Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

dimanche 18 décembre 2011

La Quête du Robot

Il était une fois un gentil robot qui se nommait XRP2.
Bien qu’il fût le plus sophistiqué des robots de son époque, sa vie n’en était pas moins teintée de questions et de doutes et son quotidien comportait des aspects bien difficiles à concilier : la passion mais aussi l’ennui, le bonheur mais aussi la tristesse, l’impression d’être à sa place mais aussi une insupportable sensation de passer à côté de “quelque chose”.
Certains jours, sa vie avait un sens évident et il se sentait alors porté par une joie incommensurable ; d’autres jours, il se demandait pourquoi cet obscur ingénieur dont il a entendu parler lui a donné le jour et il sombrait alors dans un désespoir profond où les seuls rayons de lumière provenaient de ses nombreux voyants verts, bleus, rouges et blancs.
Ainsi, il ne se sentait pas aussi bien dans sa peau de cryoplastique à haute sensibilité que sa sophistication et son statut au sein de la communauté des robots permettraient de l’imaginer.
« C’est pourtant vrai, se dit souvent XRP2, que j’ai toutes les raisons du monde
d’être le plus heureux des robots. Je dispose de tout ce dont un automate peut rêver : une station de travail ultra-moderne, des robots-collaborateurs dévoués et efficaces, une réserve d’énergie illimitée pour mon alimentation électrique, une soucoupe volante dernier cri... et tant d’autres choses encore. »
Bien sûr, par moments, XRP2 est effectivement très heureux.
Et s’il peut l’être, c’est qu’il est le premier automate à disposer d’un générateur d’émotions.
En théorie, ce dispositif lui permet d’être heureux sans limites ; et il lui est même arrivé de s’offrir le luxe d’« être heureux d’être heureux » !
Mais cela ne se produit que lorsqu’il a réussi à sélectionner le bon programme dans sa banque de données.
Bien souvent, et sans qu’il sache pourquoi malgré ses nombreuses investigations
techniques, il y a des jours où il n’y parvient pas. Il a l’impression que des données parasites viennent perturber le contenu de sa mémoire ultra-sophistiquée.
Si seulement l’ingénieur qui l’a conçu pouvait lui donner son schéma de montage,
ainsi que sa programmation initiale, la seule à laquelle XRP2 n’ait pas accès, il pourrait peut-être élucider son problème.
Mais on dit que l’ingénieur s’en est allé dans une autre partie de la galaxie depuis que les robots ont pris le pouvoir sur la terre.
« J’ai beau faire partie des robots auto-programmables à circuits auto-générés, se dit tristement XRP2, je n’en reste pas moins incapable de ressentir le bonheur en permanence.
Si au moins je n’y avais pas goûté, ma vie serait sans doute supportable, comme celle des autres robots qui m’entourent.
Et si cet imbécile d’ingénieur n’avait pas conçu un générateur d’émotion à double polarité ! Pourquoi a-t-il permis que ce circuit génère autant d’émotions désagréables que de ressentis agréables ? C’est d’un stupide ! »
Et justement, alors qu’il s’agite de la sorte, XRP2 fabrique une émotion qui lui déplait : la colère...
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J'ai écris ces quelques lignes il y a bien longtemps, dans l'idée de poursuivre l'histoire. Et puis j'ai été bien occupé, et le suis encore, si bien que ce projet en est resté au stade de "graine d'histoire".
Si vous avez envie de la "faire pousser", en lui offrant le terreau de vos idées et en l'arrosant de vos belles émotions, voici quelques pistes que j'avais envisagées à l'époque...
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C’est l’histoire d’un robot ultra-sophistiqué (symbolisant, vous l'aurez compris, l’homme dans son entité physico-psychologique) qui souffre de la vacuité d’un quotidien sans saveur et part en quête de son identité et d’un sens à donner à son existence. Il finira par se trouver dans son “humanité” (qui symbolise la “divinité” que nous cherchons probablement tous à rencontrer en nous-même, chacun à sa manière).
• Le robot le plus sophistiqué de son époque: auto-programmable (sauf programme de base élaboré par l’ingénieur, que l'on peut peut-être comparer à son inconscient), circuits auto-générés, peau de cryoplastique à haute sensibilité, générateur d’émotions.
• Des “données parasites” l’empêchent d’être heureux en permanence.
• L’ingénieur qui l’a conçu a quitté la terre depuis l’avènement de l’ère des robots. La quête de XRP2 consistera à retrouver cet ingénieur puis à s’identifier à lui.
• Cette quête le conduira à découvrir un certain nombre de choses sur la vie. XRP2 pourrait faire une sorte de cheminement initiatique, avec la mise à jour de souvenirs enfouis dans ses mémoires, des prises de position qui l'impliquent mais aussi lui donnent le sentiment d'être heureux de se "réveiller" chaque matin, etc.
• XRP2 a été élevé par des “parents robots” chargés de son éducation. Son père, un robot de pointe, était “accro” du ZYT, un carburant qui dope les circuits mais les rend inopérants avec le carburant traditionnel et, surtout, les use prématurément.
Sa mère,également robot de haut niveau, n’était pas plus capable que son père de programmer le générateur d’émotions d’XRP2 et pour cause : ils n’en avaient pas eux-même et, même s’ils pouvaient en concevoir vaguement le principe, ils ne pouvaient faire davantage.
Seul l’ingénieur-concepteur pourrait aider XRP2 sur ce plan. Mais où le trouver ?
• Ses “parents-robots” lui ont donné des programmes purement utilitaires et vitaux ainsi que des programmes-croyances sur ce que doit être la vie des robots.
• XRP2 va découvrir que les émotions des humains qui l’ont conçu et fabriqué se sont enregistrées en lui. De ce fait, il y a en lui des traces de “quelque chose” qui ne fait pas partie du monde des robots.
Il découvrira aussi qu’il lui arrive de ressentir des émotions sans rapport avec la réalité des situations qu’il rencontre, car il réveille celles qui sont enregistrées en lui et qui ne lui appartiennent pas.
• XRP2 a un ami robot, ZXB4, qui lui est en tout point semblable ; lui aussi possède une très haute sensorialité : sa peau de synthèse peut percevoir toute la gamme des sensations tactiles, il peut saisir la finesse des goûts, des odeurs, des couleurs, etc. Si bien que tous deux sont très utiles au monde des robots, en explorant le monde et ses mille déclinaisons.
La seule différence avec XRP2, c’est qu’il ne possède pas de générateur d’émotions. Cela semble d’ailleurs lui rendre la vie plus facile, car rien ne peut l’affecter. En même temps, il ne connaît pas non plus les moments de joies que XRP2 expérimente parfois.
• XRP2 va découvrir peu à peu les moments de son passé au milieu des humains :
- sa conception, qui a laissé des traces de l’ingénieur avant même que les premiers circuits de XRP2 soient soudés ;
- sa fabrication. Les moindres paroles de tous les techniciens et collaborateurs de l’ingénieur sont enregistrés. Il n’en revient pas de sa découverte. Il va aussi découvrir que se trouve enregistrée en lui toute son histoire jusqu’à aujourd’hui.
• XRP2 découvre alors que l’ingénieur ne l’a pas doté que d’un générateur d’émotions mais aussi d’une sorte de circuit mémoire qui fonctionne à son insu et même quand il ne fonctionne apparemment pas. Il n’a pourtant jamais été possible de constater la moindre consommation électrique en dehors des périodes de fonctionnement, autres que celle considérée comme indispensable pour les dispositifs de veille.
Une sorte de “boîte noire”. L’ingénieur aurait-il l’intention de revenir pour examiner le contenu de cette boîte noire ?
• XRP2 découvre alors qu’il sait bien plus de choses qu’il ne le croyait sur lui-même et sur la vie. Du coup, il se sent moins vide, une grande curiosité s’éveille en lui et il a envie d’explorer ce nouvel espace-temps qui se révèle à lui. Mais il se sent toujours aussi seul, et peut-être même davantage. Quand il a eu envie de parler de ses découvertes aux autres robots, ceux-ci l’ont pris pour un détraqué :
« C’est sûr, quelque chose ne doit pas fonctionner dans ses circuits. Il va falloir le réviser et peut-être enlever les éléments défaillants. Mieux vaut qu’il ne dise rien plutôt que des bêtises que nous ne pouvons pas comprendre. »
• XRP2 peut ressentir des choses comme la culpabilité, l’humiliation.
• En fait, XRP2 va finir par découvrir qu’il a une conscience d’humain, une vraie ! L’ingénieur est le premier être humain a avoir créé un autre être ayant le même niveau de conscience, car il s’était lui-même hissé jusqu’au niveau de son propre ingénieur-concepteur, c’est-à-dire jusqu’à avoir lui-aussi développé la capacité de créer tout ce que sa pensée peut concevoir.
• L’emballement des circuits de XRP2 quand il travaille avec une tension émotionnelle sur des calculs aux résultats desquels il est émotionnellement attaché. Aucun autre robot ne connaît cela et XRP2 commence à se demander si son aptitude unique à ressentir la joie (entre autres émotions) vaut tellement la peine, au point de subir tant d’inconvénients : ressentir la tristesse et d’autres émotions désagréables, perturber son travail alors qu’il est le plus puissant calculateur jamais conçu.
« Plus je vais, moins je vais », conclut XRP2. « Ça ne peut plus durer ! »
• L’un des aspects de l’auto-programmation de XRP2 c’est que, par les nombreux sens dont il dispose (les classiques et bien d’autres, à développer), il nourrit sans cesse sa mémoire. Celle-ci, en retour, lui permet d’affiner sa sensibilité, ses stratégies d’appréhension de la réalité, ses modes de traitement de l’information, ses comportements.
Plus il reçoit de messages sensoriels, plus il devient performant, plus il devient... conscient. Et plus il devient conscient, plus il reçoit d’informations sensorielles.
Ainsi, avec son ami ZXB4, il fait partie des robots les plus évolutifs qui aient jamais été créés. Si bien qu’ils ont tous accédé à des postes à haute responsabilité dans le monde des robots.
• XRP2 est donc un robot capable de penser et de ressentir des émotions. Deux aptitudes que beaucoup n’ont pas encore dans le monde des robots. Certains ne disposent que de l’aptitude de base : fonctionner pour accomplir un certain nombre de tâches, sans savoir ce qu’ils font et sans pouvoir l’apprécier le moins du monde.
• C’est alors que XRP2 se prend de compassion pour tous ces robots (encore une émotions : son générateur d’émotion marche à merveille !) et il entreprend de fabriquer lui-même un générateur d’émotions semblable au sien afin de l’installer à tous les robots, ainsi qu’un générateur de pensées.
« Ainsi, se dit-il, nous serons tous semblables, avec le même potentiel : nous pourrons échanger nos pensées et nos ressentis, et je ne me sentirai plus seul.
Erreur ! XRP2 ne s’est jamais senti aussi seul qu’à partir du jour où il a fait connaître son projet : les robots du Directoire Mondial (qui ont tous un générateur de pensée, mais pas de générateur d’émotion) n’étaient pas du tout d’accord. Ils n’étaient pas du tout désireux d’explorer le monde de l’émotion qui, dit-on, avait fait tant de dégâts chez les humains. Trop risqué, selon eux...
Quant à donner à tous les robots le pouvoir de penser, ils considèrent que cela est trop dangereux : leur maintien au pouvoir s’en trouverait remis en question. Or, qui mieux qu’eux pourrait gouverner ?

Zécridémo ©

La Quête du poète

Saint-Pétersbourg, le 4 Novembre 1994.

Mon petit chaperon couleur pervenche,

Mon voyage se poursuit, interminable, j'avale des centaines de kilomètres, goulûment, sans parvenir à apercevoir l'horizon de ma quête. Après Tallin en Estonie, c'est à Saint-Pétersbourg que je séjourne. Tout y est grandiose, magnifique, époustouflant... le musée, le théâtre, les églises... J'ai même trouvé un hôtel accessible et presque décent. Mes journées s'écoulent, je vagabonde, je l'imprègne de la Russie... et je me sens toujours aussi incomplet, creux.
Si tu savais comme c'est dur, ma sœurette... et qu'est-ce que tu me manques... c'est si fastidieux de vivre en vagabond, sans chez-soi, avec à chaque instant un détail qui me rappelle que je suis un intrus, un étranger, et que la France est si loin ! De la terrasse de café ou je me suis installé, je peux apercevoir des lettre cyrilliques partout, des gens qui s'interpellent dans un charabia incompréhensible... qu'est-ce je ne donnerais pas pour entendre de nouveau tinter à mes oreilles ma langue bien-aimée tout autour de moi ! Paris me manque tant...
Tu me penses masochiste, n'est-ce pas ? M'exiler volontairement comme ça, à poursuivre un idéal inaccessible, me faire souffrir pour rien ? Maman ne cesse de me répéter que je suis fou. Je pense que tu es la seule à pouvoir me comprendre. Moi je pense que mon exil est nécessaire. Je pense que le voyage est la voie de prédilection du poète. Du Bellay, Hugo, tant d'autres ont écrit leurs plus beaux poèmes loin des leurs... Oh la la ! Ce que je peux être présomptueux ! Comment puis-je me comparer à eux comme ça ? Bien souvent je me dis que je suis un imbécile complètement à côté de la plaque.
Mais non, vraiment, je pense que mon tour de l'Europe, dût-il durer dix ans, constituera un pilier maître de ma quête et mon œuvre poétiques. Je sens que ce voyage peut m'apporter un maturité qui me permettra d'écrire mieux, qui m'aidera à faire des mots mes amis. Cette expérience sera un élixir dans mes veines, qui enrichira mon âme et adoucira mes phrases. Tant pis pour les souffrances que je m'inflige ce faisant. Écrire passe avant tout.
Ne me demande pas de revenir, je t'en prie ! Cas j'ai très peur de ne pas pouvoir résister à cette tentation. Et ce serait trahir la langue au profit de mon cœur, de ma faiblesse naturelle. Ne le prends pas contre toi, car ce serait te fourvoyer et souffrir pour rien. Je t'aime plus que n'importe qui au monde. Mais la poésie et les mots m'enveloppent comme un manteau chatoyant à chaque pas que je fais, ils sont nichés au creux de ma poitrine, comme un second cœur qui m'imposerait son rythme, et se déploient en arabesques dans mon âme. C'est plus qu'un devoir, c'est une nécessité, un besoin vital, jouissif et douloureux, de tout leur sacrifier.
Au fond, je pense que la vie d'un poète, c'est ça : s'effacer derrière ses mots, tout leur sacrifier. Mon moyen à moi de leur rendre hommage, c'est de souffrir pour eux. Le voyage me semble une démarche raisonnable, raisonnée et tout à fait justifiée. Aux orties ma faiblesse ! Je ne renoncerai pas à mon Iliade. Je veux effacer mon quotidien de ma vie,et ne garder que ces grande pans de géographie, ces rencontres, ces imprévus qui constituent la clé de voute d'un voyage, pour les offrir à mes mots. Quand j'aurai tout donné, tout perdu, alors je pourrai revenir, et je te serrerai dans mes bras pendant trois lunes s'il le faut pour rattraper le temps perdu, petite princesse !

Allez, je cesse de t'importuner. Je t'aime, ma petite soeurette... embrasse tout le monde.

Je ne t'oublie pas.

Ton poète préféré.

Célestine ©








N.B. Ici je n'ai aucune prétention d'écrire quelque chose d'universel ; ce n'est pas mon amour des mots que je décris, d'abord il n'est pas assez fort, ni la passion des écrivains en général ; mais c'est une branche de l'infinité des possibles. J'ai créé un personnage. Sa passion tumultueuse s'est imposée à mon esprit, contre ma volonté. Libre à toi, cher lecteur, de le traiter de fanatique, de sectaire, de psychopathe, ça ne me regarde pas. C'est lui, ce n'est pas moi, c'est mon poète, tout simplement. Je n'ai aucune emprise sur sa vie et son destin.

samedi 17 décembre 2011

Dédicace.

Jennsen. Un nom, un surnom, un pseudo, une identité.
Comme vous voulez.
Mélody, Méli, La Mélody Des Mots.
Mon trésor.
On est plus que différentes, c'est ce qui nous a fait nous rapprocher, je crois.
Un jour, quelqu'un a dit qu'on se complétait.
Elle, une rigueur d'écriture, moi, une liberté de ton.
Je crois que c'est assez vrai.
Elle m'a permis d'arrêter de me poser des questions, genre les questions super chiantes du type "Mais qu'est-ce que je fous là, bordel ?". Elle m'a appris à aimer la vie, et à m'aimer moi, elle m'a appris à être heureuse, à me satisfaire de ce que j'avais.
Elle m'a appris à vivre, en fait.
Je suis bizarre, et même si parfois c'est bien, tu te demandes si t'as ta place parmi les autres, si t'as le droit d'être là.
Si t'es légitime.
Avec elle la question ne se pose même plus. Chaque personne a son utilité, même infime soit-elle. Elle a supporté tous mes pétages de plomb, toutes mes déprimes dégoulinantes de pathos, sans broncher.
Sans elle, je ne serais pas sur le blog aujourd'hui. Je n'écrirais pas autant, je serais peut-être un mouton prototypé et superficiel kikoolol, je serais peut-être aussi tout le contraire, je ne sais pas.
Ce que je sais c'est que sans elle, je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui.
Elle m'apporte énormément pour l'écriture, et tous les textes que j'ai fait, je les ai fait en me demandant si ça lui plairait, si à tel endroit elle serait touchée, si à tel endroit elle rirait.
C'est elle qui m'a convaincu (avec bien du mal) pour le blog, c'est d'elle qu'est né ce projet, et je sais que son entêtement et son enthousiasme inébranlable la feront aller loin.
Parce qu'elle est douée, et qu'elle croit à ses rêves.
Un jour, un ami nous a dit : "la réalité est une insulte à nos rêves".
Elle lui a demandé pourquoi ce ne seraient pas nos rêves qui seraient une insulte à la réalité.
S'ensuivit un long débat fortement animé.
Je crois que personne n'a raison.
La vie ne serait pas ce qu'elle est là sans les rêves pour nous évader, et les rêves ne seraient pas ce qu'ils sont sans la vie pour nous rattacher à une réalité.
Ce sont les rêves qui permettent d'égayer la vie, c'est la vie qui permet de réaliser les rêves. L'un n'insulte pas l'autre.
L'un aide l'autre à faire son chemin.

Un jour, les hommes ont rêvé de marcher sur la lune.
Quel rêve stupide n'est-ce pas ?

Jennsen ©

mardi 13 décembre 2011

Taureau contre torero

En classe de troisième, j'avais eu une petite rédaction sur deux points de vues à faire : le point de vue du taureau qui va entrer dans l'arène pour la corrida, et celui du torero...

Le taureau

  Je tourne, je piétine. Je sens monter en moi une peur et une nervosité que je suis incapable de contrôler. 
Malgré l'espace restreint dont je dispose, dans cette prison de fer, je m'agite et ne cesse de trépigner dans ma cage. 
Les gens, libres de bouger eux, semblent prêter attention à quelque chose que je ne vois pas, et cela me rend encore plus nerveux. 
Que fais-je ici ? Pourquoi m'a-t-on enfermé dans cet endroit si petit ? Et puis, que regardent-ils qui les intéressent tant, ces gens ? 
J'aimerai partir, pouvoir courir dans une prairie verdoyante où je serai libre. Je n'aurai plus peur ; je n'aurai plus de limites. J'aimerai rencontrer des gens et leur faire comprendre que je n'obéirai plus à leurs lois stupides. 
Mais mon rêve ne dure qu'un instant. Déjà j'entends le bruit qui témoigne de la présence d'une foule. Beaucoup de monde. Des inconnus... Puis plus rien. Des hommes s'approchent de mon enclos, de moi. Et ma peur me donne le tournis ; alors nait en moi une fureur qui me rend presque aveugle. 
Une intuition me tord les boyaux : je ne reviendrai pas ici, je ne reviendrai nulle part.


Le torero

J'entrerai bientôt. Cette fois, je compte bien prouver ma valeur. J'imagine déjà les gens, dans les gradins, m'acclamant alors que le taureau gît à mes pieds, vaincu. 
Mais il n'est jamais bon de se croire supérieur aux autres, j'ai payé pour le savoir, la dernière fois. J'ai failli y laisser la vie.
Mais il n'est jamais bon non plus d'être pessimiste. Je me suis bien entraîné, je n'ai aucune chance d'être la victime encore une fois. J'ai développé de nombreuses stratégies, je connais mon devoir. 
Désormais, le trac remplace tous mes sentiments. Les portes s'ouvriront d'une seconde à l'autre, et je sais ce que je dois faire. Mais j'ai quand-même peur. 
Mes yeux se posent sur le magnifique vêtement que j'ai l'honneur de porter aujourd'hui. Oui, cette fois, j'espère vraiment que la gloire et le succès me souriront.

Mélody ©

Je sais, je parle de corrida en ce moment, c'est que j'ai retrouvé des rédaction sur cette séquence, donc j'en profite pour les mettre ! Et ne vous affolez pas si vous voyez le mot "corrida", je suis du genre sensible, alors pas d'horreurs, promis !!!

lundi 12 décembre 2011

Le rêve

Une ombre apparut sous mes yeux
Que j'ouvris grands pour contempler
La plus belle de toutes les beautés
Affichant un sourire radieux

Ses cheveux couleur de soleil
Ses yeux bleus remplis d'étincelles
Illuminaient mon doux sommeil

J'ai cru que le rêve était encore là,
Que je plongeai dedans pas à pas.
Mais plus de belle princesse,
Qui me laisse dans ma détresse...

Son souvenir me hante,
Son visage, il m'appelle
Ses yeux font couler mon encre,
Pendant que sonne le réveil.

J'ai passé la journée à penser.
Mais ça ne me l'a pas ramenée,
Le soleil était parti de ma nuit,
Et la lune se levait sur ma vie.

Mélody ©

Une corrida pas comme les autres

Ce texte est une rédaction faite à partir d'un autre texte, il fallait faire la suite. Voilà la fin du texte original de Manuel Chaves Nogales (titre du livre : Juan Belmonte, matador de taureaux) :

« Mais une nuit, un incident vint bouleverser toute la hiérarchie de cette société d'anarchistes. Conformément à la coutume de combattre l'animal le plus grand que nous trouvions, nous séparâmes un colosse qui, au lieu de chercher la fuite comme les autres, répondit avec maestria dès les premiers appels. Nous qui étions habitués à des adversaires moins combatifs fûmes déconcertés par les attaques répétées de cet imposant taureau. A peine voyait-il s'avancer l'ombre d'un torero qu'il se précipitait dessus comme une flèche. En cinq ou six assauts, il avait semé la panique dans la bande et s'était rendu maître de la petite piste, lançant fièrement des coups de corne à la lune. Mes compagnons retranchés derrière les abris de planches n'osaient plus le provoquer. 
"Amène-le là-bas ! demandait l'un.
- Appelle-le par ici ! conseillait l'autre.
- Éloigne-le de moi !" suppliait un troisième.
Mais à la vérité personne n'était capable de faire quoi que ce soit avec l'animal qui triomphait.
Ainsi, c'est lui qui va gagner ? pensai-je. Ce serait donc le taureau qui nous ferait la faena ?
J'attendis quelques secondes, vibrant de peur, d'émotions peut-être. Ce n'était pas mon tour de défier le fauve. Il y eut un temps très long, me sembla-t-il, durant lequel aucun de mes camarades ne bougea. Le taureau trônait au milieu d'une cour de petits toreros recroquevillés. Tout près de moi gisait la veste*, abandonnée dans la panique. J'allongeai le bras pour la saisir. Dès que je l'eus en main, je me dressai, et, à pas comptés, je m'avançai vers le taureau.»
* la veste servait de cape pour attirer le taureau.

Et donc, maintenant, voilà ma suite, mon dénouement :

Toujours prudent, je faisais attention à chacun de mes pas sur le sol terreux dépourvu de verdure.
Mes jambes étaient lourdes. Désormais j'étais sûr que le courage n’effaçait pas la peur.
J'allai pouvoir aider mes amis, et cette idée ne devait pas quitter mon esprit, aussi terrifié soit-il, car elle était la seule chose qui me retenait et m'encourageait.
Soudain, le visage d'un de mes compagnons attira mon attention. Il était visiblement paniqué ; peut-être même autant que moi.
« Si je réussis, me dis-je, je compterai certainement plus pour les autres. Mais mon geste n'aura été que pure folie, si je perd ce combat. Sauf si j'arrive à distraire le taureau le temps que mes amis prennent la fuite. »
J'essayai tant bien que mal d'afficher un visage serein à mon confrère, puis désignai la sortie, en faisant le va-et-vient avec mes yeux. Il sembla comprendre.
Mais je devais avant tout rester concentré. Heureusement, le taureau ne me voyait pas. Du moins il n'en avait pas l'air.
Je crois qu'il fixait quelque chose derrière la clôture, mais il faisait trop sombre pour que je voie quoi que ce soit. Je fis encore quelques pas, sans bruit.
Bizarrement, j'avais l'impression que le temps était ralenti. Et pourtant, tout se passait si vite ! Mes sentiments se mélangeaient trop pour donner quelque chose de concret.
Je plissais les yeux pour ne rien voir si ce n'est un taureau dont la carrure me terrorisait.
Il se retourna doucement, tout à fait paisible.
Mes genoux se mirent à trembler.
Et là, à un moment totalement inattendu de ma part - ou peut-être un manque d'attention -, l'animal se mit à courir très vite, dans ma direction, inébranlable.
Mon sang ne fit qu'un tour. Pas le temps de réfléchir, il fallait que j'agisse avant de me retrouver sous les sabots de mon adversaire, ou projeté dans les airs.
Je brandis la cape, puis fis un saut sur le côté. Le taureau s'arrêta presque aussi vite qu'il avait couru. Se tournant vers moi, je rencontrai son regard et y trouvai quelque chose que je n'avais jamais vu dans les yeux d'un taureau : de l'intelligence.
Je ne détournai pas la tête, car son regard semblait planté dans le mien, le sondant profondément. J'étais littéralement captivé par ma découverte. Sidéré même.
Après m'avoir toisé au moins une minute, - bien que cela ne fut qu'une impression, sans doute - le bel animal dont la robe brune tâchée d'orange sur la nuque se retourna à nouveau très lentement, et se dirigea vers la sortie, qu'il défonça ou broya, à l'aide de ses cornes et de sabots maculés de boue maintenant sèche.
Je regardais cette scène, totalement incapable de bouger, l'esprit en ébullition.
Le taureau avançait d'un pas lent mais assuré. Il y avait quelque chose d'humain dans cette bête au regard d'acier, j'en étais persuadé.
Ce qui m'avais stupéfié dans ses yeux, c'était la présence d'un calme et d'une analyse de la situation qui me laissait sans voix, pensif. Cette montagne de muscle semblait si sereine que je me demandai si elle ne m'avait pas transmis son silence intérieur.
Mais tout à coup, un de mes camarades surgit de derrière un épais buisson, brandissant un couteau qu'il portait d'habitude à la ceinture. Il visait le taureau, bien-entendu. Je ne voulais absolument pas qu'il tue cet animal, car j'éprouvais de... l'amitié... pour lui, et j'en fus le premier surpris.
Je n'ai pas cherché à comprendre.
Je me jetai sur Riverito, car il s'agissait bel et bien de lui, mais la distance qui nous séparait était trop grande; je n'avais aucune chance de le stopper à temps.
Mais le taureau, lui, ne manqua pas sa chance. Il décocha un formidable coup de sabot, aussitôt suivi d'une charge furibonde, tête baissée. Riverito fut projeté en l'air, puis s'écrasa dans la poussière.
Les nuages s'étant écartés de la lune, j'avais tout vu clairement.
Mon compagnon ne se relevait pas, ce qui n'avait rien d'étonnant, après un tel choc. Et le taureau s'éloignait déjà, au galop, vers une clairière d'où nous l'avions sortit, dans les bois.
Riverito, loin d'être mort, souffrait de ses multiples fractures. Sa jambe cassée, comme de nombreuses côtes, avait ouvert un nouveau passage au sang, qui s'étala dans la terre pour laisser une grande tâche pourpre, preuve des dégâts causés par la bête impressionnante. Un peu du même liquide coulait de sa tête, mais après une inspection scrupuleuse, accompagnée des gémissements de mon compatriote, je déclarai qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Je parlais seulement de sa tête bien-sûr.
Le blessé perdit connaissance, et les autres membres de l'équipe s'étaient enfuis comme je l'avais proposé. Tous se pressaient derrière la barrière, puis vinrent récupérer le seul homme trop prétentieux pour battre en retraite, c'est à dire avouer qu'il avait peur, et qui l'avait payé au prix fort.
Je restai planté là, regardant dans la direction que le taureau avait suivie. Cette aventure s'était passée si vite ! Mais son intensité resterait à jamais gravée dans ma mémoire.

Mélody ©

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