Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

jeudi 29 août 2013

Apologie des lectures classiques

Chers amis - damoiseaux, demoiselles - aujourd'hui je vais vous faire part d'une décision grave, importante, qui va changer votre destin ; aujourd'hui j'ai décidé de vous faire aimer les livres classiques. J'entends par classiques, l'ensemble de ces abominations - l'odieux préjugé ! - qu'on vous fait ingurgiter à votre corps défendant en classe. Il se trouve que je suis une "littéraire", une vraie, de ces ovnis qui se plongent avec délectation dans Zola & cie au grand désespoir de ses amis. Ils doivent avoir peur que bientôt de la poussière tapisse mes narines et que j'aie des toiles d'araignées dans les cheveux. Bref !
La mission que le ciel je me suis attribuée est donc de faire la promotion de ces chers ouvrages. Premièrement ils ne sont pas ennuyeux du tout. C'est faux, archifaux. Vous les trouvez chiants parce que vous en avez PEUR, parce que c'est cette vieille loque moche / cet odieux machin à l'oeil pervers qui vous sert de professeur de français qui vous a demandé de le lire. Et que tout le monde râle à leur vue, ce qui rend la lecture très décourageante. Je vois d'ici votre grimace de dégoût avant de vous décider à ouvrir, du bout des ongles de peur d'être contaminés par ce charabia d'encre grouillante, Le Rouge et le Noir de Stendhal ou quelque autre barbarie archaïque.
Mais sachez tout de même, soyez prévenus, si nous ne suivez pas les foules qui s'arrêtent à la vingtième page, alors vous pouvez apprendre à apprécier ce langage qui vous dépayse par sa complexité apparente. Ces tournures de phrases qui vous paraissent longues et tortueuses sont en réalité des modulations adroites, sensibles, subtiles. Par analogie, parlons un peu des intrigues. Bien entendu, quand on est habitué à une histoire qui se déroule à toute vitesse sans réelle subtilité (et qui plus est, écrite en américain retranscrit en français basique à lecture garantie sans utilisation du cerveau), on refuse de tenter de s'acclimater, par habitude, par paresse. Vu comme ça, ce n'est pas bien reluisant, hein ? Et (ou comme dirait Zola : oh !) malheureux celui qui n'a pas connu le plaisir de prendre le temps, de voir l'histoire se dérouler avec lenteur et ampleur, implacable et sublime, de goûter la beauté d'une phrase qui atteint avec la précision d'une lame sa cible - votre coeur -. Moi, je parle d'orgasme littéraire, parce qu'au détour d'une phrase c'est la perfection que je rencontre ; mais c'est vrai aussi que je suis folle.
Dernier préjugé qui m'obnubile : les classiques, passés de mode ? Mais justement, ils sont passés à la postérité parce qu'ils sont INDÉMODABLES ! Ce sont tous les chefs d'oeuvre qui parlent avec tant de brio de l'homme et de tout ce qui s'y rapporte qu'ils ne cessent de nous émouvoir malgré le changement des mentalités. Les autres seront oubliés dans dix ans. Ne suivez pas mon regard, les amateurs de Twilight pourraient se sentir légèrement vexés.
Ainsi, on gagne tout à lire des classiques. On gagne en technique, en style d'écriture - c'est un art ! On apprend nous aussi à écrire juste et beau, à perdre nos maladresses d'enfant, à moduler les phrases pour mieux transmettre. On découvre des intrigues touchantes et humaines, cohérentes et pertinentes, souvent ficelées avec une habileté et une sensibilité incroyable (avez-vous lu Notre Dame de Paris de Hugo ? Enfin on gagne en faculté de concentration et en patience (je dois vous le concéder...), en sensibilité, en plaisir enfin, ce plaisir de lire si gigantesquement important !
Attention. Je ne veux surtout pas, en écrivant ceci, dénigrer les livres actuels. Les livres jeunesse détendent et sont pleins d'imagination, beaucoup d'oeuvres contemporaines sont simplement admirables. Mais enfin qui prétend devenir peintre sans avoir admiré les oeuvres de toutes les époques, qui prétend devenir danseur sans danser le classique, qui prétend avancer sans être poussé par le vent arrière ? Qui prétend devenir créateur sans aimer l'art ?
Je ne vous ai pas convaincus ? Aucune importance. J'espère juste avoir attiré votre attention car je vais certainement repasser à l'attaque bientôt. J'aimerais beaucoup vous présenter mes chouchous, tâcher de vous transmettre un peu de ma passion pour ces classiques remarquables.
Et si de votre coté vous vous y mettiez, alors je serais la plus heureuse.

Célestine ©

lundi 12 août 2013

Danaé

Ce texte a été inspiré par un tableau que j'ai pu contempler au musée des Beaux-arts de Brest. Il est intitulé "Danaé", a été peint par Alexandre-Jacques Chantron en 1891. Je vous en donne un aperçu... Pour vous donner un ordre d'idée, c'est un grand tableau, il a été peint à l'échelle je pense.


 
Dans la mythologie grecque, Danaé est la fille du roi d'Argos, Acrisios. Mais l'oracle est formel : le fils de Danaé tuerait Acrisios. Alors celui-ci décida d'empêcher la naissance de cet héritier à tout prix, et il enferma sa fille dans une prison de bronze, à l'écart du monde.

Elle était vierge, savourant sa jeunesse dorée comme sa peau, vibrant dans l'attente de la sensualité. Une jeune humaine, radieuse. Elle savait la valeur de son innocence faite d'expectations et de rêves troublés cachés sous la couette. Elle souhaitait s'offrir au monde, avec orgueil, un orgueil tout simple qui tenait au fait que c'était de sa jeunesse à elle qu'il s'agissait, que de son adolescence de princesse il ne pouvait découler que des aventures au parfum d'exception et au goût de miel. Danaé grandissait, mûrissait comme un fruit qui attend impatiement de tomber de l'arbre, d'entrer enfin dans ce monde, d'y entrer avec délice, avec excès, de vivre enfin !

La peur la saisit et la faucha comme un épi de blé quand on l'enferma dans une cave. Murée à vie, elle resterait donc éternellement enveloppée de ce voile d'ignorence et d'attente ? Elle n'aurait donc pas droit à ce que toutes les filles découvrent un jour, cette chose unique et différente pour toutes ? Ses amours resteraitent donc chimères ? Elle n'aurait que son rêve caché sous la couette pour lui tenir compagnie, la déflorer soir après soir, chaque soir plus beau et chaque soir détruit par sa propre impossibilité de se réaliser un jour... Murée à vie, elle resterait un fantôme pale, inachevé, délavé par la lassitude et les larmes.
Avec seulement ces parois de bronze, impassibles, et la main de sa nourrice pour recueillir ses larmes et l'empêcher d'écraser la tête de la jeune fille sous leur masse de chagrin.

Mais il y eut un dieu qui décida que l'histoire ne s'arrêterait pas là. Il ne voulut pas sauver Danaé, il n'avait que faire du sort des mortels. Mais il observa, curieux puis avide, ce bout de chair éperdu et palpitant, ce grand corps doré qui voulait un amant, et il le désira. Comme un fou, il voulut que cette fille l'aimât, il voulut cette fille en sacrifice à son désir et à son égoïsme.


Le vent la casesse, lui embrasse le cou, joue avec des mèches de cheveux et effleure son oreille...
Non, ce doit être un rêve, il n'y a pas de vent ici. Cette unique fenêtre qui ne permet même pas d'apercevoir le ciel est bien trop avare pour laisser passer une chose si précieuse. Danaé se laisse retomber dans sa morne langueur.
Bonjour, petite chose...
- Qui êtes-vous ?
Je suis et je ne suis pas. Mais toi, tu es à moi. Dis moi un peu que tu es à moi...
- Qui êtes-vous ?
M'aimes-tu ?
- Je veux vous connaitre...
Bien... à bientôt.
Silence. Attente. Indécision... doute. Peur et désir.
Silence. Attente. Attente. Attente. Déception.

Avait-elle rêvé cette conversation ? Etait-elle devenue folle ? Après tout, peu importait. Elle était seule, irrémédiablement, irréductiblement seule, pour toujours. La tristesse devint désespoir ; il lui fallut hurler sa colère, hurler à s'en arracher les cordes vocales, hurler pour déchirer l'air qui l'entourait, casser ce présent, crever la trame du monde et sortir par cette brèche pour enfin respirer, car l'air était si étouffant ici, non elle ne pourrait pas survivre ainsi. Sa solitude se coulait dans ses entrailles, les tordant, les brûlant, et l'affolait. Mais ses cris percutaient vainement les murs. Sa peine sans s'adoucir se mua lentement en sommeil amer.

Sous mes paupières closes, le monde est rouge et orange, mes yeux fermés sont mon palais, chez moi je suis maîtresse et tout peut arriver. Ici tout est bien-être, tiédeur. Je sens un frisson qui me parcourt toute entière. Oui, mon amour est là, je le sens, je garde mes yeux fermés pour qu'il puisse me caresser, j'étire mon corps sur ma couche et je le sens sur moi. Il est enfin arrivé... mon amour.
Et le contact devient réel.
Danaé tressaille et ouvre ses yeux d'un coup. Son sang plein de douce volupté bat soudain furieusement et s'emplit d'excitation. Toute cette lumière derrière le rideau... c'est son amour, aucun doute. Sans s'inquiéter de sa nudité, sans se soucier de l'interdit, puisqu'il était là, son destin, elle tend le bras, elle ouvre le lourd rideau, elle s'offre à l'inconnu, oui, elle choisit de s'offrir, elle ne veut rien garder pour elle.
Et c'est l'or, une pluie d'or, légère et pressante, chaude et passionnée, qui vient se poser sur elle. C'est le soleil, c'est la vie qui la caresse, son corps entier en est enveloppé. L'or est ferme et solide, l'or est doux et liquide, l'or et son corps ne font plus qu'un, Danaé se fait frisson et le monde entier n'est plus que plaisir.
Le temps ne devient plus qu'un concept abstrait.
Puis l'or l'embrasse une dernière fois, et s'envole.
Sauf une particule qui s'est si étroitement fondue dans le sang de Danaé qu'elle ne peut plus s'en séparer.

C'est ainsi que naquit Persée, fruit de l'union de Zeus et de Danaé.



Célestine ©

Tétophonie

A lire le plus vite possible :
Un têtard très têtu tenta de téter sa tante Tahis de Tahiti tatouée au téton d'un tout petit tatou teinté et tacheté, mais la tatie Tahis, très tarabiscotée et toquée, tempêta et tournicota tant elle était troublée par ce têtard téméraire, et elle tant péta qu'elle tomba.
Le têtard a tété et tournicoté et est tombé. Il a retenté de téter au téton tatoué d'un tout petit tatou de sa tante Tahis de Tahiti très attrayant, mais la tatie trotta et détala très loin du têtard téméraire tout triste !

Mélody ©

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