Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

dimanche 6 novembre 2016

Non loin de toi, ma peine

Non loin de toi, ma peine
Je suis en équilibre
Sur un filin de verre
Et surplombant le vide

Et je regarde au loin
Pour trouver du courage
L'horizon qui se peint,
Le début de l'orage ?

Et je ferme les yeux
Remplis mes poumons d'air
- « Respire, ça ira mieux »
M'a toujours dit ma mère -


Des oiseaux tournent et virent
En grands bancs dans le ciel
Ils se posent au hasard
Et je rêve de leurs ailes

Car j'ai peur de tomber
Quand ils me font trembler
Leurs griffes noires s’agrippent
Et mon filin s'agite

Si mon filin chancelle,
Alors les hirondelles,
Me montrent le chemin.
Et je ne crains plus rien.


Elles m'encouragent, s'élancent
En figures aériennes
Alors mes pieds s'avancent,
Et tant pis pour ma peine.


© Mélody 

jeudi 4 août 2016

Amsterdam

Ô Amsterdam...
Que dire de toi ?
Tu es si loin,
Si loin de moi

Je n'ai pas d'adjectifs
Mais une chose est certaine
Amsterdam, je t'aime

Sous la pluie et le vent
Moi je t'aimais quand-même
Les gens sont des soleils
Qui tuent le mauvais temps

Ta langue est singulière
L'anglais t'est familier
L'espagnol est dans l'air
Je veux déménager !

Comm' tu es belle et grande
Fière et si chaleureuse
Amsterdam, je tremble
Tu me rends si heureuse !

Comm' les jours passaient vite
Quand j'étais dans tes rues
Tout semblait si magique
Que je ne mangeais plus

Amsterdam, Amsterdam
T'en as vu, des poètes
Parlant de toi peut-être
En y mettant leur âme

Je ne suis pas Jacques Brel
Et tu as bien changé
Mais Amsterdam, je t'aime !
Et j'aime le répéter

Oh, tout est si confus,
Comment vous expliquer ?
A vous, chers inconnus
Qui n'y êtes pas allés
Ce que j'y ai vécu ?

Doux sont les souvenirs
Et même s'ils s'en vont
Le moment fut plaisir

Amsterdam, je t'aime
Adieu, nous reviendrons.


 © Mélody 

vendredi 8 juillet 2016

Vent d'avril

Mes cheveux doucement caressés par la brise
Reflètent l'astre d'or et quand le jour s'épuise
Ils revêtent' les couleurs partagées par le ciel

Tes doigts dans mes cheveux sont comme ce vent d'avril
Ni jaloux ni violents, jamais ne se défilent
Pour façonner l'amour par des chemins subtils

Patients et apaisants, lentement déshabillent
Mes pensées, fleurs sauvages qui tiennent à un fil
Sans douleur, sans angoisse et sans autres paroles
- Qui pourraient les détruire dans un élan débile -

Tu t'en saisis alors et drapé de respect
Tu les regardes bien, t'abstenant de juger
Et tu fermes les yeux sur ces mots que je tais

Les parfums de ton corps m'enivrent et m’ensorcellent
Qu'en sais-tu ? Toi qui dors, pendant que moi je veille
Quand le coq chantera, je me tairai encore.



© Mélody 

mardi 14 juin 2016

La valse des flocons

Ainsi les flocons tombent, guidés par le hasard
Curieux et indécis, ne se posent null' part

Étranges poussières blanches soudain apparues
Ou fragments évadés de leurs mornes nuages
Un instant téméraires, s'éloignent de la nue
S'enhardissent et s'amusent, dévalant les étages

A l'assaut de la terre et mordus par le froid
Lambeaux de neige qui dansent, sans réfléchir aux pas

Dans une valse lente et légère ils s'oublient
Ballottés par le vent, s'en vont dans tous les sens
Frappent à ma fenêtre tels des gouttes de pluie
Y glissent et disparaissent... - éphémère insouciance !


© Mélody 

dimanche 12 juin 2016

Je suis

Comme un coquillage perdu dans le sable
Échoué, seul, refoulé par les vagues
Désemparé, qui ne sait où aller
Pas bien loin c'est certain, il ne sait pas marcher

Érodé par le temps, de l'horloge et du ciel
Il contemple sa mort pendant toutes ces années
Puis un jour un enfant, qui aime le regarder
Le saisit dans sa main comme pour le consoler

Il s'éloigne en riant puis court le déposer
En haut de son château tout de sable mouillé
Près d'un drapeau tendu sous les assauts du vent

Oui mais la marée monte et puis l'enfant s'en va
Le coquillage est seul et les vagues le noient

Elles le transportent ailleurs,
Mais il est toujours vide
Sans vie, froid et humide,
Quand viendra donc son heure ?


© Mélody 

dimanche 10 janvier 2016

Le Regret

C'était un soir d'hiver. Un soir comme les autres.
Si j'avais su...
Je savais sans savoir. Il faut se brûler les doigts pour savoir que le feu ne se touche pas. Mais moi j'ai jamais demandé à toucher le feu.
Pourquoi la nuit est-elle si noire quand on pleure ?


- Chéri, je vais chercher Lola à l'école et on va aller faire quelques courses, on rentre pour le repas.
- D'accord ! À tout à l'heure.

Je suis sortie sans lui dire au revoir, sans lui dire pour la millième fois au moins que je l'aimais. Au bout d'un moment on ne pense plus à le faire, c'est évident qu'on va revenir. C'est évident, voyons. Je fais ça toutes les semaines, tous les mois, toute l'année, prendre Lola après les cours et aller au supermarché.
Je suis sortie, impatiente. J'ai allumé la voiture, comme d'habitude. Je suis allée à l'école, Lola m'attendait déjà près de l'abri-bus. Comme d'habitude. Elle m'a raconté ses petites aventures de la journée et ses résultats aux contrôles. Comme d'habitude.
Je me suis garée au supermarché et nous avons fait le plein de provisions, elle avec son petit caddy orné d'un drapeau, moi avec le grand caddy trop lourd que j'ai toujours du mal à diriger dans les virages. On a fait la course dans un rayon désert. On a pris notre temps, regardé si on n'avait rien oublié. Lu et relu trente fois la liste pour être sûres.
Enfin, on est passées à la caisse. Le caddy était moyennement plein, ça n'a pas pris trop de temps. Tant mieux parce que la caissière était un peu lymphatique, sans doute fatiguée de sa longue journée. Et nous on était pressées de rentrer à la maison, Lola avait faim. Elle a rangé son petit caddy et on a mis nos sacs pleins dans la voiture. Puis on est rentrées à la maison.
Je connais le chemin par cœur. J'étais un peu fatiguée, un peu pressée, pas assez concentrée et attentive sans doute. Lola se plaignait qu'elle avait faim. Moi aussi j'avais le ventre qui commençait à gargouiller. Je roulais sur la rocade un tout petit peu plus vite que d'habitude, mais le sol était mouillé, et le temps que je comprenne que la voiture de devant freinait violemment, puis que je réagisse, c'était trop tard. Ma voiture s'est encastrée dans l'autre à la vitesse de l'éclair. Pourtant j'ai l'impression que ça a duré une éternité. Je ne sais même pas si j'ai eu peur.
Je me revois regarder Lola dans le rétroviseur, lui sourire. Reporter mon regard sur la route. Apercevoir la voiture de devant, puis ses feux stop qui se déclenchent. Ça n'a pas fait tout de suite écho dans ma tête. Puis mon pied a violemment enfoncé la pédale de frein. Déjà, je commençais à réaliser que je n'aurais pas le temps. Que c'était trop tard.
Les roues ont légèrement dérapé sur le sol. Même sans cela, je ne suis pas sûre qu'on aurait survécu.
Ce sentiment d'impuissance qui vous traverse à ce moment-là, je crois que c'est le pire. Ça fait si mal d'assister à sa mort et à celle de sa fille sans pouvoir rien y faire, même si on a pas vraiment le temps de penser consciemment à tout ça. Ma pauvre Lola, innocente, qui était en train de faire un dessin sur lequel elle venait de marquer "Pour papa" avec un cœur. Il ne le saura jamais. Le dessin a brûlé avec le reste.
Je suis tellement désolée, si tu savais. J'aurais tant aimé te dire encore une dernière fois combien je t'aimais et combien j'étais désolée que ta vie s'achève si tôt à cause de moi, même si c'est pathétique, qu'est-ce qu'on s'en fout. Je m'en veux tellement.
La voiture a glissé sur le bitume trempé et on a heurté la voiture qui nous précédait. Instinctivement j'ai serré les poings et placé mes deux bras devant mon visage pour me protéger. Un bien piètre bouclier dans un tel choc. Je n'avais aucune chance de m'en sortir, le devant de la voiture s'est écrasé comme du papier dans une main.
Bien-sûr je suis morte la première. J'ai tant regretté, pendant la dernière demi-seconde. J'ai à peine eu le temps de hurler.
Pardon, pardon, pardon. Pardon Lola, pardon Antoine. Dites-moi que c'est un cauchemar. Dites-moi que je pourrai réparer. Dites-moi que ce n'est pas fini, pas maintenant. Pourquoi maintenant ?
Je n'ai jamais eu une telle douleur dans la poitrine. Si j'avais miraculeusement survécu à l'accident, c'est mon cœur qui aurait explosé en milles morceaux. Je n'ai pas eu le temps de pleurer, mais chaque larme aurait été lourde comme une pierre. Larmes d'impuissance, larmes de détresse, larmes de culpabilité, de haine, de douleur, de tristesse, larmes criant à l'injustice de la vie. Je ne savais pas qu'on pouvait ressentir autant de choses en si peu de temps. Une seconde ? Une demi-seconde ? Et encore.
Merde, merde, merde ! Putain de merde ! Tu fais chier, Dieu, tu fais chier ! C'est pas juste, c'est vraiment pas juste.
Mon corps a été écrasé, à moitié déchiqueté. Je crois que mon âme s'est cassée avec.
Lola ne s'est rendu compte qu'il se passait quelque chose qu'au dernier moment. Elle a relevé la tête de son dessin, les yeux ronds de surprise et les sourcils légèrement déformés par l'inquiétude, cette sensation vague, cette intuition que c'est grave. Un stress de dernière minute. Elle avait la bouche ouverte, mais elle n'a pas eu le temps de parler. Je ne pense même pas qu'elle ait crié. Elle a juste dû voir les feux rouges, entendre les freins qui crissent, et subir le terrible choc. Si je n'avais pas roulé à cent kilomètres/heure, peut-être qu'elle serait encore en vie. Quelques kilomètres de trop, beaucoup de vitesse en plus. Les deux voitures se sont tellement écrasées l'une contre l'autre que mon siège a reculé jusqu'à prendre ma fille en sandwich. 
La vitesse, ça faisait un peu comme une immense main, qui poussait la voiture en avant pendant que la voiture de devant amortissait la chute. J'ai eu les jambes broyées. Ça faisait presque comme un accordéon qui se replie.
Étant données mes blessures, ils n'ont même pas essayé de me sauver, j'étais déjà perdue. Mais Lola n'est pas morte sur le coup. Elle était coincée entre les deux sièges mais n'avait rien reçu d'autre en pleine face. Elle était dans le coma. Ses jambes aussi ont tout pris en premier, comme moi. Heureusement ou malheureusement, je ne sais pas, elle a succombé assez vite.
Heureusement parce qu'elle n'a pas eu le temps de souffrir énormément. Il vaut parfois mieux mourir que mal vivre. Antoine serait devenu fou si elle avait continué sa vie en tant que légume.
Malheureusement parce qu'Antoine, mon Antoine, nous perd toutes les deux à la fois dans cet horrible accident. Malheureusement parce que j'ai la mort de ma fille sur la conscience. Malheureusement parce qu'elle n'avait que sept ans. Malheureusement parce que ce n'est pas juste qu'elle soit morte. C'est pas juste. Mais mon avis ne compte pas. Même ma vie, apparemment, ne compte pas.
Oh Antoine, pardonne-moi.
Je l'imagine tranquille à la maison, qui attend que nous rentrions pour manger. En train de regarder innocemment la télé, de rigoler devant une émission un peu bête mais qui occupe le temps. Je le vois porter son verre de bière à sa bouche, puis le reposer et descendre ouvrir la porte à quelqu'un qui vient de frapper. Ça ne peut pas être nous, la clé de la maison est sur le trousseau de celle de la voiture. C'est sûrement la voisine qui vient faire la causette, prendre des nouvelles. Ou le voisin qui vient prendre une bière avec Antoine. Pourquoi pas.
J'imagine la porte qui s'ouvre sur deux gendarmes qui viennent lui annoncer la nouvelle. Il ne s'imagine pas tout de suite quelle raison les pousse devant la porte. Il n'a rien fait de mal. Un renseignement peut-être.
Ben non.
Ils ont dû dire un truc du style "Monsieur Antoine Vaudrin ?" "Oui, c'est moi" "Nous avons quelque chose de difficile à vous annoncer. Votre femme a eu un grave accident sur la rocade. Ni elle ni votre fille n'ont survécu. Nous sommes vraiment désolés, croyez-nous."
Je ne sais pas comment ils auront reconnu nos corps. La voiture a brûlé, nos papiers d'identité avec, j'étais en bouillie et Lola était bien amochée aussi. J'espère qu'ils ne vont pas lui demander de venir vérifier que c'étaient bien nos corps. Il ne s'en remettrait jamais. Je veux bien mourir cinquante fois encore pour ne jamais devoir vivre un pareil traumatisme. Aller reconnaître les corps déchiquetés et ensanglantés de ma famille. Ce doit être la plus terrible des expériences.
Je ne lui ai pas dis au revoir, je ne lui ai pas dis "je t'aime", je ne peux pas lui dire pardon, le serrer dans mes bras une dernière fois. Ni serrer ma fille, lui dire les mêmes choses.
Adieu à tous.
J'ai eu beau me détester, déployer toute ma colère, toute ma peine, crier à l'injustice, j'étais déjà partie, je n'avais plus la moindre possibilité d'interférer dans le monde que je venais de quitter. En fantôme obstiné, j'ai donné des coups de pieds partout, foncé dans les gens dans l'infime espoir de leur rentrer devant, de me faire voir.
Regardez-moi, putain ! Je suis là ! Je suis là, je ne suis pas morte ! Je veux vivre ! Vous entendez, vivre !
Il passaient tous à travers moi sans même sentir un souffle d'air. C'était terriblement frustrant. Encore ce détestable sentiment d'impuissance qui me dévorait de l'intérieur. J'aurai voulu me tuer une seconde fois pour ne plus être tiraillée de l'intérieur.
Et me voilà qui erre, véritable "âme en peine" perdue sur le champ bataille. Le conducteur de l'autre voiture est mort aussi. J'ai trois morts sur la conscience.
Je ne cris plus, on ne m'entend pas, on ne m'écoute pas.
Je ne tape plus, on ne me sent pas, on ne fait pas attention à moi.
Je ne pense plus à d'autres mots que "pardon", assise dans une herbe mouillée que je ne sens pas, devant le carnage. Je dis adieu à ma vie. Je lâche prise. Un fantôme, un ange ou un démon, je ne sais pas ce que je suis. Ça n'a pas franchement d'importance. En fait, rien n'a plus d'importance pour moi. J'ai constaté à quel point la vie est éphémère, précaire et fragile. J'étais un de ces funambules en équilibre sur le fil de la vie, et je suis tombée. Tout ce qui me paraissait important et indispensable avant me passe bien au-dessus de la tête maintenant.
Ça n'a pas brûlé très longtemps, ils ont vite réussi à éteindre le feu. C'est pour ça que Lola n'est pas morte aussitôt. Ils l'ont mise dans une ambulance et elle a expiré sur le trajet de l'hôpital, comme si elle était trop crispée dans la voiture pour mourir, et qu'elle ne pouvait le faire que maintenant qu'elle reposait "tranquillement" sur le brancard.
C'est con la vie et la mort quand même.


C'était un soir d'hiver. Un soir comme les autres.
Si j'avais su.
Je savais sans savoir. Les dangers de la route, tout le monde les connaît mais personne ne sait ce que ça fait. Il faut se brûler les doigts pour savoir que le feu ne se touche pas.
Je regrette tellement. Je voudrais bien croire en Dieu s'il pouvait me ressusciter. Mais comme disait Dupontel, Dieu ne ressuscite que son fils. Faut toujours être pistonné pour gagner, dans ce monde comme dans l'autre.
Pourquoi la nuit est-elle si noire quand on meurt ?


© Mélody 

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