Mélody ©
Citation
"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."
William Faulkner
samedi 25 février 2012
vendredi 10 février 2012
Une nuit à la bibliothèque
Un vendredi soir, Jennsen et moi avons participé à une expérience fabuleuse : une nuit d'écriture à Eymet ! D'abord, il a fallu trouver la bibliothèque, vieux bâtiment dans une ville bien médiévale. Ensuite, nous avons fait connaissance avec Claude Fosse, celle qui nous a guidés toute la nuit, une dame très sympathique et agréable, et avec les autres participants. Et là, surprise : nous étions les seules adolescentes ! Les autres dépassaient tous la quarantaine voir la cinquantaine !! Ah, bon.
Déjà, on se présente en dix lignes. O.K. Bah voilà moi c'est Mélody j'ai quinze ans... ( je vous épargne les détails...) On lit devant tout le monde, ça fait un peu bizarre au début, mais on s'habitue. Et ensuite ? Les « Je me souviens » re-O.K. Je me souviens de ci, de ça, maintenant on connait un tout petit mieux les gens qui nous entourent. Nous sommes traitées comme des adultes. Tous gentils, tous chaleureux, génial ! Avec les Je me souviens on fait une chaîne, chacun dit un des ces Je me souviens à la file, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. C'est sympa à faire.
Après, on prend tous un plan de la ville, et on pars en vadrouille pour visiter, en pleine nuit, les rue et les ruelles, en écrivant nos sensations comme elles viennent, tout du brut, et puis aussi ce qu'on voit. Il se met un peu à pleuvioter, mais rien de terrible. Nous sommes des aventurières ! Pas de quoi avoir peur d'un petit crachin de rien du tout. Bloc-notes ou cahier à la main, nous faisons notre petite inspection des lieux. Très agréable. Je me suis trouvée une véritable passion pour la découverte des villes sous les étoiles (ou en l'occurrence sous les nuages...).
À dix heures et demi, on rentre, et on fait un plan des ruelles traversées, en plaçant nos sensations et ce qu'on a remarqué. On ajoute trois Je me souviens, même sans aucun rapport, on s'en fiche. C'est rigolo. Difficile de s'y mettre dans mon cas, mais une fois que c'est parti, c'est comme un cours d'arts-plastiques : super cool ! Bon, je sais que tout le monde n'aime pas l'art plastique, mais j'y peux rien, moi j'aime bien, et ça m'y a fait penser.
Ensuite... euh... c'est un peu vague maintenant dans ma mémoire, bah non je ne suis pas un éléphant, tant pis hein. Ah oui ! Avec notre super plan amélioré, on retrace notre chemin dans les ruelles, en disant « tu » à notre personnage, comme si on se regardait soi-même visitant la ville. On imagine notre parcours, on le voit, on dit ce que ce «Tu» ressent... Si vous voulez un exemple, voilà ce que j'ai fait (je parle au féminin puisque je m'imagine moi):
« Tu fermes le portail. Tu marches, un léger frisson, court sur tes bras peu couverts. Tu remontes la rue, tu tournes machinalement à droite, puis tu t'engages dans une de ces petites ruelles serrées où tu te sens chez toi, en sécurité, protégée par les arbres, les murs, les vieilles portes, et le sol cabossé. Finalement, tu files tout droit. Là-bas, il y a de la verdure, c'est beau, c'est frais, ça respire... Tu te sens bien, tu imagines un forêt autour de toi. Et toi tu es perdue au milieu de la ruelle, bientôt sentier de terre bordé d'arbustes et de fleurs.
Soudain, tu entends le grondement du tonnerre au dessus de ta tête.
Au bout de la ruelle, tu fais demi-tour. Tu rumine tout ce que tu viens de te dire, et te voilà arrivée au croisement. Tu suis le trottoir sur ta droite, tu passes devant une drôle de grue, les roues en l'air, comme un chien qui se dresse sur ses pattes arrières pour mieux demander qu'on lui serve son repas. Tu ris.
Une voiture te croise, tu te retournes, et brusquement plein d'idées absurdes mais bien présentes s'insinuent dans ta tête. Tu as peur. Tu réalises qu'il fait nuit noire, là. Tu fuis et t'engouffres dans le premier chemin que tu trouves, tu t'arrêtes de courir, déjà essoufflée. Tu regardes autour de toi : nature, nature, nature... Hummm... Bien-être... Tu as l'impression de remonter dans le temps avec toutes ces ruelles aux dalles abîmées et aux portes en bois délavé. Des portes partout. Partout. Tu imagines les gens qui en sortent, qui disent bonjour (ou pas) au voisin, qui prennent leur vieux paniers d'osier pour aller au marché.
Tu croises un rosier, des vignes, ou des plantes qui dégoulinent sur les façades. C'est joli. Tu sens le calme. Tu sens et tu ressens la liberté dans ton cœur et dans ton âme.
Il flotte une vague odeur de nourriture quand tu passes à côté des cuisines...
Tu regardes ta montre. Zut, il est tard, tu devrais rentrer. Alors tu te lèves péniblement, et tu repars, tu passes devant la drôle de grue et la voiture qui t'intimide, tu marches sur une feuille d'automne...
Bon, là, c'est mon texte final, j'y ai inséré une autre activité amusante de cette nuit originale : le moment où l'on invente des mots ! Vous avez dû lire avec des yeux ronds "les étoiles s'invisibilisent"... Bah non ce mot n'existe pas, c'est bien pour ça que je l'ai écrit ! D'autres on bien mieux réussi que moi, disons que c'était dix fois plus drôle... Mais je crois que le passage des mots inventés, pour moi, rentre bien dans le texte.
Pour faire cette dernière activité, Claude nous a lu un exemple, et chacun l'a plus ou moins reproduit. J'ai trouvé très sympa de voir les différentes façon dont les participants ont vu les choses, chacun avait trouvé une manière différente de le faire. Et tout était juste ! Rien à côté de la plaque, juste un point de vu ou plutôt une manière de faire différente !
Eh bah voilà, on y est, on y reste, on va pas se laisser intimider par quelques adultes qui aiment la même chose que nous : écrire. Allez, c'est parti, aux diable les préjugés, au diable les mauvaises idées, et vive la nuit à Eymet !!!
Déjà, on se présente en dix lignes. O.K. Bah voilà moi c'est Mélody j'ai quinze ans... ( je vous épargne les détails...) On lit devant tout le monde, ça fait un peu bizarre au début, mais on s'habitue. Et ensuite ? Les « Je me souviens » re-O.K. Je me souviens de ci, de ça, maintenant on connait un tout petit mieux les gens qui nous entourent. Nous sommes traitées comme des adultes. Tous gentils, tous chaleureux, génial ! Avec les Je me souviens on fait une chaîne, chacun dit un des ces Je me souviens à la file, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. C'est sympa à faire.
Après, on prend tous un plan de la ville, et on pars en vadrouille pour visiter, en pleine nuit, les rue et les ruelles, en écrivant nos sensations comme elles viennent, tout du brut, et puis aussi ce qu'on voit. Il se met un peu à pleuvioter, mais rien de terrible. Nous sommes des aventurières ! Pas de quoi avoir peur d'un petit crachin de rien du tout. Bloc-notes ou cahier à la main, nous faisons notre petite inspection des lieux. Très agréable. Je me suis trouvée une véritable passion pour la découverte des villes sous les étoiles (ou en l'occurrence sous les nuages...).
À dix heures et demi, on rentre, et on fait un plan des ruelles traversées, en plaçant nos sensations et ce qu'on a remarqué. On ajoute trois Je me souviens, même sans aucun rapport, on s'en fiche. C'est rigolo. Difficile de s'y mettre dans mon cas, mais une fois que c'est parti, c'est comme un cours d'arts-plastiques : super cool ! Bon, je sais que tout le monde n'aime pas l'art plastique, mais j'y peux rien, moi j'aime bien, et ça m'y a fait penser.
Ensuite... euh... c'est un peu vague maintenant dans ma mémoire, bah non je ne suis pas un éléphant, tant pis hein. Ah oui ! Avec notre super plan amélioré, on retrace notre chemin dans les ruelles, en disant « tu » à notre personnage, comme si on se regardait soi-même visitant la ville. On imagine notre parcours, on le voit, on dit ce que ce «Tu» ressent... Si vous voulez un exemple, voilà ce que j'ai fait (je parle au féminin puisque je m'imagine moi):
« Tu fermes le portail. Tu marches, un léger frisson, court sur tes bras peu couverts. Tu remontes la rue, tu tournes machinalement à droite, puis tu t'engages dans une de ces petites ruelles serrées où tu te sens chez toi, en sécurité, protégée par les arbres, les murs, les vieilles portes, et le sol cabossé. Finalement, tu files tout droit. Là-bas, il y a de la verdure, c'est beau, c'est frais, ça respire... Tu te sens bien, tu imagines un forêt autour de toi. Et toi tu es perdue au milieu de la ruelle, bientôt sentier de terre bordé d'arbustes et de fleurs.
Soudain, tu entends le grondement du tonnerre au dessus de ta tête.
- Je me souviens vaguement de la grande tempête, en 99...
Au bout de la ruelle, tu fais demi-tour. Tu rumine tout ce que tu viens de te dire, et te voilà arrivée au croisement. Tu suis le trottoir sur ta droite, tu passes devant une drôle de grue, les roues en l'air, comme un chien qui se dresse sur ses pattes arrières pour mieux demander qu'on lui serve son repas. Tu ris.
Une voiture te croise, tu te retournes, et brusquement plein d'idées absurdes mais bien présentes s'insinuent dans ta tête. Tu as peur. Tu réalises qu'il fait nuit noire, là. Tu fuis et t'engouffres dans le premier chemin que tu trouves, tu t'arrêtes de courir, déjà essoufflée. Tu regardes autour de toi : nature, nature, nature... Hummm... Bien-être... Tu as l'impression de remonter dans le temps avec toutes ces ruelles aux dalles abîmées et aux portes en bois délavé. Des portes partout. Partout. Tu imagines les gens qui en sortent, qui disent bonjour (ou pas) au voisin, qui prennent leur vieux paniers d'osier pour aller au marché.
Tu croises un rosier, des vignes, ou des plantes qui dégoulinent sur les façades. C'est joli. Tu sens le calme. Tu sens et tu ressens la liberté dans ton cœur et dans ton âme.
Il flotte une vague odeur de nourriture quand tu passes à côté des cuisines...
- Je me souviens des acacias et de leurs fleurs mangées en beignets, qui me brûlaient les doigts...
Tu regardes ta montre. Zut, il est tard, tu devrais rentrer. Alors tu te lèves péniblement, et tu repars, tu passes devant la drôle de grue et la voiture qui t'intimide, tu marches sur une feuille d'automne...
- Je me souviens du grand chêne, là-bas, sur le chemin...
Bon, là, c'est mon texte final, j'y ai inséré une autre activité amusante de cette nuit originale : le moment où l'on invente des mots ! Vous avez dû lire avec des yeux ronds "les étoiles s'invisibilisent"... Bah non ce mot n'existe pas, c'est bien pour ça que je l'ai écrit ! D'autres on bien mieux réussi que moi, disons que c'était dix fois plus drôle... Mais je crois que le passage des mots inventés, pour moi, rentre bien dans le texte.
Pour faire cette dernière activité, Claude nous a lu un exemple, et chacun l'a plus ou moins reproduit. J'ai trouvé très sympa de voir les différentes façon dont les participants ont vu les choses, chacun avait trouvé une manière différente de le faire. Et tout était juste ! Rien à côté de la plaque, juste un point de vu ou plutôt une manière de faire différente !
Mélody ©
dimanche 5 février 2012
La Bayadère
"Les bayadères en scènes dans cinq minutes"
Les bayadères en scène dans cinq minutes. Phrase simple, efficace. Cette économie de mots est classique du le monde du spectacle. Dans le dédale des coulisses, huit ballerines frissonnent. Ces sept mots ont glacé leur sang dans leurs veines.
Myrtille est déjà en place. D’une main distraite, elle tâte la coiffe qui orne ses cheveux. Elle monte sur pointes en veillant à faire le moins de bruit possible. Bah, de toute façon personne ne l’entendra, mais ici, en cet instant, elle ne veut pas troubler cette atmosphère irréelle, hors du temps. Myrtille n’existe pas encore, alors elle ne doit déranger personne.
Sur scène, Alexei croise son regard. Non, Alexei, je me regarde pas ! Ne t’occupe que de ta danse. Ne t’en fais pas pour moi, je vais bien. Je suis toute palpitante, je suis morte de trouille, mais je vais bien.
Ce que je suis en ce moment n’a aucune importance.
Je ne serai digne d’attention que dans quelques minutes.
Quatre minutes.
Elle ferme les yeux. Chaque pas, chaque ondoiement qu’elle effectuera est gravé dans son esprit, et a tant été répété que la danse est devenue comme un second corps greffé au premier.
Vital.
Aujourd’hui, elle rentrera la première sur scène.
Aujourd’hui, comme chaque fois qu’elle dansera, elle aura l’impression d’être quelqu’un, non plus une fille mais un être exceptionnel, digne d’exister. Elle respirera pleinement, dans tout son corps. Et elle saura que ce qu’elle fait en vaut la peine ; elle oubliera sa douleur, ce putain de cors infecté qui la ronge depuis des semaines.
Trois minutes.
Pour l’instant elle n’est rien. Dans quelques minutes elle sera une danseuse.
Elle tente de ne pas penser à son répétiteur. Lui, il lui a dit que quand elle dansait, elle avait la grâce d’une grenouille et qu’il la verrait bien dans le rôle de Quasimodo quand on dansera Esméralda la saison suivante.
Bah, il est juste jaloux. Ce n’est pas vrai. Il faut que je lui prouve que je peux bien danser.
De toute façon, quand Myrtille entrera sur scène, il n’y aura plus de place que pour elle et pour la danse. Ce gros naze de prof à la con pourra aller se rhabiller.
Deux minutes.
Elle sent quelque chose la heurter dans le dos, et un effroyable bruit de tissu déchiré retentit et brise son silence intérieur. Oh non, ce n’est pas vrai. Pas moi. Pas maintenant. Tout le sang déserte le visage de la jeune fille. Elle se retourne. Éléonore, l’air horrifié, recule. Myrtille a la bouche sèche mais parvient à chuchoter. “Qu’est ce que tu as fait”. “Désolée, désolée, pardon, je suis désolée, je ne voulais pas.”.
Une minute.
Les larmes montent aux yeux de myrtille. “C’est grave ?” Éléonore ne dit rien. Ses yeux parlent pour elle. “Tu es fichue. Tout le monde le verra. Moi, je ne l’ai pas fait exprès, mais je l’espérais secrètement. Ma belle, tu es peut-être plus haute que moi dans la hiérarchie, mais tu es fichue”
Trente secondes.
Ses mains tremblent. En trente secondes, elle n’a pas le temps d’étrangler Éléonore.
Dernières mesures avant son entrée.
Myrtille efface ses larmes d’un revers de main. Elle se reprend. Quatrième position, préparation. Visage neutre. Je suis une prêtresse qui se recueille dans un temple indien.
Elle s’élance.
Le public, subjugué, regarde les bayadères entrer dans le temple. Une d'entre elles virevolte plus gracieusement encore que les autres. Sa robe, déchirée, lui dessine des ailes. Ce n'est plus une femme, c'est un ange éthéré qui vient leur rappeler à tous l'importance de l'art dans la vie. Partout dans l'assistance, les larmes coulent, sans que leur scintillement parvienne à égaler celui émis par la danseuse.
Quelques minutes de magie.
La danseuse se retire.
Disparait.
A sa place, Myrtille enlève sa robe et observe les dégâts. Avec un peu de chance, ça ne s’est pas vu. Elle enfile un T-shirt, enlève ses pointes.
L’attente commence.
Jusqu’à l’acte deux.
Un fin sourire étire ses lèvres. Elle a bien l’intention de rendre sa pareille à Éléonore. Elle a bien l’intention de démolir sa carrière. Et surtout, elle a bien l’intention de la surpasser, toujours.
Toujours plus haut.
Et un jour, elle se l'est promis, elle touchera les étoiles.
Et là, elle sera heureuse. Elle en est certaine.
Les bayadères en scène dans cinq minutes. Phrase simple, efficace. Cette économie de mots est classique du le monde du spectacle. Dans le dédale des coulisses, huit ballerines frissonnent. Ces sept mots ont glacé leur sang dans leurs veines.
Myrtille est déjà en place. D’une main distraite, elle tâte la coiffe qui orne ses cheveux. Elle monte sur pointes en veillant à faire le moins de bruit possible. Bah, de toute façon personne ne l’entendra, mais ici, en cet instant, elle ne veut pas troubler cette atmosphère irréelle, hors du temps. Myrtille n’existe pas encore, alors elle ne doit déranger personne.
Sur scène, Alexei croise son regard. Non, Alexei, je me regarde pas ! Ne t’occupe que de ta danse. Ne t’en fais pas pour moi, je vais bien. Je suis toute palpitante, je suis morte de trouille, mais je vais bien.
Ce que je suis en ce moment n’a aucune importance.
Je ne serai digne d’attention que dans quelques minutes.
Quatre minutes.
Elle ferme les yeux. Chaque pas, chaque ondoiement qu’elle effectuera est gravé dans son esprit, et a tant été répété que la danse est devenue comme un second corps greffé au premier.
Vital.
Aujourd’hui, elle rentrera la première sur scène.
Aujourd’hui, comme chaque fois qu’elle dansera, elle aura l’impression d’être quelqu’un, non plus une fille mais un être exceptionnel, digne d’exister. Elle respirera pleinement, dans tout son corps. Et elle saura que ce qu’elle fait en vaut la peine ; elle oubliera sa douleur, ce putain de cors infecté qui la ronge depuis des semaines.
Trois minutes.
Pour l’instant elle n’est rien. Dans quelques minutes elle sera une danseuse.
Elle tente de ne pas penser à son répétiteur. Lui, il lui a dit que quand elle dansait, elle avait la grâce d’une grenouille et qu’il la verrait bien dans le rôle de Quasimodo quand on dansera Esméralda la saison suivante.
Bah, il est juste jaloux. Ce n’est pas vrai. Il faut que je lui prouve que je peux bien danser.
De toute façon, quand Myrtille entrera sur scène, il n’y aura plus de place que pour elle et pour la danse. Ce gros naze de prof à la con pourra aller se rhabiller.
Deux minutes.
Elle sent quelque chose la heurter dans le dos, et un effroyable bruit de tissu déchiré retentit et brise son silence intérieur. Oh non, ce n’est pas vrai. Pas moi. Pas maintenant. Tout le sang déserte le visage de la jeune fille. Elle se retourne. Éléonore, l’air horrifié, recule. Myrtille a la bouche sèche mais parvient à chuchoter. “Qu’est ce que tu as fait”. “Désolée, désolée, pardon, je suis désolée, je ne voulais pas.”.
Une minute.
Les larmes montent aux yeux de myrtille. “C’est grave ?” Éléonore ne dit rien. Ses yeux parlent pour elle. “Tu es fichue. Tout le monde le verra. Moi, je ne l’ai pas fait exprès, mais je l’espérais secrètement. Ma belle, tu es peut-être plus haute que moi dans la hiérarchie, mais tu es fichue”
Trente secondes.
Ses mains tremblent. En trente secondes, elle n’a pas le temps d’étrangler Éléonore.
Dernières mesures avant son entrée.
Myrtille efface ses larmes d’un revers de main. Elle se reprend. Quatrième position, préparation. Visage neutre. Je suis une prêtresse qui se recueille dans un temple indien.
Elle s’élance.
Le public, subjugué, regarde les bayadères entrer dans le temple. Une d'entre elles virevolte plus gracieusement encore que les autres. Sa robe, déchirée, lui dessine des ailes. Ce n'est plus une femme, c'est un ange éthéré qui vient leur rappeler à tous l'importance de l'art dans la vie. Partout dans l'assistance, les larmes coulent, sans que leur scintillement parvienne à égaler celui émis par la danseuse.
Quelques minutes de magie.
La danseuse se retire.
Disparait.
A sa place, Myrtille enlève sa robe et observe les dégâts. Avec un peu de chance, ça ne s’est pas vu. Elle enfile un T-shirt, enlève ses pointes.
L’attente commence.
Jusqu’à l’acte deux.
Un fin sourire étire ses lèvres. Elle a bien l’intention de rendre sa pareille à Éléonore. Elle a bien l’intention de démolir sa carrière. Et surtout, elle a bien l’intention de la surpasser, toujours.
Toujours plus haut.
Et un jour, elle se l'est promis, elle touchera les étoiles.
Et là, elle sera heureuse. Elle en est certaine.
Célestine ©
samedi 4 février 2012
Monologue intérieur d'un tirailleur
Bon, voilà encore une rédaction bizarre, mais je n'y peut rien si les profs de français nous proposent des sujets étranges... ! Enfin bref, cette fois, la consigne était d'ajouter un passage au livre "Cris" de Laurent Gaudé. Cette oeuvre est remplie de monologues intérieurs qui racontent la guerre des tranchées sous différents regards. Nous devions ajouter le monologue intérieur de M'Bossolo, un des tirailleurs sénégalais venus aider les troupes françaises en détresse.
J'espère que ça vous plaira ! Bonne lecture...
M'BOSSOLO
Le train nous a abandonnés au front. Tout est noir. Même nous, les « nègres » comme ils disent. Oui, tout est noir, le ciel, la terre, et nous... Il n'y a pas de lune cette nuit. Elle aussi cache son visage, mais derrière une main de nuages. Pour ne pas voir la guerre. On aurait tous aimé faire pareil il me semble... Mais le bruit, la lourdeur de l'air nous empêchent d'ignorer ce désastre.
Il faut avoir de l'espoir. Beaucoup d'espoir. Pour nous. Pour les autres. Ceux qui se battent et que nous sommes venus secourir. Ceux qui ne savent pas s'ils vont mourir ou s'ils sont déjà morts. Ils sont en enfer déjà. Ceux qui n'ont plus la force de verser le peu de larmes qui leur restent. Ceux qui ont perdu leur âme dans ces tranchées maudites et qui ne la retrouveront sans doute jamais.
Il paraît que je ne connais rien à la guerre. Mais je sais ce que c'est de se faire envahir et massacrer. Ici les lieux parlent tous seuls. C'est comme si j'avais toujours su ce qu'était la guerre chez les blancs. Mais moi, ce que je sais par-dessus tout, c'est que je suis là pour sauver les hommes des tranchées tant qu'il en est encore temps.
Ne jamais s'arrêter. Ne jamais abandonner. Il faut les ramener. Ils ne tiendront pas cette fois. Ils sont trop fatigués. Fatigués d'une guerre qui n'est pas vraiment la leur. Fatigués de tuer les hommes d'en face pour ne pas eux-mêmes mourir. Fatigués de hurler alors que personne ne leur ramènera leur passé, ni ne leur épargnera le futur. Fatigués de tomber pour rien. Fatigués de se sentir plus seuls à chaque assaut. Fatigués de vivre dans la boue.
Cette guerre n'est pas la mienne non-plus. Pas mon pays, pas ma guerre, pas ma haine. Mais ce sont mes frères qui meurent ici. Ce sont des hommes de chair et de sang comme moi. On a juste une couleur différente en surface. Moi je suis noir comme la nuit qui m'entoure de son châle glacé, maintenant. Eux sont blancs comme un jour sous une mer de nuages... Mais noir ou blanc, quelle différence ? Ce sont mes frères. Je vais aller les chercher. Je vais devenir indestructible pour les rassurer. Je vais devoir mentir pour qu'ils puissent rêver. Oui, ces hommes du front sont redevenus des enfants... Des enfants à qui l'ont devra sourire, qu'il faudra bercer de mots et de promesses que nous ne tiendront jamais. Si seulement on pouvait les tenir... Oui, les rassurer. Qu'ils se sentent en sécurité. Que ceux qui doivent rejoindre la terre puissent s'en aller le cœur un peu plus léger. Il faudra que je dise les mots doux qui calment. On oubliera la guerre. On oubliera les paysages dévastés. On oubliera la peur, le sang, et les tranchées. Je serai invincible. Nous, « les nègres », on s'oubliera nous-mêmes pour sauver les hommes du jour. Nous créerons une bulle de rêves et de mensonges agréables. Je crois que mentir est parfois une bonne chose. À quoi bon se torturer de réalité quand on est presque certain de mourir ? En quoi est-il si inconcevable de mentir pour permettre aux autres de sourire ? Moi je veux qu'ils se reposent dans mon oasis de rêves, de promesses et de mensonges, si ça peut les aider à vivre un peu plus. Si ça peut les sauver. Les apaiser. Je les nourrirai d'espoir et leur permettrai de s'évader, d'oublier la douleur de leur corps en restant dans leur esprit. Et puis au fond, je me rassurerai moi-même je crois.
Les blancs qui ont conquis et se sont appropriés nos terres nous appellent au-secours. Beaucoup des hommes de nuit, détestent ces gens. Ne veulent pas les aider. Moi je leur dis que les hommes qui meurent au front ne sont pas responsables de la guerre. Aucun homme sensé ne se jetterai dans la gueule de la mort sous prétexte qu'il a déclenché la bataille dans ces pays du Nord... Ce ne sont pas non-plus les hommes du front qui ont décidé qu'il fallait nous réduire en esclavage. Certains de leurs ancêtres étaient sans doute d'accord, mais à quoi bon s'entêter à garder la colère bouillante dans notre coeur ? D'autres sont aussi révoltés que nous. Comment savoir ? Ils sont tout autant victimes que nous l'avons été. Il faut les tirer de là. Il serait idiot de se faire exécuter parce qu'on n'a pas envie de leur venir en aide. La haine ne mène à rien. Ceux qui prennent les Grandes Décisions et qui ne vont jamais faire la guerre, eux ne méritent rien de notre part. Mais eux ils s'en fichent qu'un homme de plus ou de moins soit mort. Leur unique but est de gagner la guerre. Alors il ne servirait à rien de ne pas obéir. Juste à s'attirer des ennuis. Personne n'entendra jamais ce cri silencieux d'un homme noir. Et surtout pas ceux qui ont le pouvoir. Alors aidons nos frères du jour.
Nous sommes les tirailleurs Sénégalais. Et nous entrons en scène.
On ne voit pas la lune sous ces nuages. Aucune lumière ne nous guide. Nous sommes seuls face à la mort et à la nuit. Juste orientés par les coups de feu qui fusent tout autour. Le souffle saccadé des hommes qui courent pour semer l'ennemi résonne dans ma tête. Je vois le passé de ces hommes quand je les regarde. Parfois je vois aussi leur futur... Maintenant c'est moi qui marche dans ces tranchées boueuses. Non. Je cours. La boue m'éclabousse et gémit à mon passage. Mais moi je n'entends que leur souffle, à ces hommes épuisés que je vais chercher. Quelques corps endormis à jamais commencent à pourrir. Quelques pelles sont restées enfoncées dans le sol. J'ai l'impression de marcher dans un couloir fantomatique. Comme si des ombres m'accompagnaient, m'auréolaient de leur passé. J'ai l'impression de marcher à travers le temps. Je vois la prairie verte et quelques fermes de vieux bois. Le soleil. Je vois ensuite la pluie. La pluie d'obus qui a massacré le paysage. Je vois les gens qui fuient. Je vois leurs visages terrorisés. Leur détresse. Leurs larmes. Je vois leur sang aussi. Les cendres de leurs maisons. Puis je vois les tranchées, la boue, les fusils et les pelles. La figure effarée des jeunes adultes qui tremblent sous leur casque. Je vois leurs corps exploser dans un souffle. Je ressens la douleur. J'entends leurs cris. Tout se déchaîne, tout tourbillonne dans ma tête, tout devient flou. Puis plus rien. Un grand vide. Je crois que je viens de voir à quoi ressemble la mort. Mais j'ai trouvé sa faiblesse. Et les ombres s'enfuient. Je suis devenu invincible et la mort a peur de moi.
Les coups de feu s'approchent. Je suis dans la bonne tranchée. L'écho dans ma tête grandit. M'Bossolo arrive. M'Bossolo va vous aider. Oui. Me voilà. Je crois voir et entendre les hommes. Seules des formes confuses dansent devant mes yeux. Il faut s'habituer à la nuit. Les silhouettes floues sont près de moi. Je les ai trouvés. Je te vois tomber dans la boue à mes pieds. Je te vois et je m'arrête pour te porter. Je ne connais pas ton nom mais qui que tu sois je vais t'emmener loin. Tu es bien fatigué. Mais M'Bossolo est arrivé. Tu vas pouvoir te reposer. Voici les tirailleurs Sénégalais.
J'espère que ça vous plaira ! Bonne lecture...
M'BOSSOLO
Le train nous a abandonnés au front. Tout est noir. Même nous, les « nègres » comme ils disent. Oui, tout est noir, le ciel, la terre, et nous... Il n'y a pas de lune cette nuit. Elle aussi cache son visage, mais derrière une main de nuages. Pour ne pas voir la guerre. On aurait tous aimé faire pareil il me semble... Mais le bruit, la lourdeur de l'air nous empêchent d'ignorer ce désastre.
Il faut avoir de l'espoir. Beaucoup d'espoir. Pour nous. Pour les autres. Ceux qui se battent et que nous sommes venus secourir. Ceux qui ne savent pas s'ils vont mourir ou s'ils sont déjà morts. Ils sont en enfer déjà. Ceux qui n'ont plus la force de verser le peu de larmes qui leur restent. Ceux qui ont perdu leur âme dans ces tranchées maudites et qui ne la retrouveront sans doute jamais.
Il paraît que je ne connais rien à la guerre. Mais je sais ce que c'est de se faire envahir et massacrer. Ici les lieux parlent tous seuls. C'est comme si j'avais toujours su ce qu'était la guerre chez les blancs. Mais moi, ce que je sais par-dessus tout, c'est que je suis là pour sauver les hommes des tranchées tant qu'il en est encore temps.
Ne jamais s'arrêter. Ne jamais abandonner. Il faut les ramener. Ils ne tiendront pas cette fois. Ils sont trop fatigués. Fatigués d'une guerre qui n'est pas vraiment la leur. Fatigués de tuer les hommes d'en face pour ne pas eux-mêmes mourir. Fatigués de hurler alors que personne ne leur ramènera leur passé, ni ne leur épargnera le futur. Fatigués de tomber pour rien. Fatigués de se sentir plus seuls à chaque assaut. Fatigués de vivre dans la boue.
Cette guerre n'est pas la mienne non-plus. Pas mon pays, pas ma guerre, pas ma haine. Mais ce sont mes frères qui meurent ici. Ce sont des hommes de chair et de sang comme moi. On a juste une couleur différente en surface. Moi je suis noir comme la nuit qui m'entoure de son châle glacé, maintenant. Eux sont blancs comme un jour sous une mer de nuages... Mais noir ou blanc, quelle différence ? Ce sont mes frères. Je vais aller les chercher. Je vais devenir indestructible pour les rassurer. Je vais devoir mentir pour qu'ils puissent rêver. Oui, ces hommes du front sont redevenus des enfants... Des enfants à qui l'ont devra sourire, qu'il faudra bercer de mots et de promesses que nous ne tiendront jamais. Si seulement on pouvait les tenir... Oui, les rassurer. Qu'ils se sentent en sécurité. Que ceux qui doivent rejoindre la terre puissent s'en aller le cœur un peu plus léger. Il faudra que je dise les mots doux qui calment. On oubliera la guerre. On oubliera les paysages dévastés. On oubliera la peur, le sang, et les tranchées. Je serai invincible. Nous, « les nègres », on s'oubliera nous-mêmes pour sauver les hommes du jour. Nous créerons une bulle de rêves et de mensonges agréables. Je crois que mentir est parfois une bonne chose. À quoi bon se torturer de réalité quand on est presque certain de mourir ? En quoi est-il si inconcevable de mentir pour permettre aux autres de sourire ? Moi je veux qu'ils se reposent dans mon oasis de rêves, de promesses et de mensonges, si ça peut les aider à vivre un peu plus. Si ça peut les sauver. Les apaiser. Je les nourrirai d'espoir et leur permettrai de s'évader, d'oublier la douleur de leur corps en restant dans leur esprit. Et puis au fond, je me rassurerai moi-même je crois.
Les blancs qui ont conquis et se sont appropriés nos terres nous appellent au-secours. Beaucoup des hommes de nuit, détestent ces gens. Ne veulent pas les aider. Moi je leur dis que les hommes qui meurent au front ne sont pas responsables de la guerre. Aucun homme sensé ne se jetterai dans la gueule de la mort sous prétexte qu'il a déclenché la bataille dans ces pays du Nord... Ce ne sont pas non-plus les hommes du front qui ont décidé qu'il fallait nous réduire en esclavage. Certains de leurs ancêtres étaient sans doute d'accord, mais à quoi bon s'entêter à garder la colère bouillante dans notre coeur ? D'autres sont aussi révoltés que nous. Comment savoir ? Ils sont tout autant victimes que nous l'avons été. Il faut les tirer de là. Il serait idiot de se faire exécuter parce qu'on n'a pas envie de leur venir en aide. La haine ne mène à rien. Ceux qui prennent les Grandes Décisions et qui ne vont jamais faire la guerre, eux ne méritent rien de notre part. Mais eux ils s'en fichent qu'un homme de plus ou de moins soit mort. Leur unique but est de gagner la guerre. Alors il ne servirait à rien de ne pas obéir. Juste à s'attirer des ennuis. Personne n'entendra jamais ce cri silencieux d'un homme noir. Et surtout pas ceux qui ont le pouvoir. Alors aidons nos frères du jour.
Nous sommes les tirailleurs Sénégalais. Et nous entrons en scène.
On ne voit pas la lune sous ces nuages. Aucune lumière ne nous guide. Nous sommes seuls face à la mort et à la nuit. Juste orientés par les coups de feu qui fusent tout autour. Le souffle saccadé des hommes qui courent pour semer l'ennemi résonne dans ma tête. Je vois le passé de ces hommes quand je les regarde. Parfois je vois aussi leur futur... Maintenant c'est moi qui marche dans ces tranchées boueuses. Non. Je cours. La boue m'éclabousse et gémit à mon passage. Mais moi je n'entends que leur souffle, à ces hommes épuisés que je vais chercher. Quelques corps endormis à jamais commencent à pourrir. Quelques pelles sont restées enfoncées dans le sol. J'ai l'impression de marcher dans un couloir fantomatique. Comme si des ombres m'accompagnaient, m'auréolaient de leur passé. J'ai l'impression de marcher à travers le temps. Je vois la prairie verte et quelques fermes de vieux bois. Le soleil. Je vois ensuite la pluie. La pluie d'obus qui a massacré le paysage. Je vois les gens qui fuient. Je vois leurs visages terrorisés. Leur détresse. Leurs larmes. Je vois leur sang aussi. Les cendres de leurs maisons. Puis je vois les tranchées, la boue, les fusils et les pelles. La figure effarée des jeunes adultes qui tremblent sous leur casque. Je vois leurs corps exploser dans un souffle. Je ressens la douleur. J'entends leurs cris. Tout se déchaîne, tout tourbillonne dans ma tête, tout devient flou. Puis plus rien. Un grand vide. Je crois que je viens de voir à quoi ressemble la mort. Mais j'ai trouvé sa faiblesse. Et les ombres s'enfuient. Je suis devenu invincible et la mort a peur de moi.
Les coups de feu s'approchent. Je suis dans la bonne tranchée. L'écho dans ma tête grandit. M'Bossolo arrive. M'Bossolo va vous aider. Oui. Me voilà. Je crois voir et entendre les hommes. Seules des formes confuses dansent devant mes yeux. Il faut s'habituer à la nuit. Les silhouettes floues sont près de moi. Je les ai trouvés. Je te vois tomber dans la boue à mes pieds. Je te vois et je m'arrête pour te porter. Je ne connais pas ton nom mais qui que tu sois je vais t'emmener loin. Tu es bien fatigué. Mais M'Bossolo est arrivé. Tu vas pouvoir te reposer. Voici les tirailleurs Sénégalais.
Mélody ©
Inscription à :
Articles (Atom)