Ma main n'a jamais voulu dessiner. Une sorte de maladresse la saisit, elle se refuse à tracer ces grands traits habiles, si agréables à contempler. Ma main a préféré gribouiller. Donner naissance à des petites fourmis, qui s'étalent avec orgueil ou bien se serrent pour prendre moins de place. Petits signes irréguliers, tordus, chiffonnés.
Oui, ma main a préféré les mots.
Ces mots si petits qui disent des choses si grandes...
Ces grains de sable qui s'égrènent un à un du sablier de nos pensées, cadençant notre âme, rythmant notre vie.
Tous les arts savent nous faire vibrer, renvoyer à notre âme un écho de sa substance, la gonfler tout en faisant crier de plaisir notre esprit. Moi, je suis tombée amoureuse de la danse et des mots. La danse trace l'humain à grandes lignes de feu, brûlant puis disparaissant, happées par le passé ; mais la minutie méthodique de ces phrases tissées avec une patience infinie par l'homme depuis des siècles me fait frissonner.
Petites perles savoureuses... je vous aime à la folie.
Vous m'avez bercée, émue, portée, trompée, caressée. Vous vous êtes faits doux, piquants, salés, colorés, fondants ou croustillants. Comiques, tragiques, pathétiques, oniriques, tropiques, fantastiques... Des larges impressions aux plus petits détails ; des couleurs chatoyantes à la tristesse insondable de noirceur ; du doux à l'insoutenable. Les mots ne reflètent pas simplement l'imagination des hommes ; ils la portent, l'enrichissent, ils lui offrent une dimension nouvelle, somptueuse... voluptueuse !
Oui, et je n'ai nulle honte à l'avouer : ma relation aux mots est presque sensuelle.
J'aime ces mots bombardés énergiquement ou doucement soufflés, saisis goulûment ou savourés lentement.
J'aime ces mots qui m'emportent.
J'aime les mots.
Célestine ©
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