Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

mardi 25 octobre 2011

Captive !

La jeune fille enfonça son cou dans son écharpe et pressa le pas. Tout son corps protesta quand un coup de vent plus fort que les autres lui gifla les oreilles. Elle passa devant un abri-bus sans céder à la tentation de s’y réfugier, même quelques petites minutes...
Car si elle arrivait en retard... Carole le lui ferait payer. Un deuxième frisson lui secoua l’échine. Celui-là n’était pas dû au froid...

Personne n’avait jamais eu la curiosité de savoir ou la jeune fille partait chaque jour après le lycée. Elle n’était pas la seule jeune de la banlieue à trainer dans les rues avant de rentrer chez elle. Les profs, depuis longtemps désabusés par les usages glauques du quartier, ne faisaient plus depuis longtemps appel à ces assistantes sociales au champ de vision étriqué. Et les parents... les engueulades ne servant plus à rien, ils laissaient faire. Ils cachaient leur inquiétude dans un coin poussiéreux de leur cerveau, ou elle côtoyait leurs rêves brisés et leurs espoirs démodés.
La jeune fille, comme tant d’autres, échappait donc aux filets de la surveillance de ses responsables. Mais contrairement aux autres jeunes de son âge, elle aurait donné cher pour se faire enfermer chez elle, pour se faire surveiller, traquer même par la police. Elle aurait donné son âme pour échapper un jour à l’emprise de Carole...
Souvenirs, souvenirs... froids et brulants, comme tant d’autres qui suivirent...

Elle avait onze ans. Déjà perdu son innocence et son enfance, mais il lui arrivait encore de sourire, à l’époque... puis Carole était arrivée. La première fois, elle l’avait enlevée. Comme ça, tout simplement, au beau milieu de la rue. Pressés ou soucieux d’éviter les ennuis, les passants n’avaient même pas tourné la tête pour voir le visage de la malchanceuse. Personne n’était intervenu quand la portière s’était ouverte, quand des ongles peints en rouge avaient saisi un bras potelé, et quand cette main avait trainé la fille à l’intérieur. Comme ça. Sans un cri. Sans un remous. Depuis, ce bras potelé s’était amaigri, anormalement. Personne ne s’en était rendu compte.

Carole avait toujours eu les ongles rouge. Bien sombres, impeccables. Elle devait sûrement les limer chaque soir pour qu’aucune cassure n’apparaisse, et qu’ils gardent mois après moi le même tranchant mortel. Quant aux taches de sang, elles ne se voyaient pas, à cause de la couleur du vernis. Doucement, au fil des jours, elle avait gratté, rogné les rêves les plus intimes, les plus profonds de l’enfant. Par l’humiliation, par la peur. Par des mots qui blessent. Par la douleur physique.
Oh, elle l’avait laissée partir, chaque soir. Pantelante, en larmes, la fille partait. Mais la peur de la punition qui l’attendait si elle ne revenait pas un jour forçait l’enfant, puis l’adolescente, à revenir, chaque jour, chaque mois, chaque année.
Carole prenait un plaisir gourmand à analyser les moindres mimiques, les moindres gémissements de sa captive, puis à détruire les rares parcelles de joie et d’innocence qu’elle trouvait. Peu à peu, sa prisonnière se vidait de sa substance, de son âme, de sa joie de vivre. De son identité. D’Alice, elle était devenu une jeune fille desséchée, privée de son identité. Un être fragile, dont la santé mentale ne tenait plus qu’à un fil, un être constitué d’angoisse et d’amertume.
Et elle ne pouvait même pas espérer qu’un prince charmant vienne un jour la sauver, puisque de l’espoir, elle n’en avais plus.
Plus d’espoir...
Et pourtant...

Célestine ©

je voudrais sauver cette jeune fille. Quelqu'un veut m'aider ?

6 commentaires:

Jennsen a dit…

J'aime beaucoup ce texte !
Je n'ai pas grand-chose à dire, mais je ne pense pas que l'utilisation du verbe "enfoncer" soit judicieux pour parler de l'écharpe, cela me semble bizarre. Également, ce n'est pas très beau, "un coup de vent plus fort que les autres lui gifla les oreilles". Sinon, j'aime beaucoup le reste. Je ne trouve pas ça très vraisemblable que la petite fille se fasse enlever en pleine rue et que personne ne réagisse, et puis qu'elle aille tous les soirs chez Carole. Elle peut prévenir la police, je ne sais pas, faire quelque chose ? Ou alors Carole l'a à ce point rendu molle et sans âme qu'elle est incapable de réagir ? Et puis, quelque chose me gêne : "ces assistantes sociales au champ de vision étriqué". Je trouve ça un peu bourré de préjugés, et puis ce n'est pas vrai. Le métier des assistantes sociales consiste à voir au contraire le plus de possibilités pour l'enfant, certaines peuvent être sèches et pas en accord total avec ça, mais je ne suis pas d'accord, leur champ de vision n'est pas étriqué !
Enfin bon bref, ce texte est bien écrit et il me tarde de connaitre la suite.
Merci.
Jennsen.

Kaëlestys a dit…

Coucou !
Je suis contente que tu aie enfin publié ton premier texte ! Bon, ce n'est pas tout joyeux, mais c'est plutôt bien écrit à mon goût, sauf quelques petites choses, qui me gênent un peu personnellement mais peut-être que ça ne dépend que de moi...
Voilà : l'utilisation du verbe "enfoncer" dans la première phrase me fait bizarre... J'aurai plutôt mis une phrase du type "La jeune fille enserra son cou dans son écharpe" ou quelque chose comme ça, mais à toi de voir.
Ensuite, je pense qu'il faudrait mettre plus en évidence ton retour en arrière. Au début j'ai cru qu'elle avait onze ans maintenant ! Et puis je me suis dit que ce n'était pas possible puisqu'elle était au lycée, et en lisant plus loin j'ai compris. Même si mon cas peut te paraître exagéré, je pense que ce serait pas mal de bien montrer dès le début que tu fais un retour en arrière !
Sinon c'est très bien, désolée de ne pas être plus expressive mais ce n'est pas tout à fait mon genre de lecture, mais je trouve que tu écrit bien ! Je trouve juste que c'est un peu... triste quoi. Mais chacun à des goûts différents, et c'est ça qui est intéressant dans ce blog ! La diversité !
En tout cas bon courage, continue d'écrire et de publier, je vais essayer de trouver une suite mais pour l'instant je n'ai pas d'inspiration.
Merci aussi je nous donner ton avis sur nos textes, nous on n'attend que ça !! Nous aimerions savoir ce que tu en pense, ceux qui te plaisent, les conseils que tu nous donnerai... alors merci d'avance !!

Mélody

Kaëlestys a dit…

Je me lance pour une petite suite, si ça t'intéresse... :

Ce soir, l'adolescente partait droit vers son enfer, comme d'habitude, résignée à vivre toujours sous le joug de cette femme invincible et immonde aux ongles vernis...
Elle baissa la tête, regarda ses pieds. Alice, oui c'était son nom. Mais avec Carole, il ne lui servait plus à rien. À rien du tout. Elle lui disait uniquement « ma pauvre colombe » ou « pauvre idiote » ou encore « salle peste ! » en ricanant, et tant d'autres...
Non ! Oublier, oublier l'enfer, oublier la souffrance, oublier la mort... La mort ? Solution éphémère, Carole lui avait promis, juré même, que si elle se suicidait elle finirait par la rejoindre, et le châtiment serait plus terrible que n'importe lequel, plus terrible que tout. Alice, marionnette de l'horrible femme, avait tout avalé. Aucune issue. C'était comme ça.

Elle arriva devant la voiture noire, une portière s'ouvrit, et Carole saisit son bras devenu rachitique pour l'emporter à l'intérieur. La jeune fille ne résista pas. Comme d'habitude.
La voiture l'attendait dans cette rue toujours déserte tous les soirs. Dedans, Alice avait les yeux bandés, comme durant la plupart de ces séances de torture qui lui avaient arrachées sa personnalité. Il y avait un conducteur, mais l'adolescente ne savait pas qui c'était. Elle s'en fichait un peu, un peu beaucoup, à vrai dire. Seule comptait la présence malsaine de son bourreau.
Quand on la sortait violemment de la voiture, elle ne savait pas où elle était, simple précaution de la part de Carole. Elle ne savait même pas si la voiture faisait des détours pour brouiller son sens de l'orientation. De toute façon elle ne pensait même plus à ça. Cassée, vraiment cassée, la pauvre Alice était devenu un poupon, un objet...

Kaëlestys a dit…

suite :
Je me lance pour une petite suite, si ça t'intéresse... :

Son calvaire commença enfin, à la grande joie de Carole, qui lui arrachait longuement la peau avec ses ongles taillés en couteau, ses éternelles plaintes dont le crissement agressait les oreilles de la fille, ses mots soigneusement choisis qui la secouaient au plus profond d'elle-même...
Mais la voiture s'arrêta soudain. On la tira dehors pour la faire s'écraser contre la porte d'entrée d'une maison. Quelle maison ? Aucune idée, bien-sûr. Quand la clé tourna dans la serrure, Carole la poussa d'un coup de pied bien senti à l'intérieur.
Et ce soir-là, comme tous les soirs, elle fut battue, pas trop, pour ne pas éveiller trop de soupçons, mais bien assez pour la faire hurler, hurler et encore hurler. Au bout d'un moment Alice se taisait. Ça ne la soulageait pas de crier. Ça ne changeait rien du tout. Ça montrait juste sa détresse à Carole. Elle ne voulait plus lui faire ce plaisir. Tel un pantin, elle subissait en silence, le regard dans le vide quand elle ne portait plus le bandeau, comme morte. En fait, de sa vie, elle n'était vivante que parce que son cœur battait encore. Combien de temps allait-il encore tenir ? Elle l'ignorait, elle s'en fichait.

Un bruit la fit sursauter, et Carole se retourna vivement, alerte. Quel était cet intrus dans son plaisir quotidien ? Qui osait la priver d'une jouissance complète ? Ses yeux étaient devenus plus haineux que jamais, mais ça, Alice ne pouvait pas le voir, avec son bandeau serré sur le visage. Et ce ne serait pas maintenant que Carole lui enlèverai...

La femme fit quelques pas, ses yeux de fouine épiant le moindre indice d'une présence indésirable. Elle tendit l'oreille. Alice se demanda si il y avait réellement quelqu'un dans la pièce, mais à quoi bon se poser des questions, elle ne voyait rien, elle était toujours avec Carole, elle n'avait plus le moindre espoir et... Plus le moindre espoir ? Et pourquoi pas ? Si quelqu'un était venu la sauver ? Non, il fallait qu'elle garde les pieds sur terre, il ne fallait pas qu'elle se fasse de faux espoirs, sinon elle mourrait de déception...

Tout à coup, la porte d'entrée s'ouvrit, alors qu'un jeune homme courrait pour sortir. Carole le poursuivit mais la porte claqua et cette fois ce ne fut pas Alice mais son tortionnaire qui s'y retrouva collé, le nez écrasé contre le bois de chêne.

Ils devaient le retrouver. Il avait vu.
Oui, il avait vu. L'adolescent avait suivit Alice depuis le lycée, intrigué depuis quelque temps par sa destination inconnue, attiré par la jeune fille de sa classe, il voulait savoir pourquoi elle revenait le lendemain avec des bosses partout, des traits de plus en plus fatigués et une mine triste de mourante. Il la trouvait jolie, Alice, avec ses yeux bleu marine et ses cheveux couleur de miel, avec son visage fin et son nez en trompette...
Il avait vu. Il avait remarqué la voiture noire dans laquelle était rentrée la fille, il avait suivi le trajet, pas bien long mais avec plein de détours et de grandes boucles, tout ça pour retourner dans la même rue qu'au départ. Il était rentré dans la maison abandonnée par la fenêtre démontée de la pièce d'à côté. Il avait observé l'attitude de Carole avec Alice, avait entendu ses paroles, avait trébuché contre un pot rempli de médicaments interdits à la vente et avait été pourchassé par la mégère aux ongles de sang...
Il avait fuit, lui avait fermé la porte à la face pour venger un peu Alice, et maintenant il courait vers la gendarmerie en prenant son vélo posé contre le mur, alors que l'autre hurlait dans la maison que le chauffeur l'aide à le rattraper.
Oui mais voilà, le temps qu'ils sortent, qu'ils comprennent que la voiture était le plus rapide et qu'ils la mettent en marche, lui il avait prit du terrain, mais allait-il atteindre la gendarmerie à temps ???

Céleste a dit…

j'adore le tour que prend mon histoire, et j'aime bien ta description du supplice de carole, et je trouve que c'est super d'avoir montré son sadisme, tu as beaucoup plus mis l'emphase dessus que moi, et j'ai trouvé ça "bien"...
"Quel était cet intrus dans son plaisir quotidien ? Qui osait la priver d'une jouissance complète ?": ça me fait étrangement penser à Drefan Rahl... je me trompe ?
Je cherche une suite, en fait j'hésite entre plusieurs...

Kaëlestys a dit…

Contente que ça te plaise ;)
Ouais t'as raison, c'est tout à fait Drefan Rahl, et même Darken, mais ça fait loin déjà pour moi ce passage-là ! J'en suis quand même au 11ème tome ! ;)
Pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle, je vente ma série de livre fétiche : L’Épée de Vérité, de Terry Goodkind !! Merveilleuse découverte !

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