Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

jeudi 8 novembre 2012

La cité fantôme

   Le commissaire Juvert arriva sur les lieux au volant d'une luxueuse voiture noire. Il coupa le moteur et posa un pied sur l'herbe glissante, détrempée par la rosée du matin. L'endroit était anormalement désert. Le hurlement du vent sifflait sur la plaine verdoyante, ce qui rendait l'air de cette matinée hivernale glacial. Une seconde portière s'ouvrit alors que la première claquait. Une femme brune se dressa de sa haute taille, probablement dû à ses talons de bureau. Malgré son air strict que ses vêtements et son mascara lui conféraient, elle était assez jolie.
- Bon à présent vous allez m'expliquer ! Ordonna le commissaire.
Factis rajusta son chignon avec une délicatesse et une minutie extrême ce qui exaspéra son subordonné. 
- Vous ne voyez donc pas ? dit-elle avec un sourire provocateur.
 Depuis cinq ans les relations qu'entretenaient ces deux collègues étaient plutôt tendues mais chacun se le rendait à sa manière.
- Oui maintenant que vous le dîtes, les vaches manquent au paysage, ironisa-t-il.
- Très drôle, commissaire, je vous croyais plus perspicace.
- C'est bien le problème avec vous, vous ne facilitez jamais les choses !
Elle s'avança en regardant les nuages du ciel sans soleil. Le commissaire scruta autour de lui en grattant sa barbe grisonnante et soupira.
- Et si nous arrêtions ce petit jeu, je suis las de passer mes journées à deviner vos énigmes dont personne ne trouve la réponse.
Ce ton doux était inhabituel chez Juvert ce qui surprit Factis qui se retourna brusquement.
- C'est quand même frappant, non ?... Bergerac a disparu.
La face du commissaire semblait pâlir.
- Vous dîtes ?...
- La ville n'est plus là... je... c'est évident.
Juvert plus nerveux que jamais, contempla le seul spectacle qui s'offrait à lui puis plongea dans le regard de la policière, se retourna vers les plaines et revint vers les yeux de son interlocutrice.
- Vous vous foutez de moi ? Lâcha-t-il enfin. 
Factis haussa des épaules ne trouvant rien à dire. C'était pourtant bel est bien réel.
- Mais ce n'est pas possible, je rêve, murmura-t-il. Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit plus tôt ?
- Vous ne m'auriez pas cru, je vous connais.
A cet instant une bourrasque roula avec plus d'intensité.
- Cette enquête est pour vous, dit-elle, je vous la confie. Pendant ce temps-là, je monte à Paris. Compte tenu de la gravité de la situation, c'est classé top secret jusqu'à nouvel ordre.
- Mais c'est absurde, des gens vont s'en rendre compte ! Il s'arrêta un moment mais semblait désemparé. Nous ne pourrons garder ce secret éternellement !
- Les bergeracois et tous ceux qui s'y trouvaient à un moment précis cette nuit se sont évaporé. Pour garder cela confidentiel le plus longtemps possible, j'ai donné l'ordre de boucler le périmètre.
- Mais il y aura forcément quelqu'un pour y pénétrer et découvrir...
- Écoutez, coupa-t-elle, les policiers qui quadrillent la zone ne sont même pas au courant, il n'y a que vous, moi et un inconnu mystérieux....
- De qui s'agit-il ? Comment savez-vous qu'un autre individu est dans l'histoire ? 
- Beaucoup de gens sont dans cette "histoire", dit Factis en esquissant un sourire, pour ma part sachez qu'une lettre est arrivée cette nuit, une aubaine pour moi qui suis arrivée la première au commissariat. Elle indiquait une personne qui s’identifiait volontairement. Cet homme affirme s'appeler Adrian Folch. Pour la suite, la lettre est dans la voiture.
- Et où est-il ?
- Je ne sais pas encore, dit-elle en revenant vers la voiture. Trouvez-le !
Juvert rebroussa chemin à son tour en relevant le col de son impair beige.
- Vous avez carte blanche, bien entendu tentez de garder cela pour vous, tant que je n'aurais pas la réponse des services secrets gouvernementaux nous avons interdiction d'en parler à qui que ce soit.
Le commissaire pesta dans sa barbe en lançant des regards noirs à sa supérieure.
- Je vous conseille de ne pas trop tarder, s'exclama Factis, il dit qu'il résoudra cette affaire avant vous.

Candide Jr. (Wilhelm) ©

Aucun commentaire:

Chercher un texte