Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

dimanche 21 juillet 2013

Eloge des mots

Ma main n'a jamais voulu dessiner. Une sorte de maladresse la saisit, elle se refuse à tracer ces grands traits habiles, si agréables à contempler. Ma main a préféré gribouiller. Donner naissance à des petites fourmis, qui s'étalent avec orgueil ou bien se serrent pour prendre moins de place. Petits signes irréguliers, tordus, chiffonnés.
Oui, ma main a préféré les mots.
Ces mots si petits qui disent des choses si grandes...
Ces grains de sable qui s'égrènent un à un du sablier de nos pensées, cadençant notre âme, rythmant notre vie.
Tous les arts savent nous faire vibrer, renvoyer à notre âme un écho de sa substance, la gonfler tout en faisant crier de plaisir notre esprit. Moi, je suis tombée amoureuse de la danse et des mots. La danse trace l'humain à grandes lignes de feu, brûlant puis disparaissant, happées par le passé ; mais la minutie méthodique de ces phrases tissées avec une patience infinie par l'homme depuis des siècles me fait frissonner.
Petites perles savoureuses... je vous aime à la folie.
Vous m'avez bercée, émue, portée, trompée, caressée. Vous vous êtes faits doux, piquants, salés, colorés, fondants ou croustillants. Comiques, tragiques, pathétiques, oniriques, tropiques, fantastiques... Des larges impressions aux plus petits détails ; des couleurs chatoyantes à la tristesse insondable de noirceur ; du doux à l'insoutenable. Les mots ne reflètent pas simplement l'imagination des hommes ; ils la portent, l'enrichissent, ils lui offrent une dimension nouvelle, somptueuse... voluptueuse !
Oui, et je n'ai nulle honte à l'avouer : ma relation aux mots est presque sensuelle.
J'aime ces mots bombardés énergiquement ou doucement soufflés, saisis goulûment ou savourés lentement.
J'aime ces mots qui m'emportent.
J'aime les mots.

Célestine ©

jeudi 11 juillet 2013

La Bombe

Sous un manteau de velours elle se cache
Mais dès qu'autour d'elle l'atmosphère s'embrase
Le feu sort de sa bouche ; c'est un dragon qui crache
Jusqu'à-ce que son ennemi, vaincu, s'écrase

Alors, reine du bal, elle revêt le manteau trompeur
L'ennemi vaincu plonge dans une illusion de douceur
Jusqu'à-ce qu'à nouveau le courroux face surface
Que la bombe, déchaînée, de sang marque ses traces

L'ennemi hurle de douleur, corps et cœur déchirés
La bombe n'entend qu'elle, à nouveau prête à exploser
Insensible et bouillante, aveugle et inconsciente
Dans une atmosphère de tourmente elle aime se baigner

Puis la pluie tombe enfin ; la bombe refroidit
La vapeur forme un nuage se dispersant dans la nuit
La bombe s'en va nonchalamment, recouvre ses esprits
Pour elle l'orage est passé ; la victime est anéantie

Mais elle n'oublie jamais, et elle retient toujours
Le prochain orage est proche, méfiez-vous, il accoure...


Mélody ©

vendredi 5 juillet 2013

L'assassin de la mort.

-Votre nom ?
-La mort.
-Très bien. Qu'avez-vous ?
-Je me sens faible docteur. Je me fais vieille, ma fin est proche.
Le docteur inspira un grand coup tout en gribouillant sur une feuille de papier.
-Je comprend tout à fait.
-Et puis si je meurs qui s'occupera des gens qui doivent mourir ?
Le sexagénaire considéra La mort un long moment avant de rabaisser son regard sur son stylo.
-Je crois que nous pourrions vivre éternellement.
-Mais si la mort meurt, que vont faire tous ces hommes ?
-Toute chose à une fin, madame.
La mort soupira.
-Si la mort venait à disparaître, quelle vie auriez-vous ? Réfléchissez, bon sang !
-Il n'y aurait plus de guerre, ce ne serait pas si mal. Écoutez, si il n'y a plus de mort cela voudrait dire plus de meurtre ni aucun crime contre des vies humaines, les hommes pourront enfin vivre en paix.
-Docteur vous êtes le vingt-troisième que je consulte et le vingt-troisième qui refuse de me guérir. Pourquoi ne pas m'aider ? Vous courrez à votre perte...
-Bon, posez votre faux et allez vous asseoir sur la couchette, je vais voir ce que je peux faire.
La mort obéit.
-Pour l’auscultation je vais vous demander d'enlever votre haut.
Elle enleva son linceul noir et dévoila ses os d'une pâle blancheur.
Le docteur plaqua son stéthoscope glacial contre l'une des côtes.
-Toussez pour voir...
La mort toussa.
-Encore une fois.
Et tout à coup, le docteur attrapa la faux, la leva bien haut et la lame s'abattit sur le crâne de La mort qui avait levé en vain son bras squelettique.
Après quoi, le cadavre s'effondra en un tas d'ossements.
Le docteur jeta à terre la faux et pensa à voix haute.
"Je ne pouvais pas vous guérir, vous étiez déjà morte"
Satisfait, il rangea négligemment les derniers vestiges de la mort dans son placard. A la fin de sa journée de travail, il les brûla dans son jardin comme un vulgaire feux de joie. Pourtant quelque chose le tourmentait depuis son fait. Si La mort était bien morte pourquoi avait-elle pu se faire assassiner ?

Candide Jr. (Wilhelm) ©

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