Bien qu’il fût le plus sophistiqué des robots de son époque, sa vie n’en était pas moins teintée de questions et de doutes et son quotidien comportait des aspects bien difficiles à concilier : la passion mais aussi l’ennui, le bonheur mais aussi la tristesse, l’impression d’être à sa place mais aussi une insupportable sensation de passer à côté de “quelque chose”.
Certains jours, sa vie avait un sens évident et il se sentait alors porté par une joie incommensurable ; d’autres jours, il se demandait pourquoi cet obscur ingénieur dont il a entendu parler lui a donné le jour et il sombrait alors dans un désespoir profond où les seuls rayons de lumière provenaient de ses nombreux voyants verts, bleus, rouges et blancs.
Ainsi, il ne se sentait pas aussi bien dans sa peau de cryoplastique à haute sensibilité que sa sophistication et son statut au sein de la communauté des robots permettraient de l’imaginer.
« C’est pourtant vrai, se dit souvent XRP2, que j’ai toutes les raisons du monde
d’être le plus heureux des robots. Je dispose de tout ce dont un automate peut rêver : une station de travail ultra-moderne, des robots-collaborateurs dévoués et efficaces, une réserve d’énergie illimitée pour mon alimentation électrique, une soucoupe volante dernier cri... et tant d’autres choses encore. »
Bien sûr, par moments, XRP2 est effectivement très heureux.
Et s’il peut l’être, c’est qu’il est le premier automate à disposer d’un générateur d’émotions.
En théorie, ce dispositif lui permet d’être heureux sans limites ; et il lui est même arrivé de s’offrir le luxe d’« être heureux d’être heureux » !
Mais cela ne se produit que lorsqu’il a réussi à sélectionner le bon programme dans sa banque de données.
Bien souvent, et sans qu’il sache pourquoi malgré ses nombreuses investigations
techniques, il y a des jours où il n’y parvient pas. Il a l’impression que des données parasites viennent perturber le contenu de sa mémoire ultra-sophistiquée.
Si seulement l’ingénieur qui l’a conçu pouvait lui donner son schéma de montage,
ainsi que sa programmation initiale, la seule à laquelle XRP2 n’ait pas accès, il pourrait peut-être élucider son problème.
Mais on dit que l’ingénieur s’en est allé dans une autre partie de la galaxie depuis que les robots ont pris le pouvoir sur la terre.
« J’ai beau faire partie des robots auto-programmables à circuits auto-générés, se dit tristement XRP2, je n’en reste pas moins incapable de ressentir le bonheur en permanence.
Si au moins je n’y avais pas goûté, ma vie serait sans doute supportable, comme celle des autres robots qui m’entourent.
Et si cet imbécile d’ingénieur n’avait pas conçu un générateur d’émotion à double polarité ! Pourquoi a-t-il permis que ce circuit génère autant d’émotions désagréables que de ressentis agréables ? C’est d’un stupide ! »
Et justement, alors qu’il s’agite de la sorte, XRP2 fabrique une émotion qui lui déplait : la colère...
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J'ai écris ces quelques lignes il y a bien longtemps, dans l'idée de poursuivre l'histoire. Et puis j'ai été bien occupé, et le suis encore, si bien que ce projet en est resté au stade de "graine d'histoire".
Si vous avez envie de la "faire pousser", en lui offrant le terreau de vos idées et en l'arrosant de vos belles émotions, voici quelques pistes que j'avais envisagées à l'époque...
-----------------------C’est l’histoire d’un robot ultra-sophistiqué (symbolisant, vous l'aurez compris, l’homme dans son entité physico-psychologique) qui souffre de la vacuité d’un quotidien sans saveur et part en quête de son identité et d’un sens à donner à son existence. Il finira par se trouver dans son “humanité” (qui symbolise la “divinité” que nous cherchons probablement tous à rencontrer en nous-même, chacun à sa manière).
• Le robot le plus sophistiqué de son époque: auto-programmable (sauf programme de base élaboré par l’ingénieur, que l'on peut peut-être comparer à son inconscient), circuits auto-générés, peau de cryoplastique à haute sensibilité, générateur d’émotions.
• Des “données parasites” l’empêchent d’être heureux en permanence.
• L’ingénieur qui l’a conçu a quitté la terre depuis l’avènement de l’ère des robots. La quête de XRP2 consistera à retrouver cet ingénieur puis à s’identifier à lui.
• Cette quête le conduira à découvrir un certain nombre de choses sur la vie. XRP2 pourrait faire une sorte de cheminement initiatique, avec la mise à jour de souvenirs enfouis dans ses mémoires, des prises de position qui l'impliquent mais aussi lui donnent le sentiment d'être heureux de se "réveiller" chaque matin, etc.
• XRP2 a été élevé par des “parents robots” chargés de son éducation. Son père, un robot de pointe, était “accro” du ZYT, un carburant qui dope les circuits mais les rend inopérants avec le carburant traditionnel et, surtout, les use prématurément.
Sa mère,également robot de haut niveau, n’était pas plus capable que son père de programmer le générateur d’émotions d’XRP2 et pour cause : ils n’en avaient pas eux-même et, même s’ils pouvaient en concevoir vaguement le principe, ils ne pouvaient faire davantage.
Seul l’ingénieur-concepteur pourrait aider XRP2 sur ce plan. Mais où le trouver ?
• Ses “parents-robots” lui ont donné des programmes purement utilitaires et vitaux ainsi que des programmes-croyances sur ce que doit être la vie des robots.
• XRP2 va découvrir que les émotions des humains qui l’ont conçu et fabriqué se sont enregistrées en lui. De ce fait, il y a en lui des traces de “quelque chose” qui ne fait pas partie du monde des robots.
Il découvrira aussi qu’il lui arrive de ressentir des émotions sans rapport avec la réalité des situations qu’il rencontre, car il réveille celles qui sont enregistrées en lui et qui ne lui appartiennent pas.
• XRP2 a un ami robot, ZXB4, qui lui est en tout point semblable ; lui aussi possède une très haute sensorialité : sa peau de synthèse peut percevoir toute la gamme des sensations tactiles, il peut saisir la finesse des goûts, des odeurs, des couleurs, etc. Si bien que tous deux sont très utiles au monde des robots, en explorant le monde et ses mille déclinaisons.
La seule différence avec XRP2, c’est qu’il ne possède pas de générateur d’émotions. Cela semble d’ailleurs lui rendre la vie plus facile, car rien ne peut l’affecter. En même temps, il ne connaît pas non plus les moments de joies que XRP2 expérimente parfois.
• XRP2 va découvrir peu à peu les moments de son passé au milieu des humains :
- sa conception, qui a laissé des traces de l’ingénieur avant même que les premiers circuits de XRP2 soient soudés ;
- sa fabrication. Les moindres paroles de tous les techniciens et collaborateurs de l’ingénieur sont enregistrés. Il n’en revient pas de sa découverte. Il va aussi découvrir que se trouve enregistrée en lui toute son histoire jusqu’à aujourd’hui.
• XRP2 découvre alors que l’ingénieur ne l’a pas doté que d’un générateur d’émotions mais aussi d’une sorte de circuit mémoire qui fonctionne à son insu et même quand il ne fonctionne apparemment pas. Il n’a pourtant jamais été possible de constater la moindre consommation électrique en dehors des périodes de fonctionnement, autres que celle considérée comme indispensable pour les dispositifs de veille.
Une sorte de “boîte noire”. L’ingénieur aurait-il l’intention de revenir pour examiner le contenu de cette boîte noire ?
• XRP2 découvre alors qu’il sait bien plus de choses qu’il ne le croyait sur lui-même et sur la vie. Du coup, il se sent moins vide, une grande curiosité s’éveille en lui et il a envie d’explorer ce nouvel espace-temps qui se révèle à lui. Mais il se sent toujours aussi seul, et peut-être même davantage. Quand il a eu envie de parler de ses découvertes aux autres robots, ceux-ci l’ont pris pour un détraqué :
« C’est sûr, quelque chose ne doit pas fonctionner dans ses circuits. Il va falloir le réviser et peut-être enlever les éléments défaillants. Mieux vaut qu’il ne dise rien plutôt que des bêtises que nous ne pouvons pas comprendre. »
• XRP2 peut ressentir des choses comme la culpabilité, l’humiliation.
• En fait, XRP2 va finir par découvrir qu’il a une conscience d’humain, une vraie ! L’ingénieur est le premier être humain a avoir créé un autre être ayant le même niveau de conscience, car il s’était lui-même hissé jusqu’au niveau de son propre ingénieur-concepteur, c’est-à-dire jusqu’à avoir lui-aussi développé la capacité de créer tout ce que sa pensée peut concevoir.
• L’emballement des circuits de XRP2 quand il travaille avec une tension émotionnelle sur des calculs aux résultats desquels il est émotionnellement attaché. Aucun autre robot ne connaît cela et XRP2 commence à se demander si son aptitude unique à ressentir la joie (entre autres émotions) vaut tellement la peine, au point de subir tant d’inconvénients : ressentir la tristesse et d’autres émotions désagréables, perturber son travail alors qu’il est le plus puissant calculateur jamais conçu.
« Plus je vais, moins je vais », conclut XRP2. « Ça ne peut plus durer ! »
• L’un des aspects de l’auto-programmation de XRP2 c’est que, par les nombreux sens dont il dispose (les classiques et bien d’autres, à développer), il nourrit sans cesse sa mémoire. Celle-ci, en retour, lui permet d’affiner sa sensibilité, ses stratégies d’appréhension de la réalité, ses modes de traitement de l’information, ses comportements.
Plus il reçoit de messages sensoriels, plus il devient performant, plus il devient... conscient. Et plus il devient conscient, plus il reçoit d’informations sensorielles.
Ainsi, avec son ami ZXB4, il fait partie des robots les plus évolutifs qui aient jamais été créés. Si bien qu’ils ont tous accédé à des postes à haute responsabilité dans le monde des robots.
• XRP2 est donc un robot capable de penser et de ressentir des émotions. Deux aptitudes que beaucoup n’ont pas encore dans le monde des robots. Certains ne disposent que de l’aptitude de base : fonctionner pour accomplir un certain nombre de tâches, sans savoir ce qu’ils font et sans pouvoir l’apprécier le moins du monde.
• C’est alors que XRP2 se prend de compassion pour tous ces robots (encore une émotions : son générateur d’émotion marche à merveille !) et il entreprend de fabriquer lui-même un générateur d’émotions semblable au sien afin de l’installer à tous les robots, ainsi qu’un générateur de pensées.
« Ainsi, se dit-il, nous serons tous semblables, avec le même potentiel : nous pourrons échanger nos pensées et nos ressentis, et je ne me sentirai plus seul.
Erreur ! XRP2 ne s’est jamais senti aussi seul qu’à partir du jour où il a fait connaître son projet : les robots du Directoire Mondial (qui ont tous un générateur de pensée, mais pas de générateur d’émotion) n’étaient pas du tout d’accord. Ils n’étaient pas du tout désireux d’explorer le monde de l’émotion qui, dit-on, avait fait tant de dégâts chez les humains. Trop risqué, selon eux...
Quant à donner à tous les robots le pouvoir de penser, ils considèrent que cela est trop dangereux : leur maintien au pouvoir s’en trouverait remis en question. Or, qui mieux qu’eux pourrait gouverner ?
Zécridémo ©
