« Je sentais son souffle sur ma peau. Nous étions si proches, désormais... »
Devant son ordinateur, Alix écrivait, comme d'habitude. C'était plus qu'un besoin, ou une passion, c'était... une manière de vivre.
Écrire.
Plus qu'un refuge. Plus qu'un désir. Plus qu'une histoire. L'écriture faisait partie de lui. Comme ses membres.
Écrire.
Il était hypnotisé par sa propre œuvre. Comme si, la première fois, la première phrase, le premier mot, lui tournaient toujours dans la tête et lui criaient de ne pas les abandonner.
Écrire.
Comme si il était victime de son histoire, comme si il ne maîtrisait plus ses doigts qui tapaient comme des fous sur les touches noires aux lettres blanches.
Écrire.
Comme si, scènes après scènes, l'histoire se dessinait dans sa tête à l'infini et que le devoir sacré d'Alix était de décrire tout ce qu'il voyait.
Écrire.
Comme une marionnette dont les mots tiraient les fils.
Écrire.
Comme si ce n'était plus son histoire, son imagination, mais plutôt un pouvoir, une aptitude divine qui peignait des scènes colorées dans sa tête.
Écrire.
Comme si il était possédé par les mots, en fait.
...
...
Il avait milles idées, milles images, milles songes qui lui traversaient l'esprit.
Écrire.
Son seul regret était de ne pas pouvoir taper sur les touches aussi rapidement que ses idées venaient. Pour Alix, le supplice suprême de l'écrivain était de ne pas pouvoir tout écrire.
Ne pas pouvoir tout écrire.
Non.
Alors ses doigts frappaient plus vite.
Possédé.
Écrire. Écrire plus vite. Tout écrire.
En vérité, un seul mot tournait en rond dans sa tête, mais à partir de lui tout prenait forme, les couleurs venaient, tout se dessinait, de plus en plus précisément. Comme une voix résonnant dans sa tête. Quelque chose de pur, de sacré, de divin. Mais d'infernal aussi, dans le sens où toujours le même mot revenait à la charge. Toujours le même. Mais il avait tellement de sens à lui tout seul.
Écrire.
Un seul mot.
Un seul désir.
Écrire.
Et cette résonance dans sa tête à chaque fois que cette voix intérieure le prononçait.
Et ce silence à la fois, qui engloutissait tout.
Et ce sentiment d'impuissance face à cette infinité d'images qui défilaient dans ses yeux, sans pouvoir toutes les décrire en même temps, assez vite, avant d'en oublier la plupart.
Écrire.
Comme une vague, Alix était submergé par les mots et les films, les images. Comme une tempête. Un tourbillon.
Écrire.
Un ouragan.
Écrire.
Un tsunami.
Écrire.
La tension montait, montait. Toujours plus haut. Toujours plus vite.
Écrire.
Elle montait toujours. N'en finissait plus. Comme un orage dont on attend la foudre avant que tout retombe.
Écrire.
La tension était à son maximum.
Écrire.
La foudre tombe.
Puis plus rien. Juste le vide. Le silence qui pèse presque autant que l'attente de la foudre. Le silence qui envahit jusqu'à l'esprit. Comme la marée du tsunami. Tout est englouti. Et soudain le mot ravageur.
Puis plus rien. Juste le vide. Le silence qui pèse presque autant que l'attente de la foudre. Le silence qui envahit jusqu'à l'esprit. Comme la marée du tsunami. Tout est englouti. Et soudain le mot ravageur.
Écrire.
Mélody ©
La
pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de
l'écrivain.
Julien Green
Julien Green