Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

samedi 7 avril 2012

Possédé par les mots

« Je sentais son souffle sur ma peau. Nous étions si proches, désormais... »

Devant son ordinateur, Alix écrivait, comme d'habitude. C'était plus qu'un besoin, ou une passion, c'était... une manière de vivre.
Écrire.
Plus qu'un refuge. Plus qu'un désir. Plus qu'une histoire. L'écriture faisait partie de lui. Comme ses membres.
Écrire.
Il était hypnotisé par sa propre œuvre. Comme si, la première fois, la première phrase, le premier mot, lui tournaient toujours dans la tête et lui criaient de ne pas les abandonner.
Écrire.
Comme si il était victime de son histoire, comme si il ne maîtrisait plus ses doigts qui tapaient comme des fous sur les touches noires aux lettres blanches.
Écrire.
Comme si, scènes après scènes, l'histoire se dessinait dans sa tête à l'infini et que le devoir sacré d'Alix était de décrire tout ce qu'il voyait.
Écrire.
Comme une marionnette dont les mots tiraient les fils.
Écrire.
Comme si ce n'était plus son histoire, son imagination, mais plutôt un pouvoir, une aptitude divine qui peignait des scènes colorées dans sa tête.
Écrire.
Comme si il était possédé par les mots, en fait.
 ...
Il avait milles idées, milles images, milles songes qui lui traversaient l'esprit.
Écrire.
Son seul regret était de ne pas pouvoir taper sur les touches aussi rapidement que ses idées venaient. Pour Alix, le supplice suprême de l'écrivain était de ne pas pouvoir tout écrire.
Ne pas pouvoir tout écrire.
Non.
Alors ses doigts frappaient plus vite.
Possédé.
Écrire. Écrire plus vite. Tout écrire.
En vérité, un seul mot tournait en rond dans sa tête, mais à partir de lui tout prenait forme, les couleurs venaient, tout se dessinait, de plus en plus précisément. Comme une voix résonnant dans sa tête. Quelque chose de pur, de sacré, de divin. Mais d'infernal aussi, dans le sens où toujours le même mot revenait à la charge. Toujours le même. Mais il avait tellement de sens à lui tout seul.
Écrire.
Un seul mot.
Un seul désir.
Écrire.
Et cette résonance dans sa tête à chaque fois que cette voix intérieure le prononçait.
Et ce silence à la fois, qui engloutissait tout.
Et ce sentiment d'impuissance face à cette infinité d'images qui défilaient dans ses yeux, sans pouvoir toutes les décrire en même temps, assez vite, avant d'en oublier la plupart.
Écrire.
Comme une vague, Alix était submergé par les mots et les films, les images. Comme une tempête. Un tourbillon.
Écrire.
Un ouragan.
Écrire.
Un tsunami.
Écrire.
La tension montait, montait. Toujours plus haut. Toujours plus vite.
Écrire.
Elle montait toujours. N'en finissait plus. Comme un orage dont on attend la foudre avant que tout retombe.
Écrire.
La tension était à son maximum.
Écrire.
La foudre tombe. 
Puis plus rien. Juste le vide. Le silence qui pèse presque autant que l'attente de la foudre. Le silence qui envahit jusqu'à l'esprit. Comme la marée du tsunami. Tout est englouti. Et soudain le mot ravageur.
Écrire. 


Mélody ©


La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l'écrivain.
Julien Green
 

jeudi 5 avril 2012

Délire neuroleptique

Un jour, j’ai vu un parachute qui dégringolait du ciel. Dedans il y avait une orange, bien juteuse, et un citron prêt à exploser. Mais il n’explosait pas. Il se contenait. Pour pouvoir mieux savourer la chute. Pour pouvoir sentir à chaque seconde le jus de ses veines tressauter au fur et à mesure que le parachute fendait l’air.
Bientôt le parachute tombera. Et le citron pourra libérer le feu dévorant qui ronge son zeste, il pourra hurler son plaisir, et il mourra. Ce jour là, le soleil ne brillera pas, ce serait inconvenant. Personne ne pourra regarder. L’orange tombera, se détachera des liens qui la retiennent, et roulera jusqu’à la mer. Elle plongera dans l’eau glaciale, rampera sur le sol sableux, rencontrera toutes les créatures merveilleuses que l’océan referme, et n’en sortira jamais plus. Après tout, le citron sera mort, elle ne pourra plus être fruit parmi les fruits. Elle sera juste là, bille orange parmi les poissons globes et les corail couleur miel, parmi les étoiles de mer et les requins scie. Elle voguera, se prélassera, n’aura d’aise que de se laisser flotter au gré des vaguelettes.
Mais le parachute n’est pas encore tout à fait tombé. Il y a du vent dans le ciel, et le souffle impétueux ralentit son mortel atterrissage. La toile rouge est constellée de zébrures noires, et ce n’est plus un parachute, qui nage dans le crépuscule mousseux de la brune, c’est une coccinelle, qui entraine dans sa chute l’agrume jaune souffre et l’orange rondelette. La petite bête gracieuse est aux prises avec un doux mistral, elle s’enlise et s’embourbe dans les nuages crémeux, puis enfin, dans un dernier souffle, se pose sur la falaise de calcaire. Le citron, apaisé, sourit. Enfin il peut libérer le jus de sa chair. Il pousse, pousse, et pousse encore, comme un damné, hurle de ce plaisir trop longtemps contenu, sent le nectar des ses artères se répandre dans tout son être, et, après un ultime cabrement, la peau se fendille et le citron, en un dernier râle d’une intense jouissance, rend son dernier souffle.
L’orange est seule à présent. Son compagnon disparu, la coccinelle éventrée par un vent perfide trop rusé, elle est le dernier être du monde. Personne ne respire. Juste, le vent souffle, et la toile déchirée du parachute semble revivre, se gonfle d’arrogance et d’audace, avant de s’affaisser à tout jamais. La vie n’est que mensonge. Qui ose souffler ainsi ? Est-ce un dieu, trop gonflé de l’orgueil d’être un dieu, qui balaye de son haleine les petits mortels aux os trop fragiles ? Ou bien ce nuage, petit impertinent aux ailes gorgées de poussière, qui savoure sa bataille remportée ? Le ciel est trop pâle, le soleil trop vif, l’herbe trop verte, quelle plaisanterie est-ce là ? Le monde est vide à présent, pourquoi le peupler de tant de couleurs qui sonnent faux ? L’orange regarde l’horizon, et voit, au loin, la raison qui la pousse à encore vibrer. Une immense flaque d’eau, la plus grande qu’elle ait jamais vue. Elle est bleue. Bleu azur, bleu acier, bleu ardoise, bleu givré, bleu de cobalt, bleu canard, bleu dragée, juste, elle est bleue, et il y a tout qui se mélange. La mer, la ciel, et la terre.
L’orange roule.
Affamée par le désir de faire partie du décor. De n’être pas juste une tâche de couleur posée sur le tableau d’un peintre trop fatigué pour le finir. De ne pas être l’ultime pelote ambrée de cette vieille femme fatiguée, qui se meurt de ne pas avoir pu tout tricoter. De ne pas être le ballon de football solitaire sur le terrain déserté par les enfants qui ont grandi. De ne pas être, par pitié, cette orange rabougrie sur une falaise de calcaire, dernier être au monde capable d’entendre le hurlement ravageur du vent qui s’ennuie, de voir l’océan et sa palette de bleus infinis, de souffrir du soleil qui brille trop fort, et de cligner des yeux face à la Vie qui la dévore.
L’orange roule.
Ce n’est plus qu’une question de temps. Bientôt, elle sera là, la femme voilée de bleu, drapée de l’écume vaporeuse de la dentelle de sa robe, elle lui appartiendra, elle pourra se fondre en elle, et enfin, elle ne sera plus seule. À jamais libérée du fardeau insupportable que d’être l’unique chose qui reste. Il y aura des milliers de tortues de mer, de crabes géants, de poissons-clown, d’anémone visqueuses, de pieuvres cuivrées et de méduses voilées. Ça grouillera de vie, partout.
L’orange roule.
Elle en frémit de plaisir. Bientôt, les éponges de mer, les bulots lunatiques, les raies des profondeurs, les hippocampes, les requins-marteaux.
L’orange roule.
Les dauphins, les algues, les calamars, le bruit de l’eau qui s’entortille, les baleines, les langoustines rosées, les seiches vaporeuses.
L’orange ne roule plus.
Elle dégringole. Son hurlement muet se répercute contre les parois rocheuses de la falaise de calcaire. Le soleil ne semble briller plus que sur elle.
PLOUF.
La libération. L’espoir. La vie.
L’orange retient son souffle.
À des kilomètres à la ronde, pas le moindre signe de vie. Un silence fracassant. Un calme plat.
Le vide.
Aucune tortue, aucun poisson, aucune algue, aucune herbe folle, aucun mouvement, juste le néant et l’eau, trompeuse, perfide, qui la nargue.
L’orange frémit de rage. Au-dehors, le vent s’est arrêté de souffler.
En fait, il n’y a jamais eu de vent. Juste l’espoir un jour qu’il y en ait.

Jennsen ©

dimanche 1 avril 2012

La Tique et le Moustique

Mathilde la Tique, qui vend des produits antiques, est amoureuse de Joe le Moustique, un de ses clients antiquaires.
  
Joe, qui a son éthique, tique à cette perspective :
  
« Plutôt choisir la Voie Mystique que côtoyer cette Miss Tique !
M'imaginer mastiquer les mêmes globules, attablés tous deux au même mammifère, m'occasionne une souffrance hépatique !
Et puis, pas de métissage chez les moustiques. Mes enfants ? Qu'ils soient 100% moustiques et pas tiques ! »
  
Miss tique est triste et blessée de s'être ainsi trompée :
  
« Vraiment, ce moustique, il n'est pas ludique ! Qu'est-ce qui m'a pris d'avoir un ticket pour ce loustic ? »
   
Moralité : la bonne tactique, pour une dame tique, c'est de ne pas laisser son cœur faire "tic-tac" pour un moustique pathétique !
    
Zécridémo ©

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