Je dansais à toute heure de la journée, ça me prenait, comme ça, sans prévenir. J'en avais besoin et mon corps semblait décider tout seul de ce qu'il désirait faire. La moindre sifflotement, la moindre mélodie, et mes bras et mes jambes se mettaient à décrire des arcs de cercle dans l'espace.
Mais tout le monde n'avait pas les mêmes goûts que moi...
- C'est nul la danse, disaient toujours quelques garçons enquiquineurs.
- Pour vous peut-être, mais pas pour moi, rétorquais-je, agacée.
- C'est pour les filles, les mauviettes.
- Il y a beaucoup plus d'hommes danseurs que vous ne le pensez, mais peut-être moins que les femmes, c'est vrai. Chacun ses goûts, disais-je en essayant de garder un ton calme et détendu.
Je savais bien que je ne les ferais pas changer d'avis si facilement. Je commençais à en avoir assez que les autres critiquent mon loisir. Pour éviter les disputes, j'allais voir les filles qui partageaient mon avis.
- D'abord, je suis certaine qu'ils ne savent pas ce qu'est la danse, commençait Lisa.
- Et puis, ils pensent toujours aux tutus roses et aux musiques classiques lentes et ennuyeuses, continuait Céline. Moi, personnellement, je préfère quand ça "bouge" bien, comme la danse modern-Jazz par exemple. On danse sur des musiques contemporaines qui plaisent à tout le monde.
- Tu as raison, acquiesçais-je, d'ailleurs je n'aime pas du tout la danse classique, c'est trop lent, en tout cas pour moi... Moi j'ai besoin de me défouler ! En plus, il y a un garçon dans l'école. Bon, c'est vrai qu'il est le seul, mais il n'est pas différent des autres ! Ce sont les garçons les mauviettes ! Ils ont trop peur d'être mal vus par les autres, je pense. Si nous allions les voir, je me demande bien ce qu'ils répondraient à ça.
- Nous pouvons essayer, reprit Céline, mais de toute façon ils sont de trop mauvaise foi, je suis sûre que nous n'en tirerons rien.
Et elle avait raison.
Notre petit groupe s'avançait, déterminé, vers les enfants qui jouaient aux pirates sur un vieux banc abîmé par les intempéries.
Nous répétions avec un grand sérieux notre dialogue, résolues à défendre notre activité, et ils répondaient avec un semblant d'hésitation :
- C'est nul quand-même. De toute façon, ça n'a rien d'amusant. Ce n'est pas intéressant, c'est tout. Nous les garçons, on est de vrais durs, au moins ! Le football, c'est bien mieux comme sport ! répliquaient-ils en faisant la moue.
Nous nous regardions en pensant toutes la même chose : oui, les garçons sont de mauvaise foi.
- On dirait que vous avez six ans ! Le jour où vous trouverez de vrais arguments, il faudra nous prévenir ! nous exclamions-nous avec un sourire.
- Les filles sont pénibles... marmonnaient-ils dans notre dos.
Nous retournions dans notre coin en poussant de grands soupirs désespérés. Alors nous nous disions : « Quoi qu'il en soit, l'important n'est pas que les autres apprécient la danse comme nous, mais que nous profitions de nos loisirs pour nous faire plaisir. »
Mélody ©
Bon, peut-être pas terrible à lire, mais comme mes dernières publications, c'était une rédaction, alors ça répond à certains critères, forcément...