne savait plus. Qu'elle n'y arrivait plus.
"Pourquoi tu souris jamais madame ?" lui avait demandé une fillette de 5 ou 6 ans, alors qu'elle descendait la rue avec sa mère.
- Le sourire, c'est comme la soupe, ma bouche n'en veut plus."
Pourtant elle se souvient. Elle se souvient de la sensation que ça fait de sourire, de rire, d'être heureux. On est invincible, rien ne pourra jamais nous arriver. On se croit plus fort, plus fort que la Vie, qui pourtant décide de tout.
Elle se souvient de sa mère, si douce. De sa mort, si brutale. Trimbalée de foyers en foyers, elle a été lâchée dans la nature à sa majorité.
Elle se souvient qu'elle a été heureuse, longtemps. Qu'elle a été joyeuse, qu'elle a ri. Jusqu'au jour où cet homme est venu, avec le costume noir qu'ont les monsieur sérieux. Qu'il a dit : "Maman n'est plus là, mais ne t'inquiète pas, on va bien s'occuper de toi". Sans doute que les monsieur en costume noir ne comprennent pas qu'une enfant de 7 ans aussi, ça peut souffrir. Neuza était désormais comme seule au monde. Puis, alors qu'elle était si jeune encore, elle s'était mise à raisonner comme une adulte, elle avait grandi trop vite, comme un fruit qui aurait pourri avant d'être mûr. Elle avait manqué un stade. Celui de l'enfant insouciant qui vit sans se préoccuper de quoi serait fait le lendemain.
Et maintenant, elle se retrouvait là, sur ce banc en bois tellement en piteux état que plus personne ne voulait s'asseoir dessus. Elle pleurait, sans vraiment savoir pourquoi, mais elle s'en fichait. Les gouttes salées qui perlaient doucement de ses cils réchauffaient ses joues glaciales.
Neuza regarda autour d'elle. Plus personne ne passerait ce soir, il était trop tard. Et il faisait bien trop froid. Elle regarda son gobelet en plastique et compta le peu de pièces qu'elle avait amassées. Elle aurait juste de quoi s'acheter un croissant, et peut-être un café. Elle soupira. Elle marcha un peu et trouva ce qu'elle cherchait. La grille d'aération du métro. Elle diffusait le peu de chaleur qui lui permettrait de survivre cette nuit. Elle s'allongea sur la grille chaude, prit ses couvertures et se roula en boule dedans. Elle ferma les yeux.
Un passant se dépêchait de rentrer chez lui, absolument frigorifié. Il se maudissait de ne pas avoir écouté la météo quand une masse uniforme le surprit. Il reconnut une silhouette humaine enroulée dans de vieilles couvertures trouées.
Lui, il l'avait vue.
Mais il fit semblant de ne pas la voir.
Il passa son chemin comme si de rien n'était et accéléra le pas.

Jennsen ©
Il y a des gens, parfois, qui sont dans la rue, et qui te sourient. Toi tu
passes à côté d'eux en essayant de ne pas les regarder. Ton mépris les
enfonce cruellement, de plus en plus profondément dans la bassesse.
Ce texte est pour ces gens-là.

Jennsen.

Carnage

Petit village paisible, qui se réveille brutalement. Le soleil se découpe en plusieurs teintes rosées qui se reflètent dans la minuscule mare des pêcheurs du dimanche. Toutes les maisons sont en crépis blanc ivoire, devenu blanc sale au fil du temps. Puis incarnat. Les toits en ardoise bleue offrent un curieux contraste avec le ciel couleur chair. Des arbres, il y en avait, beaucoup. Il n’y en a plus. Il fait doux, mais personne ne le sent. Personne n’y fait attention, en fait. Au centre du village, une fontaine. Où il n’y a plus d’eau. Où l’on reconnaît à peine les petits chérubins sculptés avec leurs arcs et leurs sourires saugrenus. Inconvenants. Leurs fossettes et leurs bouilles potelées deviennent gênantes. Choquantes, grossières même. Puis, un grand édifice brun clair, ou l’on devine les lettres « bar » sur la façade. Qui sont partiellement effacées. Par le temps, par la météo, par les hommes aussi. Il ne pleut pas. Pourtant, on entends un incessant « plic-ploc », comme de l’eau qui tomberait d’une gouttière. Mais en fait ce n’est pas de l’eau. C’est juste un peu plus foncé.
Aucune végétation, aucun arbuste, aucune fleur, aucune herbe folle. Juste de la terre boueuse, vaseuse, collante, gluante, mélangée à du sable, des gravats. À des bouts de dents, écarlates. À des bras arrachés, des jambes broyées, des corps contorsionnés, des visages figés. Des yeux grands ouverts, des bouches tordues, crispées.
Les hommes, si l’on pouvait toujours les appeler ainsi, s’entretuaient, se massacraient, avec la plus exécrable ferveur. C’était un véritable carnage. Le jeune homme rampait au milieu d’une mare de sang. Il crachotait le liquide visqueux qui s’infiltrait partout, dans sa bouche, son nez, ses chaussures. Il était allongé au milieu de visages contorsionnés, de jambes arrachées, de bras, de tripes et de boyaux. Certains hommes qui se trouvaient à la limite floue qui sépare la vie de la mort appelaient leurs mères, leurs femmes, leurs enfants, suppliaient qu’on leur donne à boire, ou qu’on les achève. Ils souffraient atrocement. Pourtant personne n’y faisait attention. Tout le monde était bien trop occupé à se charger de sauver sa peau. Ou d’essayer en tous cas. Le jeune homme continuait d’avancer. Il avait une gourde au flanc droit, un casque trop grand qui tombait sur le côté de sa tête. De petites boucles dorées sur le dessus de son crâne. Des yeux qui n’avaient plus aucune forme, plus aucune couleur, tant ils étaient déformés par l’effroi. Un visage beau, lisse, pâle. Un nez fin, qui ne frémissait plus à l’épouvantable odeur de putréfaction tant il l’avait côtoyée. Des mains noires, calleuses, des ongles arrachés, presque inexistants.
Il est jeune. Bien trop. Pourtant il est là, rampant sur des cadavres qui pourrissent ici depuis plusieurs jours, écrasant des mains, des pieds, le visage vermillon du sang des hommes qui tombent à côté de lui. De son camp ou de l’autre, peu importe. Il ne sait même plus quel camp est le bon. Alors il avance, toujours. Il halète. Il est blessé. Des balles fusent au-dessus de sa tête, et jamais on ne sait quand une parviendra à nous toucher. Alors on continue, et on attend presque. D’être atteint, de mourir. D’être libéré. Il ne regarde même pas où il va, il est comme fou, il veut juste avancer, être loin. Puis, il se heurte à un bloc massif en pierre. Il lève la tête. Un petit ange l’accueille en souriant. L’homme se croit mort, puis lève la tête plus haut, et voit la fontaine. Le petite ange continue de lui sourire insolemment. Alors il pose sa main sur la pierre froide, et la presse délicatement contre le corps dodu de l’impertinent. Quand il la retire, le chérubin est un mélange de sang, de glaise, de crasse. Voilà. Il est comme lui à présent. Il a la même odeur que la mort. Le geste puéril du jeune homme lui a fait oublier un instant où il se trouvait. Sa côte droite le fait atrocement souffrir. Il passe sa main dessus, le regrette aussitôt. Il perd du sang. Beaucoup trop. Il contourne la fontaine avec un effort surhumain. Bientôt il n’aura plus la force d’avancer. Il ne l’a déjà plus, mais il avance quand même. Il ne comprend pas pourquoi. Alors il lève les yeux. Un homme est en train de le tirer, de le relever. Le jeune ne connait pas son visage, et se dit qu’il est pris. Mais non. Les hommes qu’ils combattent ne font pas de prisonnier. Ils tuent tout le monde. Alors ? Il ne sait pas. Son esprit est trop embrouillé pour chercher une explication plausible. L’homme le tire de plus belle, le soulève un peu : « allez, fais un effort gamin. Aide-moi ». Le gamin en question scrute l’homme, sans comprendre la suite de mots indéchiffrable qu’il vient de prononcer. Il tord sa bouche en un rictus crispé pour dire quelque chose, mais n’y parvient pas. L’autre s’agenouille, et le regarde dans les yeux. Effaré, il murmure « bon dieu ce qu’il est jeune ». Puis, il tourne la tête et voit la tâche sombre qui obscurcit son flanc. Comme pour lui-même, il marmonne « il va s’en sortir, oh bon dieu oui, il va s’en sortir ! ». Le jeune n’a plus la force de garder les yeux ouverts. Alors il les ferme. Sa main tombe sur le côté, et rencontre quelque chose de dur. Ses doigts se ferment sur cet objet, presque inconsciemment. Sa tête tombe sur le côté. Il va bientôt mourir.
L’homme regarda le gamin perdre connaissance, consterné. Il secoua la tête, pria un dieu à qui il n’avait jamais accordé la moindre importance. On dit que les malheurs rapprochent Dieu des hommes. Même s’il n’existe pas. Là, il prend le jeune homme dans ses bras. Il est maigre. Il sent ses côtes à travers sa chemise déchirée aux manches repliées qui devait être beige au départ. Puis il marche, droit devant lui. Il ne devient plus qu’une ombre, puis disparait.
Un oiseau chante. Un autre lui répond. La nature n’a que faire des caprices humains.
Petit village paisible, qui s’est réveillé brutalement. Le soleil se découpe en plusieurs teintes rosées qui se reflètent dans la minuscule mare des pêcheurs du dimanche. Toutes les maisons sont en crépis blanc ivoire, devenu blanc sale au fil du temps. Puis incarnat. Les toits en ardoise bleue offrent un curieux contraste avec le ciel couleur chair. Des arbres, il y en avait, beaucoup. Il n’y en a plus. Il fait doux, mais personne ne le sent. Personne n’y fait attention, en fait. Car tout le monde dort.

Jennsen ©

Les Gardiennes de Tejelba


Une ombre se découpa dans l'encadrement de la porte. Je vis apparaître une femme sublime aux cheveux d'un roux foncé, dotés de belles grosses boucles brillantes à la lumière. La somptueuse chevelure mi-longue formait une cascade chatoyante dans son dos.
Quand son visage se détacha de l'obscurité, j'aperçus ses grands et magnifiques yeux bleus, semblables à un océan où le soleil ne cesse de jouer de ses rayons, et qui donne toutes ces étoiles au regard. La peau rose pâle de cette charmante inconnue semblait composée de porcelaine, je n'aurais pas osé la toucher, trop apeuré à l'idée qu'elle se brise. On aurait dit une poupée toute neuve, avec ses pommettes roses et son fin visage au teint de plâtre.
Elle avait un joli petit nez et des lèvres écarlates pulpeuses qui faisaient penser à une cerise bien mûre, tendues à craquer, tout comme sa peau d'ailleurs. Pour sûr, elle devait plaire, et à plus d'un. Elle en faisait certainement, des jalouses, cette beauté... pure.
Mes yeux poursuivirent leur « inspection curieuse » pour rencontrer quelque chose d'un peu spécial : la fabuleuse jeune femme portait une tenue extrêmement moulante, entièrement rouge, qui lui donnait un air certes sévère, mais encore plus attirant. Ce vêtement révélait sa fonction, car il était spécifique à ce service, et unique. C'était la marque des protecteurs de la princesse, ou plutôt des protectrices, puisque les femmes étaient les seules à accéder à cette « profession risquée ».
Bien droite, ses formes désirables parfaitement dessinées, la nouvelle garde du corps paraissait très jeune : elle devait avoir environ vingt ans, à mon avis.
Ses splendides yeux évoquant le cristal m'examinèrent, puis son sourcil gauche forma un arc au-dessus de son œil. Je commençais à saisir que pendant que je la contemplais, les secondes voire les minutes s'écoulaient, et elle s'impatientait. Logique, si chaque personne qu'elle croisait la regardait éternellement comme je venais de le faire, cela devait l'irriter, à la longue.
Elle se redressa encore un peu et soupira avant de m'adresser la parole.
  • Je me nomme Kathleen, dit-elle avec une voix douce, celle qui nous berce et nous entraîne dans les rêves les plus beaux, le soir.
    J'étais littéralement fasciné.
  • Je... Je... Je m'appelle Galadriel, bredouillais-je bêtement.
  • Que fais-tu ici, demanda-t-elle, sur ses gardes.
  • Mademoiselle Estelle m'a envoyé chercher sa nouvelle protectrice. J'imagine que c'est vous.
  • Oui, c'est moi.
  • Suivez-moi, je vous conduirai jusqu'à elle.
Kathleen se détendit, mais elle restait prête à frapper à tout moment, attentive à chaque mouvement suspect. Ce genre de garde-du-corps sans peur était très efficace, et les membres de ce groupe n'avaient aucune pitié envers ceux qui menaçaient la princesse, leur protégée.
Kathleen était très vigilante, et sans doute la meilleure des Phélinn, service spécial d'Estelle. On les reconnaissait très facilement, même de loin, grâce à leur fameuse tenue rouge si moulante.
Sur cet habit, pas de décolleté, mais un col qui montait presque à la moitié de son cou. Deux bandes pourpres parallèles traversaient tout l'uniforme, des seins jusqu'aux chevilles. Une simple fantaisie esthétique.
Impossible de voir la différence, ou plutôt l'arrêt, entre le haut et le bas; on aurait dit une seconde peau, que l'on ne peut pas enlever.
Personne ne savait de quelle matière était fait cet étrange uniforme luisant, mais chacune rêvait en secret d'avoir le même, afin d'être aussi séduisante que le phénomène de la nature que je guidais, tout joyeux, vers la princesse Estelle.
Toutes les Phélinn tutoyaient les autres, exceptée la personne qu'elles défendaient au péril de leur vie. En général, toutes ces femmes étaient orphelines, et on les élevait et les entraînait dès qu'elles rentraient dans l'école des protectrices, quelque soit leur âge. Ainsi, puisqu'elles risquaient toutes leur existence pour sauver celle de Mademoiselle Estelle, elles n'avaient pas de soucis au sujet de la famille, en cas d'accident.
Et moi, pauvre serviteur de la princesse, j'étais bien satisfait de mon sort, parce que je faisais parti d'un groupe réduit qui pouvait à la fois voir les Phélinn et être auprès de Mademoiselle Estelle ! Ces femmes étaient vraiment magnifiques, et surtout hors du commun. Quelle chance de pouvoir les observer à longueur de journée !
Toutes les protectrices étaient agiles, souples et d'une intelligence remarquable, mais cette Kathleen avait quelque chose de différent. Car on pouvait voir le même reflet scintillant dans ses yeux que dans ceux de la princesse Estelle...

Melody ©

La beauté plaît aux yeux, la douceur charme l'âme.
Voltaire

Une femme qui est belle a toujours de l'esprit; elle a l'esprit d'être belle.
Théophile Gautier

Texte slam : Les sentiments

Je sens parfois, cette vague de peine
Cette vague de larmes, que je retiens à peine
Un événement soudain, et puis plus jamais rien
Une personne qui nous quitte, ou une blessure écrite
Un souvenir lointain qui s'efface un matin
Ou une autre nouvelle : le reçu d'un appel.

Parfois, c'est bizarre, on se réveille heureux
Même si c'est plutôt rare, ça arrive un p'tit peu
On s'regarde dans la glace, on sourit tout à coup
Les idées bien en place on relativise tout
On s'amuse, on rigole les grands boivent un p'tit coup
Et si ça dégringole eh ben on r'commence tout

Il y a des jours aussi, on l'on est en colère,
Je connais ça, merci, moi je fous tout en l'air
Y'a des jours ça va pas, ben tant pis, c'est comme ça
Les sentiments sont là et on les contrôle pas.
On a envie d'tout casser et on s'met à pleurer
On voudrait tout lâcher, et puis c'est terminé

Non on ne sait jamais, quand cela va tomber,
Mais finalement je sais, que ça fait avancer,
De l'amour à la peine, de l'angoisse à la haine,
Les souvenirs reviennent, les souvenirs s'étreignent
C'est comme ça pis c'est tout, les sentiments sont fous
Même si l'avenir est flou, on avance jusqu'au bout.

Tantôt on a peur, tantôt on a mal.
Y'a des blessures au cœur qui ne guérissent jamais.
Parfois même, on devient si pâle
Et cett' boule dans la gorge, elle nous semble si vraie.
Il y a toujours quelqu'un pour essuyer les larmes,
Quelles soient de chagrin, de joie, ou d'états d'âme.

Mélody © 

Ce sont toujours nos bons sentiments qui nous font faire de vilaines choses
Jean Anouilh 

Hallway of dreams

Je marche. Le couloir est noir. Le temps semble ralenti. Mes bottes martèlent le sol avec un bruit de talons qui résonnent tout autour de moi, comme dans les rêves de films. Cette vague impression de solitude ne me dérange pas. Le couloir donne une sensation d'infinité, ou alors c'est moi qui marche sans avancer. Mes pas continuent de faire ce bruit qui finalement me fait du bien; il me donne confiance peu à peu. J'attends. J'attends quelque chose que j'ignore. Je ne sais plus, je ne sais pas. Une lueur blafarde dessine comme une sortie au loin. J'avance encore. Je me rapproche sans trop rien voir et sans en être sûre. La tâche grandit à chaque coup donné sur le sol marbré. Le teint pâle de la lumière jaunit peu à peu. Devenant si doré qu'il embellirait n'importe quoi. Je continue ma route. De petites tâches de couleurs viennent compléter le tableau lumineux. De ces nouvelles couleurs naissent des fleurs de toutes sortes. Je reconnais dans la masse de magnifiques lys et des yeux-de-chat. Au milieu de ce chef-d'œuvre apparaît un visage souriant. La lumière se transforme en une chevelure étincelante. Et un sourire modèle les lèvres de ce personnage inattendu. Mon esprit reconstitue l'image entière pour faire place au sujet important de mon songe. Les traits du jeune homme sont angéliques, la douceur de sa peau parfaite est d'une évidence surprenante, même sans qu'on la touche. Ses yeux ont la couleur bleue des lagons et des lacs d'Océanie et pétillent comme milles étoiles. Son regard est d'une intensité époustouflante. Je me perds dans la contemplation de son visage. Son sourire est timide mais tellement sincère... Je m'enfonce dans l'image comme dans un des mirages des déserts arides. Puis tout se met à tourner autour de moi, je suis emportée par un cyclone silencieux où tout se mélange. Les couleurs tournent, tournent. La dernière chose que j'ai vue du magnifique jeune homme est un sourire figé mais des paroles résonnent dans ma tête. Elles viennent de lui, forcément. « N'aie pas peur, je reviendrai... »
Soudain je me retrouve le matin dans mon lit aux draps blancs imprimé de pivoines, découverte. C'est fini. Du moins, pour aujourd'hui. Il reviendra, je le reverrai, on se sourira à nouveau, et mon cœur sera léger, léger... 


Mélody © 

Les rêves sont ce qu'il y a de plus doux et peut-être de plus vrai dans la vie.
Charles Nodier

L'amante de la Mort

Quand les gens te croisent dans la rue,
Ils te reconnaissent pas tout l’temps,
Alors ils te saluent,
Et te disent bonjour en souriant

Maintenant tu es habituée
A ce que l’on t’apprécies
Hier, celui qui est passé,
Tu le voulais aussi .

La mine fatiguée, le teint sombre,
Les yeux révulsés, il marchait comme une ombre.
La lueur des lampadaires illuminait sa faiblesse
Ton regard assoiffé
Rehaussait sa bassesse.

Tu l’avais bien choisi, sale putain
Fallait-il que tu sois jolie
Pour réussir ton larcin

Ton amie portait ce soir-là
Une courte robe blanche
Et il s’est arrêté
Sur le dessin de ses hanches

Toi tu étais sulfureuse
Longue robe noire vaporeuse
Teint hâlé, trop parfait
Et pourtant tellement vrai

Si séduisante,
Il n’a pas cherché longtemps
Âme vacante
A prendre sans ménagement

L’autre, si dure et ennuyeuse
Croyant tout contrôler
Mais pas si prétentieuse
Car elle te permet d’exister

Alors tes arrivée, et il est tombé amoureux
Il s’est jeté dans tes bras
Comme un imbécile heureux

Baiser glacial
Dans cette chaude nuit d’été
Mais toi ça t’est égal
Puisque t’as eu c’que tu voulais

Boitant comme un con
Sur le trottoir sale
Marchant à tâtons,
Tout d’un coup il s’étale
Ta médiocrité illuminant l’action,
Tu triomphes, reine du bal.

En contrebas, y’avait la Vie qui regardait
Et j’ai su qu’vous étiez toutes les deux des putains
Quand souriant, elle s’est approchée
Et t’a prise par la main.

Jennsen ©

L'espérance, toute trompeuse qu'elle est, sert au moins à nous mener à la fin de la vie par un chemin agréable.

La Rochefoucauld

samedi 23 juillet 2011

Et tandis que le monde s'arrête...

S'allonger un soir au bord de sa fenêtre. Regarder le temps gris, les nuages qui jouent à cache-cache avec les étoiles, sentir le vent frais qui caresse ta joue. Fermer les yeux, un instant. Et les rouvrir dans un endroit complètement différent. Dans les bras d'un homme, empestant l'alcool et la cigarette. Qui te tient bien fermement, si fort contre sa poitrine que tu sens son coeur battre à tout rompre à travers sa chemise en lin, légèrement humide à cause de la transpiration. Puis finalement, quand les doux effluves de la somnolence te quittent tout à fait, tu finis par te demander ce que tu fais là. Tu vois cet homme, le visage disgracieux, les cheveux gras, les yeux rougis par une bouteille de trop, te serrer dans ses bras à t'étouffer. Tu vois le paysage autour de toi qui défile à une vitesse effarante. Mais en fait tu te rends compte que c'est juste que tu es en train de t'endormir, et que l'homme marche à une allure normale. Et puis tu veux te réveiller complètement, mais tu n'y parviens pas. Tu regardes les bras puissants qui te tiennent, et comme tu es incapable de lever la tête, tu demandes à ces bras ce qui se passe. Le bras tressaille, et une veine à l'avant-bras se met à battre frénétiquement. Là tu te dis que le bras est en train de te répondre, et puis tu t'endors.
L'homme regarde la jeune fille s'endormir, soulagé. Les battements de son coeur se calment, sa course devient plus régulière, et il laisse libre cours à ses pensées. La drogue a eu l'effet escompté, et plus encore, car la fille s'était mise à délirer. Il regarde l'enfant, qu'il trouve belle. De longs cils noirs s'entremêlent, et de petites veines bleutées apparaissent sur ses paupières. Sa bouche, légèrement entrouverte, est bien dessinée, d'une belle couleur rose pâle. Sa peau d'une blancheur immaculée et son visage ovale lui donnent un air angélique. Des cheveux roux bouclés forment comme une auréole autour de sa tête.
Il se dit soudain qu'il est encore temps. Qu'elle est trop jeune, trop belle pour être mêlée à tout ça. Puis il réfléchit. Mais être mêlée à quoi ? Même lui ne le savait pas. Et après tout, c'était peut-être mieux ainsi. Beaucoup d'hommes étaient morts pour avoir trop su. Alors il continue sa marche. Le vent qui s'était endormi se ranime violemment, et les cheveux de la fillette dansent autour de son visage, et frôlent la figure de l'homme. Une douce odeur d'amande l'envahit, puis il secoue la tête. Il lui serait bien trop facile de se laisser attendrir par l'enfant, de l'amener avec lui dans le sud, loin de tout ça. De cet immense désordre. Mais il ne pouvait pas. Il avait promis de l'amener, et de partir sans se retourner, sans se poser de questions. Alors il le ferait. Comme un légume, comme un robot à qui l'on donnerait des ordres et qui les effectuerait mécaniquement, sans savoir pourquoi. Sans comprendre pourquoi. Mais il était tellement facile d'obéir sans se poser de questions, il était tellement facile d'accepter d'occulter certains détails, il était tellement facile de faire semblant de ne pas savoir. De ne pas voir. De ne pas comprendre. D'être juste une bête de somme, assez intelligente pour dire oui, trop bête pour dire non. Il avait choisi la facilité. Il avait choisi l'ignorance. Pour se garantir la sécurité, à lui et à sa famille. Alors oui, il emmènerait cette fillette, si jeune et si belle soit-elle, quoi qu'on lui fasse, quoi qu'il lui arrive par la suite. Mais à ça, il ne fallait pas y penser. Il fallait juste penser qu'après tout cela, ce serait fini. Oui, après tout cela, ils partiraient tous dans le sud, et ils reprendraient leur vie en repartant de zéro. Ce qu'ils avaient fait jusqu'alors ne compterait plus.
Il était arrivé au jardin. Une douce lueur nimbait les buissons et la fontaine qui ne marchait plus depuis bien longtemps. Les sapins étaient tous décharnés, et le sol n'avait plus aucun gravats. On marchait sur du sable, sur de la terre devenue boueuse à cause des pluies d'automne qui avaient ravagées la région. Il y avait là un banc en bois, sur lequel l'homme déposa l'enfant délicatement. Il la regarda une dernière fois, et partit sans se retourner, comme il devait le faire.
Il n'avait pas failli une seule fois au instructions qui lui avaient été données. Il devait à présent rentrer chez lui, passer la nuit et partir tôt le lendemain pour le sud.
Il marchait à vive allure, pour se débarrasser du froid qui le mord violemment, et pour oublier le visage de la petite fille. Il arriva devant la porte en fer forgé de la maison qu'il habite avec sa femme et ses trois enfants depuis quinze ans. Il l'ouvrit. Fit quelques pas, avant de se rendre compte que la cuisine était allumée, alors que tout le monde devrait être couché. C'est le matin à présent. Il entra dans la cuisine. Sa femme y était. Il la voyait de dos, assise sur une chaise, la tête entre les bras. Il lui tapota doucement l'épaule, elle s'affala de tout son long sur la table. Une tâche rouge obscurcissait son dos. Il couru dans la chambre des enfants. Personne. Ils étaient dans la salle de bains, endormis dans la baignoire qui débordait d'eau. Il hurla. Entendit du bruit. IL était encore là. IL l'attendait. Évidemment. Alors il couru. Pas pour se sauver, car il était déjà perdu. Mais parce qu'il n'avait rien d'autre à faire, à part hurler, toujours plus fort. Il sortit de la maison, se fit surprendre par le vent qui cinglait violemment. Il entendit des pas derrière lui, ne s'en préoccupa pas. Il n'avait jamais couru aussi vite. Sa violente fureur lui donnait des ailes, son désespoir assommant propulsait ses jambes à une vitesse effarante. Puis il s'arrêta. Se retourna. L'autre ne le poursuivait plus. Il s'était dit que ça ne valait pas la peine, et il avait eu raison. De quoi est capable un homme formé pour ne pas réfléchir, pour ne pas penser, assommé par la douleur de la perte des seuls êtres qu'il aime ? L'homme ne savait pas quoi faire. Il se retrouva soudain devant le parc. La petite fille était toujours allongée sur le banc, endormie. Ils n'étaient pas encore venus la chercher. Et là le monde s'arrêta, et regarda fixement pendant quelques temps. Un silence assourdissant se fit entendre. L'homme s'approcha. Regarda le petit être qui dormait calmement, sa poitrine se soulevant à chaque respiration. L'aube qui commençait à poindre révéla de délicats reflets dorés dans ses longs cheveux roux emmêlés. La peau de la fillette devint translucide aux timides rayons du soleil qui peinait à ouvrir les yeux. L'homme la contempla, émerveillé, tandis qu'un sentiment de haine et de vengeance l'assaillit violemment. L'espace d'un instant, il oublia tout. S'approcha encore. Retint sa respiration. Prit l'enfant dans ses bras. Elle, il aura pu la sauver. Il la serra fort contre lui, comme à l'aller, mais cette fois pas pour l'amener à sa perte. Il partit en courant avec l'enfant contre sa poitrine.
Le monde a fini de regarder, et se remet à respirer.

Jennsen ©

L'optimisme, c'est parler de ce qu'il reste quand tout est perdu.
Jennsen

vendredi 22 juillet 2011

Un accident pour vivre

Yalaëlle ferma les yeux. Pas besoin d'eux pour voir. De toute façon, elle voyait quand-même avec le cœur, d'une certaine manière plutôt... étrange. La jeune fille savait très bien à quoi ressemblait le paysage, autour d'elle.
Elle flottait tout simplement, dans un espace entièrement bleu. Il y avait plein de nuances, cela formait un tableau merveilleusement beau. Une pluie d'étoiles, ou d'étincelles dorées peut-être, tombait à l'infini.
Dans cette « dimension », il n'y avait ni début, ni fin. Juste le plaisir d'être là, de se sentir bien, de sentir un amour infini partout; autour et en Yalaëlle, chose qu'elle ne croyait pas possible, tant sa vie était dépourvue de ce genre de sentiments à grande échelle.
Ici elle respirait la vie, elle sentait le souffle discret de sa respiration calme et sereine. Yalaëlle aurait voulu rester ici pour toujours. Pour elle, plus rien n'avait d'importance, à part cet endroit mystérieux et plus que parfait.
Des larmes de joie naquirent au coin de ses yeux, eurent le temps de vivre sur ses joues à la peau lisse et rosée, puis moururent sur ses lèvres.
Néanmoins, au fond d'elle-même, loin dans le creux de son cœur et de son âme, quelque chose lui demandait de revenir. Quelque chose, ou quelqu'un... Mais revenir où ? Dans son corps de chair ? Près de son cœur rempli de souffrances et de chagrins ? Non, elle ne le voulait pas. Pourquoi l'aurait-elle fait ? Yalaëlle se souvint tout à coup de la seule personne qu'elle aimait au monde. La seule. Clément. Alors là, il portait décidément bien son nom celui-là !
Clément aimait Yalaëlle et Yalaëlle aimait Clément. Vraiment. Vraiment beaucoup. Il était LE SEUL à l'avoir toujours aidée, aimée, encouragée. Avait-il seulement raison ? Milles questions s'entrechoquaient dans la tête de l'adolescente. Quelle était cette vague désagréable de sentiments, d'interrogations, d'hésitations et d'incertitude qui venait rompre son rêve le plus cher, si paisible au départ. Elle chassa l'indésirable de son esprit. Yalaëlle ne supportait pas d'être assaillie comme cela par des choses de... son « autre elle », celle qui l'attendait, loin là-bas, sur Terre... Celle qui gisait sur la route, dans les bras de Clément, entourée de pompiers et de gendarmes... Quelle libération, sortir de ce corps lourd et à l'espace limité ! C'était bien mieux ici, mais pouvait-elle rester ? Que ferait-elle de toute façon ? On ne peut pas flotter dans les airs toute sa vie... Oui, mais ce n'était pas la même vie, pas la même chose, on ne pouvait pas comparer. De toute façon, la jeune fille le savait bien, il fallait qu'elle y retourne, dans cette vie, dans ce corps, mais cette fois, elle y serait heureuse, oui ! Elle allait enfin se battre, avec de nouvelles convictions, et un cœur ouvert.
Elle rejoignit brutalement son amoureux, et se rendit compte que tout le monde lui criait de respirer, de vivre, de rester. Parce que oui, pendant son « escapade dimensionnelle », elle était morte. Bien morte. Pour de vrai.
Lorsqu'elle reprit son souffle, Clément soupira de soulagement. Yalaëlle se rendit compte qu'il était en larmes. D'autres naissaient dans ses yeux, mais celles-ci étaient visiblement de joie. Sa bien-aimée lui sourit pour la première fois avec un air véritablement heureux, serein, confiant. Qu'avait-il pu lui arriver pour qu'elle change radicalement en seulement quelques minutes ?
  • Tu vas bien ? demanda Yalaëlle à Clément.
  • Très bien, mais toi ? répondit celui-ci, surpris que ce soit elle qui lui pose cette question.
  • Dans ma tête, tout est parfaitement en place, un bon choc m'a tout bien rangé, mais, dans mon corps, je ne sais pas trop... Je ne me souviens plus très bien de ce qu'il s'est passé. Tu peux me rafraîchir la mémoire mon amour ? dit-elle alors que tous les « spectateurs » se tournaient pour laisser les tourtereaux tranquilles un moment.
  • Eh bien... Une voiture t'a renversée pendant que tu traversais la route. Tu as roulé sur le sol et perdu connaissance sur le coup. Tu ne respirais plus, ton cœur s'était arrêté, mais te voilà, je ne t'ai pas perdue... j'ai eu la peur de ma vie tu sais.
  • Je ne suis pas aussi faible que j'en ai l'air finalement ! s'exclama-t-elle avec enthousiasme.
  • Mais que t'est-il donc arrivé pour que tu sois aussi joyeuse ? demanda Clément, intrigué.
  • Tu sais Clément, il faut que je te dise une chose, en face : Je t'aime. Je me suis rendue compte de bien des choses, je te raconterai, mais ce que je sais, c'est que ton nom te va à merveille !
  • Je t'aime aussi, Yalaëlle. Mais toi, le nom que je te donnerais, ce serait « Céleste », ou encore mieux, en tout cas dans la signification : « Galaad », parce que ça veut dire « Lumière céleste ».
  • Merci. Je veux rentrer à la maison avec toi.
  • Tu dois aller à l'hôpital d'abord, pour vérifier que tu n'as rien.
  • Mais je te dis que je vais très bien ! insista-t-elle.
  • Ce n'est pas moi qui décide de ça. Tu sais très bien que je meurs d'envie de rentrer en ta compagnie. Malheureusement, ces messieurs-dames ne sont pas de cet avis, dit-il en désignant les pompiers, les médecins ou infirmiers, et les gendarmes.
  • Monsieur Aldaron... commença le chef de la brigade.
  • Non, c'est à moi qu'il faut parler, coupa Yalaëlle.
  • Alors, mademoiselle... euh
  • Je m'appelle Yalaëlle, et non, je n'ai pas de nom de famille. Appelez moi par mon prénom ça suffira, intervint la jeune fille une seconde fois.
  • Bon... mademoiselle Yalaëlle, je vous prie de m'excuser, mais il est nécessaire de vérifier votre état de santé. Vous semblez avoir vécu un choc important, et nous voulons simplement vous aider. Il est obligatoire de subir des soins après un tel accident. C'est la loi.
  • Oui, je sais bien. Mais j'espère que ce ne sera pas trop long.
Yalaëlle regarda Clément et lui sourit, confiante. Elle savait ce qu'elle devait faire, à présent. Elle allait profiter de la vie, et de Clément plus précisément. Il l'embrassa tendrement et la prit dans ses bras pour l'amener jusqu'à l'ambulance. Lui aussi se sentait bien. Très bien même. Comme quoi, un accident pouvait aussi être très bénéfique.
 
Mélody ©

La vie ne vaut rien. Mais rien ne vaut la vie.

André Malraux


La mort n'est pas l'obscurité. C'est une lampe qui s'éteint car le jour se lève.

Anonyme