Voici
un texte abordant la vie d'une enfant de star d'une manière qui
peut-être ne reflète pas le moins du monde la réalité, cependant le but
n'est pas de faire une peinture de la société mais de créer une
histoire, qu'elle ressemble ou non à la vie des célébrités.
Je m'appelle Idda. Idda
Revenge. Ça se prononce à l'anglaise : « Reevennje ». A
la française ça ressemble trop à « Revanche ». Remarquez, à l'anglaise ça veut dire revanche. Mes parents
auraient pu choisir l'autre nom de famille, celui de ma mère ; ça
n'aurait rien changé. Revenge ou Senseil c'est pareil.
Je suis fille de star.
J'ai
toutes les photos de mes
premiers jours dans les journaux, de mon enfance, de mes caprices,
de tout. Les journalistes ne pensent qu'à faire leur article,
ils ne songent pas un instant que ça pourrait détruire
une vie. Ils ne songent pas un instant que peut-être, un enfant
de star aimerait qu'on ne raconte pas sa vie, ses premiers pas, qu'on
ne montre pas ces bébés tous nus à tout le monde... Il ne se
demandent pas si ces enfants-là ne voudraient pas avoir
une vie normale, comme eux. Nous sommes considérés comme des
"choses" liées à d'autres "choses" connues. Je sais qu'il y a des
enfants de célébrités dont on n'entend jamais parler, parce leurs
parents les protègent, mais la cigogne a dû se tromper de famille à la
livraison parce que les miens ont fait tout le contraire, ils m'ont bien
exposée.
Ma
mère, c'est Marina Senseil,
célèbre actrice de films plutôt chauds. C'est merveilleux d'être sa
fille, je vous dis pas...
Ma mère m'empêche de regarder ses films. Elle a raison. C'est
trop choquant. Mais quand elle n'est pas là, que j'allume la télé
et qu'en zappant je tombe sur un film où elle a joué, je change vite
de chaîne avant d'en avoir trop vu. Parce que si je
regarde et que j'ai le malheur de tomber sur la scène qu'il ne
fallait pas voir, que j'observe ma mère « faire des choses » avec
un homme que je ne connais pas et elle si peu, qu'elle n'aime pas, je
suis traumatisée à vie. C'est insupportable. Ils sont trop proches,
beaucoup trop. Alors j'éteins la télévision et je
vais lire dans mon lit pendant deux bonnes heures. Maintenant je
vérifie dans le programme avant de regarder, c'est plus prudent.
Mais je sais que si je n'était pas tombée sur son film par hasard
un jour, j'aurais eu la curiosité mal placée de regarder quand
est-ce qu'il passerait, juste pour voir comment elle était dedans, parce
que c'est quand-même tentant de savoir à quoi ressemble ce que ma mère
passe ses journées à faire.
C'est dans ces cas-là qu'on se dit que la curiosité est vraiment un
défaut, et qu'on culpabilise à mort de d'avoir laissé ce défaut
s'emparer de soi ne serait-ce qu'un instant.
Mon père, c'est Frédéric
Revenge. Acteur, réalisateur, dans tous les styles de films. Lui, il
est surtout connu pour être le mari de ma mère, en fait. Il n'a pas
fait de film à grand succès, mais lui au moins il se montre pas à poil
avec n'importe qui. Je préfère mon papa. Même s'il ne s'occupe pas trop de moi non plus,
il aurait plus de temps que maman à m'accorder. Ma mère est débordée de travail, c'est une des
meilleures actrices de films "chauds" du pays et puis elle est très
belle et très sympathique avec ses collègues, donc elle est très
demandée, très occupée. Mon père lui il prend plus de temps pour
moi, enfin, il travaille un peu moins parce qu'il a conscience que
c'est pas facile d'être l'enfant d'une star, il veut pas me laisser
tomber. Mais qu'est-ce que je raconte là ? J'en sais rien, ce qu'il
pense... Je sais même pas ce que c'est un père et une mère
"normaux", je sais pas si il s'occupe vraiment de moi, je
sais pas si c'est juste qu'il a pas de boulot. J'en sais rien. Mais
je m'en fous, c'est comme ça, je vais pas chercher à savoir parce que, de toutes manières, je suis obligée de faire avec...
Bref,
ce soir, comme tous les
soirs, on va manger dans un grand restaurant avec plein de gens que
je ne connais pas. Des gens importants dont je n'ai rien à faire, et
qui n'ont rien à faire de moi non plus. Mais ça le fait pas pour
une fille de star de rester avec une nounou à la maison, surtout
quand on a quinze ans. Mais une fille de star toute seule chez elle ça
se voit pas non plus... Bref, on va manger au restaurant, je vais
m'emmerder, mais je vais sourire, faire comme si tout était parfait,
comme d'habitude. J'ai pas le choix de toute façon, avec les
paparazzis et les photographes qui rôdent toujours autour de nous
partout où l'on va. Je préfère faire semblant d'être heureuse que
de voir ma tête lugubre sur le journal avec une déduction débile
qui ruinerai un peu la réputation de la famille. Et puis ça me
retomberais dessus, pour couronner le tout. Les journalistes ne font pas
spécialement attention à moi maintenant, mais ils savent repérer un
"scoop". Tout ce qu'ils veulent c'est avoir de l'audience et donc du
fric. C'est tout.
Et moi je veux juste qu'on me laisse tranquille. Je veux juste ne jamais être née dans cette famille. Mes parents auraient au moins pu me donner un plus joli prénom.
J'aime
pas mon nom, j'aime pas mes parents, j'aime pas les paparazzis, j'aime
pas les grandes villas vides qui coûtent une fortune, j'aime pas être
photographiée quand je suis en maillot de bain, j'aime pas être obligée
de faire semblant tout le temps que tout va bien !
Bon, c'est vrai, on n'est pas non plus surveillés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais quand-même ! Je suis jamais vraiment tranquille, quand je vois ma mère je pense à ce qu'elle fait devant les caméras, quand je vois mon père je pense que c'est mieux qu'il soit pas une super-star parce que déjà que c'est pas cool d'avoir une mère ultra connue mais alors je voudrais vraiment pas avoir en plus un père dans la même catégorie... Quand j'y réfléchis j'ai quand-même un peu de chance, finalement. Quand j'y réfléchis je me rends compte que ça aurait pu être pire. Mais quand j'y réfléchis j'en veux quand-même à mes parents de toujours laisser les paparazzis faire toutes les photos qui leur plaisent sans me demander mon avis à moi. Ça, ça m'énerve. On me demande jamais mon avis, mais je peux pas me permettre de faire un caprice devant les journalistes. Mes parents ils s'en fichent de moi. Tant que les journaux ne disent pas qu'ils s'occupent pas de moi, tout va bien. Gaëlle est là, elle, pour que mes désirs soient satisfaits. Gaëlle est toujours là quand j'ai besoin. Elle, je la respecte. J'irai pas jusqu'à me confier à elle, mais je la respecte, je lui parle gentiment, je l'aime bien. Parce qu'elle aussi, elle me respecte, et pas à cause de mon statut de "chose" liée à d'autres "choses" connues. Elle je crois qu'elle m'aime bien aussi, et qu'elle compatit un petit peu.
Quand on est enfant de star, on peut pas aller à l'école comme tout le monde. On peut pas faire les mêmes erreurs que tout le monde. On peut pas traîner comme on veut en ville comme tout le monde. On se doit d'être un exemple ! Oui, un exemple, parce que sinon les journaux sauront quoi dire ! Toujours être comme il faut, résister à l'envie de répondre aux diverses provocations qu'on peut avoir. Le côté pratique c'est que quand on est enfant de star, on vie généralement dans la capitale, ou dans une grande ville, et donc qu'il y a d'autres enfants de star. Mais attention ! Tu peux faire ami-ami qu'avec les enfants de gens avec qui les parents n'ont pas de différent, parce que sinon c'est mal vu, ouh la la ! (D'accord j'exagère un tout petit peu quand même)
Moi
j'ai envie de me lâcher un peu ! J'ai envie de voir comment c'est de
vivre normalement ! J'ai envie de pouvoir faire tout ce qui me vient à
l'esprit sans crever de trouille en pensant combien je m'en mordrais les
doigts en lisant les journaux le lendemain... Bah oui dans mon pays les
enfants de stars sont aussi importants à surveiller que leurs parents,
ça n'arrange pas les choses... Au pire je me dis que j'ai qu'à assumer,
mais j'en suis totalement incapable. Un jour peut-être que ça me
prendra. Un jour. Peut-être. L'autre chose qui me retient de faire
n'importe quoi, c'est la mauvaise conscience. On dirait qu'elle m'aspire
comme le vent quand tu marches à contre-sens et qu'il te dit " eh là !
c'est pas par là !" et que tu résistes tant bien que mal, mais que tu te
fais finalement emporter malgré tous tes efforts. La culpabilité, c'est
le pire des vents pour ça. C'est pas parce que j'en veux à mes parents
que ça m'arrange de leur apporter des problèmes (en plus c'est moi qui
récolterais tout à la fin...).
Alors
qu'est-ce que je fais maintenant ? Je me roule en boule sous ma couette
et je me satisfais de mon sort en attendant d'être majeure et qu'on ne
s'intéresse plus à moi, vu que j'ai pas l'intention d'être célèbre. Je
lis toute la journée pour me remplir la tête d'autre chose. J'attends
que le temps passe.
Je
sais ce que vous pensez, vous vous dites « il faudrait qu'elle en parle
avec ses parents, une bonne fois pour toutes ». Remâcher les mauvaises
pensées ne sert à rien ? Vrai. Parler un peu avec ses parents n'est pas
si compliqué ? Faux. Parler avec mes parents est très, très compliqué.
Primo, ma mère est toujours en voyage dans je-ne-sais-quel-pays pour ses
tournages et mon père, même s'il est moins prit, il a toujours quelque
chose d'important à faire quelque part. Secundo, quand ils reviennent à
la maison, le téléphone sonne toutes les dix minutes, et ils ont des
rendez-vous à droite à gauche ou des invitations pour le diner. Tercio,
même si j'essayais de leur adresser la parole, d'abord ils ne
m'écouteraient pas vraiment mais en plus je ne saurais même pas comment
aborder la question, je n'oserais jamais leur dire. Bref,
personnellement, je ne suis pas très emballée, ne vous déplaise. Il
faudrait peut-être que je fasse une grosse connerie ou que je m'enfuie
pour que mes parents commencent à réagir. Un jour peut-être que ça me prendra. Un jour. Peut-être.
Mélody ©
2 commentaires:
J'adore
Ljp
Chouette alors !
Contente que ça te plaise !
Merci Ljp ;)
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