Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

dimanche 18 décembre 2011

La Quête du Robot

Il était une fois un gentil robot qui se nommait XRP2.
Bien qu’il fût le plus sophistiqué des robots de son époque, sa vie n’en était pas moins teintée de questions et de doutes et son quotidien comportait des aspects bien difficiles à concilier : la passion mais aussi l’ennui, le bonheur mais aussi la tristesse, l’impression d’être à sa place mais aussi une insupportable sensation de passer à côté de “quelque chose”.
Certains jours, sa vie avait un sens évident et il se sentait alors porté par une joie incommensurable ; d’autres jours, il se demandait pourquoi cet obscur ingénieur dont il a entendu parler lui a donné le jour et il sombrait alors dans un désespoir profond où les seuls rayons de lumière provenaient de ses nombreux voyants verts, bleus, rouges et blancs.
Ainsi, il ne se sentait pas aussi bien dans sa peau de cryoplastique à haute sensibilité que sa sophistication et son statut au sein de la communauté des robots permettraient de l’imaginer.
« C’est pourtant vrai, se dit souvent XRP2, que j’ai toutes les raisons du monde
d’être le plus heureux des robots. Je dispose de tout ce dont un automate peut rêver : une station de travail ultra-moderne, des robots-collaborateurs dévoués et efficaces, une réserve d’énergie illimitée pour mon alimentation électrique, une soucoupe volante dernier cri... et tant d’autres choses encore. »
Bien sûr, par moments, XRP2 est effectivement très heureux.
Et s’il peut l’être, c’est qu’il est le premier automate à disposer d’un générateur d’émotions.
En théorie, ce dispositif lui permet d’être heureux sans limites ; et il lui est même arrivé de s’offrir le luxe d’« être heureux d’être heureux » !
Mais cela ne se produit que lorsqu’il a réussi à sélectionner le bon programme dans sa banque de données.
Bien souvent, et sans qu’il sache pourquoi malgré ses nombreuses investigations
techniques, il y a des jours où il n’y parvient pas. Il a l’impression que des données parasites viennent perturber le contenu de sa mémoire ultra-sophistiquée.
Si seulement l’ingénieur qui l’a conçu pouvait lui donner son schéma de montage,
ainsi que sa programmation initiale, la seule à laquelle XRP2 n’ait pas accès, il pourrait peut-être élucider son problème.
Mais on dit que l’ingénieur s’en est allé dans une autre partie de la galaxie depuis que les robots ont pris le pouvoir sur la terre.
« J’ai beau faire partie des robots auto-programmables à circuits auto-générés, se dit tristement XRP2, je n’en reste pas moins incapable de ressentir le bonheur en permanence.
Si au moins je n’y avais pas goûté, ma vie serait sans doute supportable, comme celle des autres robots qui m’entourent.
Et si cet imbécile d’ingénieur n’avait pas conçu un générateur d’émotion à double polarité ! Pourquoi a-t-il permis que ce circuit génère autant d’émotions désagréables que de ressentis agréables ? C’est d’un stupide ! »
Et justement, alors qu’il s’agite de la sorte, XRP2 fabrique une émotion qui lui déplait : la colère...
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J'ai écris ces quelques lignes il y a bien longtemps, dans l'idée de poursuivre l'histoire. Et puis j'ai été bien occupé, et le suis encore, si bien que ce projet en est resté au stade de "graine d'histoire".
Si vous avez envie de la "faire pousser", en lui offrant le terreau de vos idées et en l'arrosant de vos belles émotions, voici quelques pistes que j'avais envisagées à l'époque...
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C’est l’histoire d’un robot ultra-sophistiqué (symbolisant, vous l'aurez compris, l’homme dans son entité physico-psychologique) qui souffre de la vacuité d’un quotidien sans saveur et part en quête de son identité et d’un sens à donner à son existence. Il finira par se trouver dans son “humanité” (qui symbolise la “divinité” que nous cherchons probablement tous à rencontrer en nous-même, chacun à sa manière).
• Le robot le plus sophistiqué de son époque: auto-programmable (sauf programme de base élaboré par l’ingénieur, que l'on peut peut-être comparer à son inconscient), circuits auto-générés, peau de cryoplastique à haute sensibilité, générateur d’émotions.
• Des “données parasites” l’empêchent d’être heureux en permanence.
• L’ingénieur qui l’a conçu a quitté la terre depuis l’avènement de l’ère des robots. La quête de XRP2 consistera à retrouver cet ingénieur puis à s’identifier à lui.
• Cette quête le conduira à découvrir un certain nombre de choses sur la vie. XRP2 pourrait faire une sorte de cheminement initiatique, avec la mise à jour de souvenirs enfouis dans ses mémoires, des prises de position qui l'impliquent mais aussi lui donnent le sentiment d'être heureux de se "réveiller" chaque matin, etc.
• XRP2 a été élevé par des “parents robots” chargés de son éducation. Son père, un robot de pointe, était “accro” du ZYT, un carburant qui dope les circuits mais les rend inopérants avec le carburant traditionnel et, surtout, les use prématurément.
Sa mère,également robot de haut niveau, n’était pas plus capable que son père de programmer le générateur d’émotions d’XRP2 et pour cause : ils n’en avaient pas eux-même et, même s’ils pouvaient en concevoir vaguement le principe, ils ne pouvaient faire davantage.
Seul l’ingénieur-concepteur pourrait aider XRP2 sur ce plan. Mais où le trouver ?
• Ses “parents-robots” lui ont donné des programmes purement utilitaires et vitaux ainsi que des programmes-croyances sur ce que doit être la vie des robots.
• XRP2 va découvrir que les émotions des humains qui l’ont conçu et fabriqué se sont enregistrées en lui. De ce fait, il y a en lui des traces de “quelque chose” qui ne fait pas partie du monde des robots.
Il découvrira aussi qu’il lui arrive de ressentir des émotions sans rapport avec la réalité des situations qu’il rencontre, car il réveille celles qui sont enregistrées en lui et qui ne lui appartiennent pas.
• XRP2 a un ami robot, ZXB4, qui lui est en tout point semblable ; lui aussi possède une très haute sensorialité : sa peau de synthèse peut percevoir toute la gamme des sensations tactiles, il peut saisir la finesse des goûts, des odeurs, des couleurs, etc. Si bien que tous deux sont très utiles au monde des robots, en explorant le monde et ses mille déclinaisons.
La seule différence avec XRP2, c’est qu’il ne possède pas de générateur d’émotions. Cela semble d’ailleurs lui rendre la vie plus facile, car rien ne peut l’affecter. En même temps, il ne connaît pas non plus les moments de joies que XRP2 expérimente parfois.
• XRP2 va découvrir peu à peu les moments de son passé au milieu des humains :
- sa conception, qui a laissé des traces de l’ingénieur avant même que les premiers circuits de XRP2 soient soudés ;
- sa fabrication. Les moindres paroles de tous les techniciens et collaborateurs de l’ingénieur sont enregistrés. Il n’en revient pas de sa découverte. Il va aussi découvrir que se trouve enregistrée en lui toute son histoire jusqu’à aujourd’hui.
• XRP2 découvre alors que l’ingénieur ne l’a pas doté que d’un générateur d’émotions mais aussi d’une sorte de circuit mémoire qui fonctionne à son insu et même quand il ne fonctionne apparemment pas. Il n’a pourtant jamais été possible de constater la moindre consommation électrique en dehors des périodes de fonctionnement, autres que celle considérée comme indispensable pour les dispositifs de veille.
Une sorte de “boîte noire”. L’ingénieur aurait-il l’intention de revenir pour examiner le contenu de cette boîte noire ?
• XRP2 découvre alors qu’il sait bien plus de choses qu’il ne le croyait sur lui-même et sur la vie. Du coup, il se sent moins vide, une grande curiosité s’éveille en lui et il a envie d’explorer ce nouvel espace-temps qui se révèle à lui. Mais il se sent toujours aussi seul, et peut-être même davantage. Quand il a eu envie de parler de ses découvertes aux autres robots, ceux-ci l’ont pris pour un détraqué :
« C’est sûr, quelque chose ne doit pas fonctionner dans ses circuits. Il va falloir le réviser et peut-être enlever les éléments défaillants. Mieux vaut qu’il ne dise rien plutôt que des bêtises que nous ne pouvons pas comprendre. »
• XRP2 peut ressentir des choses comme la culpabilité, l’humiliation.
• En fait, XRP2 va finir par découvrir qu’il a une conscience d’humain, une vraie ! L’ingénieur est le premier être humain a avoir créé un autre être ayant le même niveau de conscience, car il s’était lui-même hissé jusqu’au niveau de son propre ingénieur-concepteur, c’est-à-dire jusqu’à avoir lui-aussi développé la capacité de créer tout ce que sa pensée peut concevoir.
• L’emballement des circuits de XRP2 quand il travaille avec une tension émotionnelle sur des calculs aux résultats desquels il est émotionnellement attaché. Aucun autre robot ne connaît cela et XRP2 commence à se demander si son aptitude unique à ressentir la joie (entre autres émotions) vaut tellement la peine, au point de subir tant d’inconvénients : ressentir la tristesse et d’autres émotions désagréables, perturber son travail alors qu’il est le plus puissant calculateur jamais conçu.
« Plus je vais, moins je vais », conclut XRP2. « Ça ne peut plus durer ! »
• L’un des aspects de l’auto-programmation de XRP2 c’est que, par les nombreux sens dont il dispose (les classiques et bien d’autres, à développer), il nourrit sans cesse sa mémoire. Celle-ci, en retour, lui permet d’affiner sa sensibilité, ses stratégies d’appréhension de la réalité, ses modes de traitement de l’information, ses comportements.
Plus il reçoit de messages sensoriels, plus il devient performant, plus il devient... conscient. Et plus il devient conscient, plus il reçoit d’informations sensorielles.
Ainsi, avec son ami ZXB4, il fait partie des robots les plus évolutifs qui aient jamais été créés. Si bien qu’ils ont tous accédé à des postes à haute responsabilité dans le monde des robots.
• XRP2 est donc un robot capable de penser et de ressentir des émotions. Deux aptitudes que beaucoup n’ont pas encore dans le monde des robots. Certains ne disposent que de l’aptitude de base : fonctionner pour accomplir un certain nombre de tâches, sans savoir ce qu’ils font et sans pouvoir l’apprécier le moins du monde.
• C’est alors que XRP2 se prend de compassion pour tous ces robots (encore une émotions : son générateur d’émotion marche à merveille !) et il entreprend de fabriquer lui-même un générateur d’émotions semblable au sien afin de l’installer à tous les robots, ainsi qu’un générateur de pensées.
« Ainsi, se dit-il, nous serons tous semblables, avec le même potentiel : nous pourrons échanger nos pensées et nos ressentis, et je ne me sentirai plus seul.
Erreur ! XRP2 ne s’est jamais senti aussi seul qu’à partir du jour où il a fait connaître son projet : les robots du Directoire Mondial (qui ont tous un générateur de pensée, mais pas de générateur d’émotion) n’étaient pas du tout d’accord. Ils n’étaient pas du tout désireux d’explorer le monde de l’émotion qui, dit-on, avait fait tant de dégâts chez les humains. Trop risqué, selon eux...
Quant à donner à tous les robots le pouvoir de penser, ils considèrent que cela est trop dangereux : leur maintien au pouvoir s’en trouverait remis en question. Or, qui mieux qu’eux pourrait gouverner ?

Zécridémo ©

La Quête du poète

Saint-Pétersbourg, le 4 Novembre 1994.

Mon petit chaperon couleur pervenche,

Mon voyage se poursuit, interminable, j'avale des centaines de kilomètres, goulûment, sans parvenir à apercevoir l'horizon de ma quête. Après Tallin en Estonie, c'est à Saint-Pétersbourg que je séjourne. Tout y est grandiose, magnifique, époustouflant... le musée, le théâtre, les églises... J'ai même trouvé un hôtel accessible et presque décent. Mes journées s'écoulent, je vagabonde, je l'imprègne de la Russie... et je me sens toujours aussi incomplet, creux.
Si tu savais comme c'est dur, ma sœurette... et qu'est-ce que tu me manques... c'est si fastidieux de vivre en vagabond, sans chez-soi, avec à chaque instant un détail qui me rappelle que je suis un intrus, un étranger, et que la France est si loin ! De la terrasse de café ou je me suis installé, je peux apercevoir des lettre cyrilliques partout, des gens qui s'interpellent dans un charabia incompréhensible... qu'est-ce je ne donnerais pas pour entendre de nouveau tinter à mes oreilles ma langue bien-aimée tout autour de moi ! Paris me manque tant...
Tu me penses masochiste, n'est-ce pas ? M'exiler volontairement comme ça, à poursuivre un idéal inaccessible, me faire souffrir pour rien ? Maman ne cesse de me répéter que je suis fou. Je pense que tu es la seule à pouvoir me comprendre. Moi je pense que mon exil est nécessaire. Je pense que le voyage est la voie de prédilection du poète. Du Bellay, Hugo, tant d'autres ont écrit leurs plus beaux poèmes loin des leurs... Oh la la ! Ce que je peux être présomptueux ! Comment puis-je me comparer à eux comme ça ? Bien souvent je me dis que je suis un imbécile complètement à côté de la plaque.
Mais non, vraiment, je pense que mon tour de l'Europe, dût-il durer dix ans, constituera un pilier maître de ma quête et mon œuvre poétiques. Je sens que ce voyage peut m'apporter un maturité qui me permettra d'écrire mieux, qui m'aidera à faire des mots mes amis. Cette expérience sera un élixir dans mes veines, qui enrichira mon âme et adoucira mes phrases. Tant pis pour les souffrances que je m'inflige ce faisant. Écrire passe avant tout.
Ne me demande pas de revenir, je t'en prie ! Cas j'ai très peur de ne pas pouvoir résister à cette tentation. Et ce serait trahir la langue au profit de mon cœur, de ma faiblesse naturelle. Ne le prends pas contre toi, car ce serait te fourvoyer et souffrir pour rien. Je t'aime plus que n'importe qui au monde. Mais la poésie et les mots m'enveloppent comme un manteau chatoyant à chaque pas que je fais, ils sont nichés au creux de ma poitrine, comme un second cœur qui m'imposerait son rythme, et se déploient en arabesques dans mon âme. C'est plus qu'un devoir, c'est une nécessité, un besoin vital, jouissif et douloureux, de tout leur sacrifier.
Au fond, je pense que la vie d'un poète, c'est ça : s'effacer derrière ses mots, tout leur sacrifier. Mon moyen à moi de leur rendre hommage, c'est de souffrir pour eux. Le voyage me semble une démarche raisonnable, raisonnée et tout à fait justifiée. Aux orties ma faiblesse ! Je ne renoncerai pas à mon Iliade. Je veux effacer mon quotidien de ma vie,et ne garder que ces grande pans de géographie, ces rencontres, ces imprévus qui constituent la clé de voute d'un voyage, pour les offrir à mes mots. Quand j'aurai tout donné, tout perdu, alors je pourrai revenir, et je te serrerai dans mes bras pendant trois lunes s'il le faut pour rattraper le temps perdu, petite princesse !

Allez, je cesse de t'importuner. Je t'aime, ma petite soeurette... embrasse tout le monde.

Je ne t'oublie pas.

Ton poète préféré.

Célestine ©








N.B. Ici je n'ai aucune prétention d'écrire quelque chose d'universel ; ce n'est pas mon amour des mots que je décris, d'abord il n'est pas assez fort, ni la passion des écrivains en général ; mais c'est une branche de l'infinité des possibles. J'ai créé un personnage. Sa passion tumultueuse s'est imposée à mon esprit, contre ma volonté. Libre à toi, cher lecteur, de le traiter de fanatique, de sectaire, de psychopathe, ça ne me regarde pas. C'est lui, ce n'est pas moi, c'est mon poète, tout simplement. Je n'ai aucune emprise sur sa vie et son destin.

samedi 17 décembre 2011

Dédicace.

Jennsen. Un nom, un surnom, un pseudo, une identité.
Comme vous voulez.
Mélody, Méli, La Mélody Des Mots.
Mon trésor.
On est plus que différentes, c'est ce qui nous a fait nous rapprocher, je crois.
Un jour, quelqu'un a dit qu'on se complétait.
Elle, une rigueur d'écriture, moi, une liberté de ton.
Je crois que c'est assez vrai.
Elle m'a permis d'arrêter de me poser des questions, genre les questions super chiantes du type "Mais qu'est-ce que je fous là, bordel ?". Elle m'a appris à aimer la vie, et à m'aimer moi, elle m'a appris à être heureuse, à me satisfaire de ce que j'avais.
Elle m'a appris à vivre, en fait.
Je suis bizarre, et même si parfois c'est bien, tu te demandes si t'as ta place parmi les autres, si t'as le droit d'être là.
Si t'es légitime.
Avec elle la question ne se pose même plus. Chaque personne a son utilité, même infime soit-elle. Elle a supporté tous mes pétages de plomb, toutes mes déprimes dégoulinantes de pathos, sans broncher.
Sans elle, je ne serais pas sur le blog aujourd'hui. Je n'écrirais pas autant, je serais peut-être un mouton prototypé et superficiel kikoolol, je serais peut-être aussi tout le contraire, je ne sais pas.
Ce que je sais c'est que sans elle, je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui.
Elle m'apporte énormément pour l'écriture, et tous les textes que j'ai fait, je les ai fait en me demandant si ça lui plairait, si à tel endroit elle serait touchée, si à tel endroit elle rirait.
C'est elle qui m'a convaincu (avec bien du mal) pour le blog, c'est d'elle qu'est né ce projet, et je sais que son entêtement et son enthousiasme inébranlable la feront aller loin.
Parce qu'elle est douée, et qu'elle croit à ses rêves.
Un jour, un ami nous a dit : "la réalité est une insulte à nos rêves".
Elle lui a demandé pourquoi ce ne seraient pas nos rêves qui seraient une insulte à la réalité.
S'ensuivit un long débat fortement animé.
Je crois que personne n'a raison.
La vie ne serait pas ce qu'elle est là sans les rêves pour nous évader, et les rêves ne seraient pas ce qu'ils sont sans la vie pour nous rattacher à une réalité.
Ce sont les rêves qui permettent d'égayer la vie, c'est la vie qui permet de réaliser les rêves. L'un n'insulte pas l'autre.
L'un aide l'autre à faire son chemin.

Un jour, les hommes ont rêvé de marcher sur la lune.
Quel rêve stupide n'est-ce pas ?

Jennsen ©

mardi 13 décembre 2011

Taureau contre torero

En classe de troisième, j'avais eu une petite rédaction sur deux points de vues à faire : le point de vue du taureau qui va entrer dans l'arène pour la corrida, et celui du torero...

Le taureau

  Je tourne, je piétine. Je sens monter en moi une peur et une nervosité que je suis incapable de contrôler. 
Malgré l'espace restreint dont je dispose, dans cette prison de fer, je m'agite et ne cesse de trépigner dans ma cage. 
Les gens, libres de bouger eux, semblent prêter attention à quelque chose que je ne vois pas, et cela me rend encore plus nerveux. 
Que fais-je ici ? Pourquoi m'a-t-on enfermé dans cet endroit si petit ? Et puis, que regardent-ils qui les intéressent tant, ces gens ? 
J'aimerai partir, pouvoir courir dans une prairie verdoyante où je serai libre. Je n'aurai plus peur ; je n'aurai plus de limites. J'aimerai rencontrer des gens et leur faire comprendre que je n'obéirai plus à leurs lois stupides. 
Mais mon rêve ne dure qu'un instant. Déjà j'entends le bruit qui témoigne de la présence d'une foule. Beaucoup de monde. Des inconnus... Puis plus rien. Des hommes s'approchent de mon enclos, de moi. Et ma peur me donne le tournis ; alors nait en moi une fureur qui me rend presque aveugle. 
Une intuition me tord les boyaux : je ne reviendrai pas ici, je ne reviendrai nulle part.


Le torero

J'entrerai bientôt. Cette fois, je compte bien prouver ma valeur. J'imagine déjà les gens, dans les gradins, m'acclamant alors que le taureau gît à mes pieds, vaincu. 
Mais il n'est jamais bon de se croire supérieur aux autres, j'ai payé pour le savoir, la dernière fois. J'ai failli y laisser la vie.
Mais il n'est jamais bon non plus d'être pessimiste. Je me suis bien entraîné, je n'ai aucune chance d'être la victime encore une fois. J'ai développé de nombreuses stratégies, je connais mon devoir. 
Désormais, le trac remplace tous mes sentiments. Les portes s'ouvriront d'une seconde à l'autre, et je sais ce que je dois faire. Mais j'ai quand-même peur. 
Mes yeux se posent sur le magnifique vêtement que j'ai l'honneur de porter aujourd'hui. Oui, cette fois, j'espère vraiment que la gloire et le succès me souriront.

Mélody ©

Je sais, je parle de corrida en ce moment, c'est que j'ai retrouvé des rédaction sur cette séquence, donc j'en profite pour les mettre ! Et ne vous affolez pas si vous voyez le mot "corrida", je suis du genre sensible, alors pas d'horreurs, promis !!!

lundi 12 décembre 2011

Le rêve

Une ombre apparut sous mes yeux
Que j'ouvris grands pour contempler
La plus belle de toutes les beautés
Affichant un sourire radieux

Ses cheveux couleur de soleil
Ses yeux bleus remplis d'étincelles
Illuminaient mon doux sommeil

J'ai cru que le rêve était encore là,
Que je plongeai dedans pas à pas.
Mais plus de belle princesse,
Qui me laisse dans ma détresse...

Son souvenir me hante,
Son visage, il m'appelle
Ses yeux font couler mon encre,
Pendant que sonne le réveil.

J'ai passé la journée à penser.
Mais ça ne me l'a pas ramenée,
Le soleil était parti de ma nuit,
Et la lune se levait sur ma vie.

Mélody ©

Une corrida pas comme les autres

Ce texte est une rédaction faite à partir d'un autre texte, il fallait faire la suite. Voilà la fin du texte original de Manuel Chaves Nogales (titre du livre : Juan Belmonte, matador de taureaux) :

« Mais une nuit, un incident vint bouleverser toute la hiérarchie de cette société d'anarchistes. Conformément à la coutume de combattre l'animal le plus grand que nous trouvions, nous séparâmes un colosse qui, au lieu de chercher la fuite comme les autres, répondit avec maestria dès les premiers appels. Nous qui étions habitués à des adversaires moins combatifs fûmes déconcertés par les attaques répétées de cet imposant taureau. A peine voyait-il s'avancer l'ombre d'un torero qu'il se précipitait dessus comme une flèche. En cinq ou six assauts, il avait semé la panique dans la bande et s'était rendu maître de la petite piste, lançant fièrement des coups de corne à la lune. Mes compagnons retranchés derrière les abris de planches n'osaient plus le provoquer. 
"Amène-le là-bas ! demandait l'un.
- Appelle-le par ici ! conseillait l'autre.
- Éloigne-le de moi !" suppliait un troisième.
Mais à la vérité personne n'était capable de faire quoi que ce soit avec l'animal qui triomphait.
Ainsi, c'est lui qui va gagner ? pensai-je. Ce serait donc le taureau qui nous ferait la faena ?
J'attendis quelques secondes, vibrant de peur, d'émotions peut-être. Ce n'était pas mon tour de défier le fauve. Il y eut un temps très long, me sembla-t-il, durant lequel aucun de mes camarades ne bougea. Le taureau trônait au milieu d'une cour de petits toreros recroquevillés. Tout près de moi gisait la veste*, abandonnée dans la panique. J'allongeai le bras pour la saisir. Dès que je l'eus en main, je me dressai, et, à pas comptés, je m'avançai vers le taureau.»
* la veste servait de cape pour attirer le taureau.

Et donc, maintenant, voilà ma suite, mon dénouement :

Toujours prudent, je faisais attention à chacun de mes pas sur le sol terreux dépourvu de verdure.
Mes jambes étaient lourdes. Désormais j'étais sûr que le courage n’effaçait pas la peur.
J'allai pouvoir aider mes amis, et cette idée ne devait pas quitter mon esprit, aussi terrifié soit-il, car elle était la seule chose qui me retenait et m'encourageait.
Soudain, le visage d'un de mes compagnons attira mon attention. Il était visiblement paniqué ; peut-être même autant que moi.
« Si je réussis, me dis-je, je compterai certainement plus pour les autres. Mais mon geste n'aura été que pure folie, si je perd ce combat. Sauf si j'arrive à distraire le taureau le temps que mes amis prennent la fuite. »
J'essayai tant bien que mal d'afficher un visage serein à mon confrère, puis désignai la sortie, en faisant le va-et-vient avec mes yeux. Il sembla comprendre.
Mais je devais avant tout rester concentré. Heureusement, le taureau ne me voyait pas. Du moins il n'en avait pas l'air.
Je crois qu'il fixait quelque chose derrière la clôture, mais il faisait trop sombre pour que je voie quoi que ce soit. Je fis encore quelques pas, sans bruit.
Bizarrement, j'avais l'impression que le temps était ralenti. Et pourtant, tout se passait si vite ! Mes sentiments se mélangeaient trop pour donner quelque chose de concret.
Je plissais les yeux pour ne rien voir si ce n'est un taureau dont la carrure me terrorisait.
Il se retourna doucement, tout à fait paisible.
Mes genoux se mirent à trembler.
Et là, à un moment totalement inattendu de ma part - ou peut-être un manque d'attention -, l'animal se mit à courir très vite, dans ma direction, inébranlable.
Mon sang ne fit qu'un tour. Pas le temps de réfléchir, il fallait que j'agisse avant de me retrouver sous les sabots de mon adversaire, ou projeté dans les airs.
Je brandis la cape, puis fis un saut sur le côté. Le taureau s'arrêta presque aussi vite qu'il avait couru. Se tournant vers moi, je rencontrai son regard et y trouvai quelque chose que je n'avais jamais vu dans les yeux d'un taureau : de l'intelligence.
Je ne détournai pas la tête, car son regard semblait planté dans le mien, le sondant profondément. J'étais littéralement captivé par ma découverte. Sidéré même.
Après m'avoir toisé au moins une minute, - bien que cela ne fut qu'une impression, sans doute - le bel animal dont la robe brune tâchée d'orange sur la nuque se retourna à nouveau très lentement, et se dirigea vers la sortie, qu'il défonça ou broya, à l'aide de ses cornes et de sabots maculés de boue maintenant sèche.
Je regardais cette scène, totalement incapable de bouger, l'esprit en ébullition.
Le taureau avançait d'un pas lent mais assuré. Il y avait quelque chose d'humain dans cette bête au regard d'acier, j'en étais persuadé.
Ce qui m'avais stupéfié dans ses yeux, c'était la présence d'un calme et d'une analyse de la situation qui me laissait sans voix, pensif. Cette montagne de muscle semblait si sereine que je me demandai si elle ne m'avait pas transmis son silence intérieur.
Mais tout à coup, un de mes camarades surgit de derrière un épais buisson, brandissant un couteau qu'il portait d'habitude à la ceinture. Il visait le taureau, bien-entendu. Je ne voulais absolument pas qu'il tue cet animal, car j'éprouvais de... l'amitié... pour lui, et j'en fus le premier surpris.
Je n'ai pas cherché à comprendre.
Je me jetai sur Riverito, car il s'agissait bel et bien de lui, mais la distance qui nous séparait était trop grande; je n'avais aucune chance de le stopper à temps.
Mais le taureau, lui, ne manqua pas sa chance. Il décocha un formidable coup de sabot, aussitôt suivi d'une charge furibonde, tête baissée. Riverito fut projeté en l'air, puis s'écrasa dans la poussière.
Les nuages s'étant écartés de la lune, j'avais tout vu clairement.
Mon compagnon ne se relevait pas, ce qui n'avait rien d'étonnant, après un tel choc. Et le taureau s'éloignait déjà, au galop, vers une clairière d'où nous l'avions sortit, dans les bois.
Riverito, loin d'être mort, souffrait de ses multiples fractures. Sa jambe cassée, comme de nombreuses côtes, avait ouvert un nouveau passage au sang, qui s'étala dans la terre pour laisser une grande tâche pourpre, preuve des dégâts causés par la bête impressionnante. Un peu du même liquide coulait de sa tête, mais après une inspection scrupuleuse, accompagnée des gémissements de mon compatriote, je déclarai qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Je parlais seulement de sa tête bien-sûr.
Le blessé perdit connaissance, et les autres membres de l'équipe s'étaient enfuis comme je l'avais proposé. Tous se pressaient derrière la barrière, puis vinrent récupérer le seul homme trop prétentieux pour battre en retraite, c'est à dire avouer qu'il avait peur, et qui l'avait payé au prix fort.
Je restai planté là, regardant dans la direction que le taureau avait suivie. Cette aventure s'était passée si vite ! Mais son intensité resterait à jamais gravée dans ma mémoire.

Mélody ©

mercredi 30 novembre 2011

Mademoiselle Emilie Partie 5 (FIN)

5 mars 2011

Le jour où j’ai dit à Momo que j’étais leucémique, il m‘a tendu une tranche de saucisson. Le jour où je lui ai dit qu’on allait commencer la chimio, il m’a dit que je serais belle en Barthez.
Le jour où je lui ai dit que j’allais mourir dans deux mois, il m’a dit qu’il foutrait un poing dans la gueule de la Mort si elle se ramenait.
Quand je me suis affalée par terre, hier, en pleine rue commerciale, il m’a relevée en me souriant, comme si je venais de lui dire l’heure.
Il n’a jamais failli, Momo, jamais vacillé. Il a toujours été indestructible, Momo.
En ignorant ma maladie, il a fait comme si elle n’avait jamais existé.
Il m’a sauvé la vie, Momo.


22 mars 2011

Je suis toujours vivante. La Mort doit en avoir marre que je lui résiste. Et moi je continue à être heureuse, stupidement heureuse, comme une enfant de 2 ans qui vient de découvrir qu’elle peut courir. Je vois mes amis, ma famille, mais surtout Momo. Et puis j’ai vu John aussi. Il m’a dit que j’étais la patiente la plus têtue qu’il ait jamais eu.
Je crois que c’est sa façon de me dire que je vais lui manquer.


7 avril 2011

Avec Momo, on a parlé de la Mort. C’était la première fois.
« Dis Momo, tu crois que ça fait quoi quand on est mort ? ». Là le Momo il m’a regardé, et il m’a comme posé une question, avec grands yeux tout bleus. Je crois qu’il me demandait si je voulais vraiment qu’on parle de ça. Je me suis mise contre lui, entre ses bras chauds, et j’ai attendu. Je savais que là, tout contre son torse, il ne pourrait rien m’arriver. Au bout de quelques minutes, je crois que j’ai répondu à sa question, et il a ouvert la bouche.
« Je crois que quand on est mort c’est comme quand tu dors, sauf que tu ne peux pas rêver. » Là je tremble.
« Alors c’est le néant ?
- ça dépend si tu veux que je te dise la vérité, princesse.
- Je ne sais pas, en fait. Je crois que je n’ai pas envie que ça soit le néant.
- Quoi, toi tu préférerais que ça soit un ptit ange qui te réveille tous les matins en jouant de sa lyre et en t’annonçant que ça sera tous les matins de l’éternité comme ça ? Tu préfèrerais vivre dans le monde de Charlotte au Fraise, avec un arc en ciel tous les mètres, des fleurs partout et des gens qui te disent bonjour en souriant ? Franchement, je te croyais moins cucu. »
Je ne sais pas comment il fait, Momo. Mais je n’ai plus peur du néant, maintenant.

23 avril 2011


Je défie toutes les lois de la nature, même les plus indiscutables d’entre elles. Je devrais déjà être morte. On s’interroge sur mon cas.
John, avec toutes ses années d’études et tout son fatras de diplômes, il n’y comprend rien.
Momo, avec son sourire et un saucisson par semaine, il assomme tous les scientifiques du monde, il défie toutes les lois de la nature. Même la Mort a peur de lui.


17 mai 2011


Je n’aurais voulu manquer ça pour rien au monde. Aujourd’hui, c’était l’anniversaire de Momo, et je crois que c’était le plus beau jour du monde. On est allés au marché, on a acheté toutes les cochonneries qu’on voyait, et on s’est empiffrés de churros, de sucres d’orge, de guimauves au citron et de bonbons dégoulinants de sucre toute la journée. Après, on s’est promenés au bord de la mer, et j’ai eu envie de me baigner. On dirait pas, mais il fait froid, un 17 mai, au bord de la mer, en Bretagne. Mais je voulais me baigner une dernière fois. Je crois que Momo se sentait incapable de me dire non. L’eau devait être à 15°C, mais moi je la trouvais délicieuse. On y est restés quelques minutes avant que Momo dise qu’il fallait que je sorte. On avait l’air fin, sur la plage, avec nos pulls de laine qui nous collaient à la peau et nos chaussures bon marché qui faisaient d’adorables « sploch-sploch ». Mais quand on sait qu’on va bientôt mourir, c’est incroyable comme notre vision des choses change tout à coup. Cette vieille femme qui promenait son affreux chien sur le sable mouillé, elle nous a regardés comme si nous étions deux aliénés, mais moi j’ai eu pitié pour elle. J’ai eu pitié pour elle qu’elle n’ait rien d’autre à faire un mardi après-midi que de trainer sa graisse en tirant son malheureux chien sur les plages désertiques du Morbihan.
On ne se rend pas compte, quand la Mort ne nous a pas encore approchés, ce que ça peut être stupide, de promener son chien sur une plage.
Il y a tellement mieux à faire.


25 juin 2011


Je suis encore là. Je crois que je commence à fatiguer. J’ai remercié John, aujourd’hui. Car je me suis rendue compte qu’il n’était pas censé me laisser sortir de l’hôpital, ni me laisser m’occuper de ma vie à ma guise.
On dit très rarement non à Momo.
C’est qu’il peut être impressionnant, parfois, mon Momo.
Ce matin, en allant au magasin pour acheter notre saucisson, on est passé devant l’école, et j’ai vu des enfants qui parlaient, qui couraient. Qui riaient.
Je me suis sentie en trop, comme si moi je n’avais plus le droit d’être là.


19 juillet 2011


C’est le soir. Je suis dans les bras de Momo, sur son carton, devant le magasin. On parle, on regarde les étoiles. Il fait frais. Mais j’aime ça, parce que les frissons qui parcourent ma peau me prouvent que je suis vivante.
« Dis Momo, c’est quoi ton vrai nom ?
- Paul-François. Alors tu comprends…
- Je préfère Momo.
- Moi aussi princesse.
- Je crois que je t’aurais moins aimé, si j’avais dû t’appeler Paul-François. »
Momo il sourit, et ça me rend heureuse.
« Comment tu as fait, pour me faire oublier que j’étais malade ? ».
Là il tremble, mais il ne se défile pas.
« J’ai essayé de l’oublier moi aussi.
- Mais tu n’y es pas arrivé. »
Ce n’était pas une question, alors Momo ne répond pas.
Puis on ne dit plus rien. On regarde le ciel bleu roi, et les milliards de petites taches scintillantes qui luisent comme des folles.
Je me tourne vers lui, et doucement je murmure :
« Merci.
- De quoi ? »
Merci d’être là, près de moi, merci de ne m’avoir jamais abandonnée, merci d’avoir été si fort, si bon, merci de m’avoir toujours aimée alors que tu savais que j’allais mourir, et de m’aimer encore plus.
« Merci, c’est tout.
- Alors de rien. »
Mes yeux s’emplissent de larmes peu à peu.
« Émilie ? ».
Là je sais qu’il faut bien que j’écoute ce qu‘il va dire. Car il ne m’appelle jamais Émilie. C’est toujours princesse, ou mademoiselle Émilie.
« Je t’aime ».
C’est tout. Je t’aime. Trois petits mots. Les plus importants.
« Je t’aime aussi, Momo ».
Puis je me serre encore plus contre lui, pour sentir son odeur, sa bonne odeur de savon de Marseille et de lessive à la violette.
Et je regarde le ciel, encore. Elles sont belles, les étoiles, si belles. Elles brillent si fort.
C’est beau, le ciel, un soir de juillet.




J’ai trouvé ce cahier sur elle. Elle écrivait dedans hier.
Je crois que c’est à moi de finir l’histoire.
La petite est morte. Dans mes bras, hier soir. Elle souriait, à moi, aux étoiles, je n’en sais rien, mais elle souriait, et elle était belle, si belle… Moi j’étais comme un con à entendre son cœur qui battait faiblement, et je ne pouvais rien faire. J’avais envie de hurler, mais je ne faisais que la serrer plus fort dans mes bras, de peur qu’elle ne comprenne.
C’était toute ma vie, cette gamine.
Quand tu marches avec elle, c’est le soleil que tu tiens par la main.
Elle t’éblouit, mais sans te piquer les yeux.
J’ai voulu la sauver. J’ai voulu lui faire oublier qu’elle allait mourir.
Moi je souffrais comme un fou, mais il fallait que je garde tout ça à l’intérieur de moi, il fallait que je lui sourie comme si tout était normal.
Comment j’aurais pu étouffer sa souffrance, si je lui avais servi la mienne sur un plateau ?
Elle avait besoin de ça. Du Momo fort et indestructible.

Merci. Je ne sais pas à qui je dois le dire, mais merci de me l’avoir laissée un peu plus. Merci de m’avoir laissé le temps de l’aimer, merci de m’avoir laissé la protéger.
Cette fille c’est une perle, un diamant à l’état brut. Je l’aime, si fort que ça me brûle, ça me détruit. Je veux la serrer dans mes bras, sentir son odeur, la voir sourire, comme avant. Et là mon cœur se compresse comme un fou et me fait un mal de chien.
Mon soleil s’est éteint, et je vais devoir continuer avec la pluie.
Mademoiselle Émilie est partie.

Momo
Pour Méli.

Jennsen ©


Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil

Le temps de rire aux assassins
Le temps d'atteindre l'autre rive
Le temps de courir vers la femme

Il avait eu le temps de vivre.
Boris Vian.

samedi 19 novembre 2011

Le Bal des Ombres

Salut les écrivains en herbes !

Alors, j'ai un problème : j'ai commencé un texte cet été, et j'en ai fait deux versions : une catastrophique style films d'horreur, et une pas crédible du tout mais qui finit bien...
Alors j'ai besoin de votre aide !! Je vous donne les deux versions, à vous de me dire si je développe plus l'une que l'autre ou si je la laisse telle quelle, ou alors si je combine les deux en les transformant un peu, genre que ça parte mal, et que ça finisse bien... Ou peut-être que la mauvaise fin n'était qu'un rêve ? enfin, voilà les textes :

1ère version :

  • Comment trouves-tu ma nouvelle robe ?


Elle se pavane devant le miroir comme une idiote. Comme toutes ces idiotes qu'on croise dans la rue.


  • Magnifique... répondis-je en essayant d'afficher une profonde sincérité que je n'ai pas le moins du monde.
  • Elle m'a coûtée très cher tu sais...


J'ai envie de répondre « Mais oui, je sais, patate » mais je ne dis rien. Pour l'instant, je me retiens. Quand je ne pourrai plus me retenir de vivre, je cracherai tout ce que je garde depuis des années à la face du monde. Tranquille. Soulagée. Vivante. Et avec le beau sourire aux lèvres que les gens me reprochent de ne jamais avoir. Ça aussi, je le garde, mais pour qu'il soit plus beau, plus brillant, plus méprisant. Et après, je partirai, sereine.


  • Anaren ? Tout va bien ?
  • Oui oui, ça va... Je pensais juste... enfin, j'imaginais comment cette belle robe a été confectionnée...
  • Ah... Au fait, je vais au bal ce soir avec des amis. Tu m'accompagnes ?
  • Non, je suis un peu fatiguée, il faut que je me couche plus tôt, j'ai un peu veillé hier soir...  
    Je sais trop bien mentir moi...
  • Bon... Tant pis.
  • Je dois y aller, au revoir Katie.
  • A demain Anaren !

Espèce de pimbêche, va ! Tu savais très bien que je ne viendrais pas au bal, mais tu t'obstines. Qu'est-ce que tu cherches ?

Grrr ! Obligée de travailler pour elle. Peux pas faire autrement.

Pffff... Marre, marre, marre !



Je passe pour une cinglée, mais en fait, je suis désespérée... Plus que désespérée même. Accablée. Accablée par ce monde, cette société, cette vie. Pourquoi ne pas aller habiter loin sur une île ? Pas d'argent. Pas assez. J'économise. Quand j'aurai assez je partirai dans un endroit vide, une île par exemple. Où je serai seule avec moi-même. Tranquille. Voilà.

Puis toujours cette musique dans ma tête. Celle qui dit « La Vie est un espoir, sert t'en comme un grimoire. Mais n'arrache pas les pages, un jour tu trouveras ça dommage... »

Connais même pas cette chanson. Parfois je me demande si mon esprit me joue pas des tours...

***


Sept heures du matin. Le téléphone sonne. Katie, bien-sûrn

  • Allô, répondis-je avec un ton endormi comme à chaque réveil.

T'es pas fatiguée après ta nuit à faire la belle devant tous ces cons ? T'es obligée de me faire chier à sept heures du mat' pour me réveiller ?

  • Anaren ? C'est moi, Katie. Je n'irai pas au magasin aujourd'hui. Désolée...
  • Pourquoi ?

Tu t'es tellement saoulée que t'ose pas te montrer devant tes chers petits clients, tu veux pas salir ta réputation ?

  • Hier soir, j'étais au bal, tu sais ?

Oui je sais, patate. Moi j'ai pas une mémoire de poisson rouge.

  • Je n'ai pas dormi de la nuit... continue-t-elle. Je ne te serai d'aucune aide aujourd'hui...

Ça t'arranges hein ? C'est tellement plus cool de rester tranquille chez soi à dormir que rester debout toute la journée à servir nos clients alors qu'une autre pauvre fille peut le faire à ta place...

  • Anaren ? Tu es là ?
  • Bonne nuit alors, dis-je sèchement pour une fois, en raccrochant sans prévenir.

À demain, chère truie !

Quelle conne. Pourquoi est-ce que je traîne avec elle si je la déteste ? C'est que je déteste tout le monde, mais personne ne le sait. Faut bien que je trouve quelqu'un pour avoir du travail. Moi, elle m'aime bien, je ne sais pas pourquoi, mais ça m'arrange quand-même. Quoi ? Je pourrai faire un effort ? Non, j'ai pas envie. Pas besoin d'amis. Pas besoin. Si j'aime quelqu'un ? Un homme ? Aimer pour amour ? Euh... Non. Je ne sais pas. Je ne connais presque personne. Je n'ai pas envie de connaître les gens. Tous cons. Tous égoïstes. Personne ne m'intéresse. Je ne connais pas tout le monde alors je ne peux pas dire ça ? Je dis ce que je veux. Je ne sais pas de quoi j'ai besoin, je ne ressens rien. Rien du tout. Un grand vide. Si, de la haine seulement. 
***
 

J'ai travaillé toute seule au magasin toute la journée. Enfin, pas toute seule, il y avait Alienor, la stagiaire, Sophie et Isabelle, qui remplissaient les rayons... Mais sans Katie. Son magasin est petit, on y vend des chaussures... Autant dire que c'est très excitant... Mais ma vie est comme ça, terriblement excitante... Inattendue... Indésirable. Je me demande pourquoi je ne me suis pas encore suicidée. Peut-être parce qu'une partie de moi, minuscule mais encore là, s'acharne à m'accrocher à l'espoir que tout change... Je me persuade seule que tout est perdu, mais tout au fond de moi, même si je ne veux pas le voir, j'espère encore... 

*** 


Ce soir, pour une fois, j'ai faim. Très faim même. Peut-être que cette journée sans Katie m'a redonné l'appétit. Je ne me pose plus de questions, c'est trop fatiguant. Je fais des spaghettis, et tout ce qu'il y a dans ma tête, c'est la recette. Pas bien compliquée. Mais je me concentre au maximum, histoire de m'occuper l'esprit avant qu'il ne recommence à fredonner quelque chanson indésirable. Je me goinfre comme pour rattraper toutes ces soirées face à mon assiette vide. Et mon ventre ne gargouillait pas. Il était plein d'autre chose. Je l'avais nourri de colère et de haine toute la journée. Au moins ça économise de l'argent. En un mois, j'ai économisé deux-cent euros, avec mes assiettes vides. Je pourrai bientôt partir. Mais, je ne sais pas où.

Je vais me coucher en laissant mes habits sales traîner par terre. Trop crevée pour faire quoi que ce soit. Envie de dormir, dormir, dormir... Et de ne plus me réveiller. Mais pas moyen de trouver le sommeil. Je pense beaucoup trop. Je pense que tous ces gens du monde sont cons, débiles, indésirables, qu'on dit que l'erreur est humaine alors que l'humain est une erreur, rien d'autre. Et je suis en colère.


Mais le matin, je pense encore. J'ai réussi à m'endormir mais pas à m'arrêter de penser. Je me prépare vite fait bien fait devant la glace de la salle de bain, et je vais au magasin travailler. Et là, je vois Katie, qui invite des copines à voir sa collection, et qui semble ne pas me voir. Elle m'ignore complètement. Elle sait que je déteste quand elle fait la pétasse comme ça. Elle a compris, sans mots. Mais cette fois, c'en est trop, elle me prend pour une idiote à la caisse, celle qui sert les clients comme elle, qui se croit plus haut placée que la moyenne parce qu'elle est bien habillé. Enfin, à la mode, même si c'est moche.

Quand elle me regarde enfin, elle me lance un regard méprisant, comme si elle avait entendu tout ce que je disais sur elle dans ma tête. Et elle me tourne le dos. Je hurle intérieurement de rage.

Pauvre conne. Je croyais que tu étais mon amie, enfin, toi tu semblais m'apprécier, moi pas, évidemment, mais on dirait que tu as trop honte pour dire à tes putains d'amies « distinguées » que je suis ton employée, et avec qui tu t'entends plutôt bien, à qui tu te confies même si je ne t'écoutes pas, à qui tu proposes plein de belles sorties que je refuse à chaque fois... Grrrr !!!

  • Tu me dégoutes, je te déteste, je te hais ! Espèce de salope !

Oups, cette fois je l'ai dit ! Trop tard... oh, comme c'est dommage ! 

Elle se retourne comme une flèche, me regarde toute étonnée d'abord, puis fronce les sourcils et plante ses yeux dans les miens. J'espère que je rougis beaucoup, parce que là, je suis fichue.

Alors, la haine grandit, grandit, grandit, j'ai l'impression que mes yeux deviennent tout noirs, que mes traits se transforment en rides et ma bouche en un sourire mauvais. Je ne sais pas trop ce qui se passe. Je ne me contrôle plus vraiment. Comme si quelqu'un prenait mon corps et s'en servait à ma place.

Je souris, c'est agréable de voir la tête terrorisée de tous ces gens autour de moi.

  • Vous êtes tous pitoyables... Quelle perte de temps, ce travail, cette vie, mais quelle joie d'en arriver là !

Ils ne savent pas quoi répondre, ces imbéciles à l'air horrifié si comique.

Je sens comme une force immense dans mon corps et dans ma tête. Puis une explosion de haine, de colère et cette sensation d'injustice. Le magasin est sombre, très sombre. Les volets sont tirés, une pancarte où on voit en gros « fermé » trône devant la boutique. Qui les a mis ? Je ne sais pas. Je m'en fiche. C'est très bien comme ça. Les lampes virent au rouge sang. Et je ne touche plus le sol, je flotte.

  • Cette fois, je vais déverser ma rage entière, après je sortirai et je la hurlerai dehors. Que tout le monde sache. Après je m'en irai pour le pays des os, morte, suicidée. Voilà !
  • Tu fuis, tu es lâche, tu es faible, cria Alienor, révélant ce qu'elle cachait depuis toujours, ce courage, cette force, cette colère aussi; ce doit être ça que je n'aimais pas du tout, mais alors pas du tout, chez elle.
  • Tu ne veux pas me rejoindre ? Ta chère Anaren sera douce avec toi...
  • Tu rêve, ma pauvre ! Moi je ne fuis pas le monde, moi je suis plus courageuse que toi ! réplique-t-elle.
  • Dommage... Je pourrai tuer tout le monde avant moi...
  • Mais que se passe-t-il dans ta tête, que t'est-il arrivé pour que tu haïsses autant ce monde et les gens qui l'habitent ?
  • Ça ne te regarde pas, petite peste.
  • Oh que si ! Tu veux tuer tout le monde, tu hais tout le monde, et on a le droit de savoir pourquoi.
  • En vérité... Je ne sais pas. J'ai oublié ce qui s'est passé. Je sais que quelque chose est arrivé, mais quoi... 
  • Moi je sais, intervient Katie. Tu a été témoin de la mort de tes parents, pendant la guerre. Ils cachaient des juifs. Comme ils essayaient d'empêcher la police de les emmener, ils les ont tués. J'étais la, moi aussi, j'étais ta voisine à l'époque, et je t'ai prise sous mon aile pendant quelques jours, jusqu'à ce qu'on te trouve un meilleur endroit pour vivre. Tes parents et moi avions beaucoup sympathisé, je me sentais responsable de toi, puisque j'étais la seule qui ne te rejetais pas. Mais tu étais tellement choquée après ça que tu as tout oublié. Cela paraît à peine croyable mais c'est la seule explication que j'aie trouvée...
Ah, c'était donc ça qui te donnait de la compassion pour moi... Je comprends maintenant. Tu as dû en avoir marre de me voir ne pas t'en être reconnaissante, à force, et me moquer de toi à longueur de journée...
  • Je ne veux pas me souvenir !
  • Anaren, le supplice que tu subis n'est pas notre faute. Personne n'y peut rien autour de toi. La guerre est finie, maintenant... Les hommes qui ont tué tes parents sont morts eux-aussi, désormais...

Je ne veux pas comprendre. La petite Anaren butée que je crois avoir été est revenue à la charge. Maintenant, je ne vois plus avec les yeux, ils sont noirs, entièrement noirs. Mes cheveux se dressent sur ma tête. Mes doigts se tordent comme ceux des sorcières, et mon visage vieillit tout d'un coup. Puis redevient lisse. Tout mon corps redevient normal. Et il se transforme toujours, mais vire à la beauté divine. Parfaite, de porcelaine, intouchable. Mes yeux sont bleus, à la place du noir d'encre.

La rage, la haine, la colère, l'injustice et la douleur se combinent en une sorte de force inconnue et dévastatrice. Je ne veux épargner personne. Parce que je me souviens, désormais, je revois cette scène affreuse qui tourne et retourne dans ma tête. Malgré la rage qui habite mon âme, mon visage reste de marbre, comme si je portais un masque. Les gens pourraient croire que je suis sereine, finalement... Pfff ! Quelle bande d'inutiles... Ils se croient tous plus importants les uns que les autres. Comment peuvent-ils imaginer un instant que tout va « rentrer dans l'ordre », comme dans Cendrillon ou Blanche-neige ? Comment peuvent-ils espérer que je les épargne ?

Mais seule, je ne ferai pas le poids. Je dois faire entrer mes frères et sœurs dans la danse.

Le Bal des Ombres peut enfin commencer...




 2ème version :


  • Comment trouves-tu ma nouvelle robe ?

Elle se pavane devant le miroir comme une idiote. Comme toutes ces idiotes qu'on croise dans la rue.

  • Magnifique... répondis-je en essayant d'afficher une profonde sincérité que je n'avais pas le moins du monde.
  • Elle m'a coûtée très cher tu sais...



J'ai envie de répondre « Mais oui, je sais, patate » mais je ne dit rien. Pour l'instant, je me retiens. Quand je ne pourrai plus me retenir de vivre, je cracherai tout ce que je garde depuis des années à la face du monde. Tranquille. Soulagée. Vivante. Et avec le beau sourire aux lèvres que les gens me reprochent de ne jamais avoir. Ça aussi, je le garde, mais pour qu'il soit plus beau, plus brillant, plus méprisant. Et après, je partirai, sereine.



  • Anaren ? Tout va bien ?
  • Oui oui, ça va... Je pensais juste... enfin, j'imaginais comment cette belle robe a été confectionnée...
  • Ah... Au fait, je vais au bal ce soir avec des amis. Tu m'accompagnes ?
  • Non, je suis un peu fatiguée, il faut que je me couche plus tôt, j'ai un peu veillé hier soir...
  • Bon... Tant pis.
  • Je dois y aller, au revoir Katie.
  • A bientôt Anaren !

Espèce de pimbêche, va ! Tu savais très bien que je ne viendrais pas au bal, mais tu t'obstines. Qu'est-ce que tu cherches ?

Grrr ! Obligée de travailler pour elle. Peux pas faire autrement.

Pffff... Marre, marre, marre !



Je passe pour une cinglée, mais en fait, je suis désespérée... Plus que désespérée même. Accablée. Accablée par ce monde, cette société, cette vie. Pourquoi ne pas aller habiter loin sur une île ? Pas d'argent. Pas assez. J'économise. Quand j'aurai assez je partirai dans un endroit vide, une île par exemple. Où je serai seule avec moi-même. Tranquille. Voilà.

Pis toujours cette musique dans ma tête. Celle qui dit « La Vie est un espoir, sert t'en comme un grimoire. Mais n'arrache pas les pages, un jour tu trouvera ça dommage... »

Connais même pas cette chanson. Parfois je me demande si mon esprit me joue pas des tours...



Sept heures du matin. Le téléphone sonne. Katie, bien-sûr.

  • Allô, répondis-je avec un ton endormi comme à chaque réveil.

T'es pas fatiguée après ta nuit à faire la belle devant tous ces cons ? T'es obligée de me faire chier à sept heures du mat' pour me réveiller ?

  • Anaren ? C'est moi, Katie. Je n'irai pas au magasin aujourd'hui.
  • Pourquoi ?

Tu t'es tellement saoulée que t'ose pas te montrer devant tes chers petits clients, tu veux pas salir ta réputation ?

  • Hier soir, j'étais au bal, tu sais ?

Oui je sais, patate. Moi j'ai pas une mémoire de poisson rouge.

  • Je n'ai pas dormi de la nuit... continua-t-elle. Je ne te serai d'aucune aide aujourd'hui...

Ça t'arranges hein ? C'est tellement plus cool de rester tranquille chez soi à dormir que rester debout toute la journée à servir nos clients alors qu'une autre pauvre fille peut le faire à ta place...

  • Anaren ? Tu es là ?
  • Bonne nuit alors, dis-je sèchement pour une fois, en raccrochant sans prévenir.

À demain, chère truie !

Quelle conne. Pourquoi est-ce que je traîne avec elle si je la déteste ? C'est que je déteste tout le monde, mais personne ne le sait. Faut bien que je trouve quelqu'un pour avoir du travail. Moi, elle m'aime bien, je ne sais pas pourquoi, mais ça m'arrange quand-même. Quoi ? Je pourrai faire un effort ? Non, j'ai pas envie. Pas besoin d'amis. Pas besoin. Si j'aime quelqu'un ? Un homme ? Aimer pour amour ? Euh... Non. Je ne sais pas. Je ne connais presque personne. Je n'ai pas envie de connaître les gens. Tous cons. Tous égoïstes. Personne ne m'intéresse. Je ne connais pas tous le monde alors je ne peux pas dire ça ? Je dis ce que je veux. Je ne sais pas de quoi j'ai besoin, je ne ressens rien. Rien du tout. Un grand vide. Si, de la haine seulement. 

 ***
 

J'ai travaillé toute seule au magasin toute la journée. Enfin, pas toute seule, il y avait Alienor, la stagiaire, Sophie et Isabelle, qui remplissaient les rayons... Mais sans Katie. Son magasin est petit, on y vend des chaussures... Autant dire que c'est très excitant... Mais ma vie est comme ça, terriblement excitante... Inattendue... Indésirable. Je me demande pourquoi je ne me suis pas encore suicidée. Peut-être parce qu'une partie de moi, minuscule mais encore là, s'acharne à m'accrocher à l'espoir que tout change... Je me persuade seule que tout est perdu, mais tout au fond de moi, même si je ne veux pas le voir, j'espère encore... 

 ***
 

Ce soir, pour une fois, j'ai faim. Très faim même. Peut-être que cette journée sans Katie m'a redonné l'appétit. Je ne me pose plus de questions, c'est trop fatiguant. Je fais des spaghettis, et tout ce qu'il y a dans ma tête, c'est la recette. Pas bien compliquée. Mais je me concentre au maximum, histoire de m'occuper l'esprit avant qu'il ne recommence à fredonner quelque chanson indésirable. Je me goinfre comme pour rattraper tous ces soirées face à mon assiette vide. Et mon ventre ne gargouillait pas. Il était plein d'autre chose. Je l'avais nourri de colère et de haine toute la journée. Au moins ça économise de l'argent. En un mois, j'ai économisé deux-cent euros, avec mes assiettes vides. Je pourrai bientôt partir. Mais, je ne sais pas où. Je crois que j'ai peur, en fait... Peur de l'inconnu... Mais en même temps je me jetterai bien dedans, je n'ai rien d'autre à faire, de toute façon... 
 

Je vais me coucher en laissant mes habits sales traîner par terre. Trop crevée pour faire quoi que ce soit. Envie de dormir, dormir, dormir... Et de ne plus me réveiller. Seulement voilà, je sens qu'il y a quelque chose qui change chez moi. C'est suspect, ce goût soudain de la nourriture, ces sentiments qui surgissent sans prévenir, cette conscience, tout à coup, de ce qui se passe au dedans de moi. C'est étrange, cette haine moins violente, cette idée de voyager, cet argent que j'ai rassemblé sans m'en apercevoir... C'est comme si cette pauvre idiote d'Anaren que je suis se mettait à ne plus rien contrôler, rattrapée par le temps, rattrapée par ce qu'elle se cache à elle-même... 
 

Cette idée-là me donne un coup de poignard dans le ventre, me coupe le souffle. Et la haine reviens, comme un raz-de-marée, elle emporte tout sur son passage, elle détruit les digues fragiles qui commençaient à peine à se construire, elle me tue de l'intérieur. Et là, Katie. Et là, ma colère. Et là, les mots. Plus violents les uns que les autres, plus blessants qu'une lame, plus noirs que je ne l'aurai voulu. Oui mais voilà, maintenant j'ai découvert que ce n'était pas moi qui faisait ça. En fait, je n'avais strictement rien à reprocher à Katie, à part son attitude idiote, sa vantardise, ses sourires mal placés et ses soirées débiles... oui, bon, ça fait déjà pas mal, mais quand-même ! 


La revoilà. Plus douloureuse encore. Cette vague de haine, je viens de découvrir qu'elle avait juste trouvé un corps pour s'exprimer, c'est tout ce que j'ai amassé de douleurs pendant des années, mais maintenant c'est fini. J'ai fini. Et la haine, fâchée de devoir s'en aller, tente encore de me rallier à sa cause. Oui, mais c'est trop tard. 

C'est trop tard parce que ce qui viens de me sauver, c'est Lui. En fouillant dans mes souvenirs, j'ai fini par en retrouver UN joyeux. Un que j'avais oublié, avalé par la masse d'un sentiment constant. Un visage. Des yeux bleus. Des cheveux bruns. Et un sourire. Profond. Sincère. Aimant. Dans son regard d'océan, j'avais vu qu'il m'aimait. Moi j'avais eu peur. Je ne me sentais pas légitime. Je croyais ne pas avoir le droit d'être aimée parce que je n'étais pas une fille comme il faut. Je venais de la rue. Orpheline. Parents assassinés... Pas une vie de rêve en perspective quoi... 

Mais il faut un début à tout !  

Mélody ©
Puisque la haine ne cessera jamais avec la haine, la haine cessera avec l'amour.
Bouddha  

Le mépris est la forme la plus subtile de la vangeance.
Baltasar Gracian Y Morales

jeudi 17 novembre 2011

Mademoiselle Emilie Partie 4

5 décembre 2010

C’est bientôt Noël. Ça me fait bizarre de me dire que c’est mon dernier Noël. Je crois que le plus horrible dans tout ça, ce n’est pas que je vais mourir, mais que je sais que je vais mourir. J’aurais préféré ne pas le savoir, et continuer à vivre normalement, sans avoir la peur constante quand je m’endors que je ne vais jamais me réveiller. J’ai mal, ils me brûlent, ils me dévorent. Je n’en peux plus. Je veux que tout ça s’arrête.
Il faut que tout ça s’arrête.


14 décembre 2010

La douleur est insupportable. Putain Dieu, si t’existes fais que ça s’arrête. Je m’excuse de n’avoir jamais cru en toi, je m’excuse de te prendre pour une gigantesque blague, je m’excuse pour ce que tu veux, mais fais que ça s’arrête, je t’en supplie.
Je veux juste mourir.


25 décembre 2010

Ça va mieux. T’y crois pas trop vite, Dieu, c’est pas grâce à toi. Ils ont temporairement arrêté le traitement, le temps que je me repose. J’ai même le droit de rentrer chez moi. Pour mon dernier Noël, ils me doivent bien ça. Ils m’ont ordonné de rester chez moi bien au chaud, à l’abri des microbes.
Je marche pieds nus sur la plage et je bois un énorme milk-shake fraise-banane avec Momo.
Et les microbes, je les emmerde.


2 janvier 2011

Momo me fait parfois oublier que je suis malade. Il me fait parfois aussi oublier que je vais bientôt mourir, dans 5 mois tout au plus. Personne ne m’a jamais rendue aussi heureuse.
Vivre me parait si simple, à présent que je n’y ai presque plus le droit.

21 janvier 2011

Momo n’a pas menti. Momo ne ment jamais.
Aujourd’hui, on est allé au zoo. On est allé voir les kangourous, et on a dansé le moon-walk. Les gens nous regardaient comme si nous étions complètement fous, et ils s’éloignaient petit à petit. Et nous, on dansait de plus belle, et on se tordait de rire en voyant les têtes des kangourous, qui paraissaient complètement abrutis.
Après, Momo m‘a acheté une glace cassis, et on est allés au bord de la mer. Elle était belle, la mer, plus insolente que jamais, je crois que je ne l’ai jamais autant aimée qu’à cet instant-là. Elle montrait presque arrogamment sa grandeur en crachant de puissantes vagues qui venaient s’écraser contre les rocs pointus. Le vent fouettait ardemment mon visage, balayait des mèches blondes désordonnées qui avaient commencé à repousser, s’infiltrait dans mes poumons, et j’étais plus vivante que jamais.
Il m’apprend comment on fait pour être heureux, Momo.
J’aimerais que rien ne change.


3 février 2011

La maladie progresse rapidement. Plus que prévu. John m’a engueulée ce matin.
« Mademoiselle, vous réalisez l’étendue de votre irresponsabilité ? On vous avez dit de rester bien sagement chez vous. On essaye de vous guérir, cela implique que vous fassiez aussi des efforts.
- Non, vous n’essayez pas de me guérir, vous essayez de ralentir la progression de la maladie. Moi je veux juste profiter de pouvoir vivre encore un peu plutôt que de me terrer chez moi en attendant de mourir.
- On ne peut pas vous sauver si vous ne voulez pas l’être, mademoiselle. »
Là j’ai frémi.
« Il me reste combien de temps ? »
Il m’a dévisagée, peut-être pour voir s’il allait me mentir ou pas. Je crois que mon regard l’en a dissuadé.
« Dans l’état actuel des choses, et si votre état ne s’améliore pas, vous tiendrez à peine deux mois. »
Je tressaille. Deux mois. Alors c’est si grave que ça ? C’est quoi, deux mois, dans l’immensité de la vie ? Une poussière, infime preuve du temps qui passe et que l’on regarde déjà derrière soi. Deux mois. Deux mois. Putain dans deux mois, je serais morte, je verrai plus Momo, mon Momo, ma vie. Ça fait quoi, quand on est mort ? On va au paradis ? Notre âme tourmentée erre éternellement ? Où c’est le néant ? Au pire, j’aimerais bien que ça ne soit pas le néant. Ca me fait peur, le néant.
« Mademoiselle, ne mettez pas votre maladie entre parenthèses pour vivre le plus intensément possible. Vivez juste le plus longtemps possible.
- Vous savez, je m’appelle Émilie. On dit mademoiselle quand on ne connait pas, vous vous venez de m’annoncer que je vais mourir dans deux mois, alors vous pouvez m’appeler Émilie. »
John il sourit, je ne comprends pas pourquoi, mais je n’ai jamais compris cet homme.
Je sors de l’hôpital, et il commence à pleuvoir.
Je me dis que la météo se fout royalement de ma gueule.

27 février 2011

Je n’écris plus beaucoup, j’ai bien mieux à faire. Je ne dors quasiment jamais. C’est une perte de temps bien trop importante. Je crois que je n’ai jamais mangé autant de saucisson que durant ce mois. Je n’ai jamais autant ri, autant parlé, autant rêvé.
Je crois que je n’ai plus peur de mourir. Je l’attends presque, cette salope, peut-être juste pour voir si elle va vraiment m’attraper. Je méprise la Mort comme jamais, je la viole avec un exécrable plaisir, comme si elle ne pourrait jamais m’atteindre. Momo il dit que plus on est vivant plus la Mort a peur de nous. Plus on est heureux plus elle tremble, plus on rit plus elle recule. Alors il faut que je rie. Je crois qu’il dit ça parce qu’il a peur que je pleure.


Jennsen ©


Fin la semaine prochaine.

lundi 14 novembre 2011

Mademoiselle Emilie Partie 3

25 octobre 2010

Stéphane tient à me voir, aujourd’hui. Bah oui, même quand on est leucémique, on est obligée de revenir dans la réalité de temps en temps. Mais pour lui, je crois que je peux bien faire ça. Je respire un grand coup et pousse la porte du café dans lequel il m’a donné rendez-vous. Je le vois, il me sourit. Je le trouve moins beau qu’avant.
Puis on parle. Ça m’agace, de parler. Je ne parle que le jeudi. Le reste du temps, je subis les bla-bla des autres. En entendant, mais sans écouter vraiment. Mais lui je l’écoute. Car il a mis son plus bau pantalon, et s’est aspergé de parfum, alors que d’habitude il n’en met jamais. Je me sens mal à l’aise.
« Tu te sens bien, comment ça se passe ?
- Je survis comme je peux, avec les moyens du bord. » Il sourit tristement.
« Tu…euh… Tu ne devais pas commencer un traitement il y a un mois ? ». Je renonce à lui épargner quoi que ce soit. Après tout c’est un grand gaillard dont le bras fait ma jambe, il pourra bien supporter ça.
« Si, mais il ont fait des analyses plus poussées et je souffre d’une leucémie aiguë myéloïde.
- Ce qui veut dire ?
- 19 cas depuis 1980.
- …
- C’est une leucémie souvent incurable. Le chirurgien a dit qu’il allait m’appeler quand il aurait trouvé un traitement à peu près adéquat.
- …
- Dis quelque chose, merde.
- Et tu veux que je dise quoi ? ». Là je ferme les yeux doucement.
Putain pourquoi tes venue ? Mais pourquoi tes venue bordel ?
Je dois me retenir de ne pas pleurer. Je me fais violence pour ne pas pleurer. Il s’approche de moi et me prend dans ses bras. Il est doux. Mais la seule chose qui me vient à l’esprit c’est qu’il a mis trop de parfum. Je ne veux pas qu’il me déteste, alors je pose ma tête sur son épaule, et je le serre moi aussi. Tout au fond de moi, je lui dis adieu. Je ne veux pas le revoir, je ne veux pas avoir envie de pleurer, je ne veux pas le faire souffrir.
Je veux juste vivre avant de mourir.


2 novembre 2010

Le téléphone sonne. John. Merde, fait chier. J’avais fini par croire qu’il m’avait oubliée. Il veut que je passe à l’hôpital demain. L’espoir le fait vivre, à celui-là.
Au fond à quoi ça sert l’espoir ? À ce qu’on se mente, qu’on se voile la face, qu’on fasse tout pour y croire alors qu’on sait pertinemment que c’est la fin ?
L’espoir est une gigantesque blague qui se fout de notre gueule voilà tout.
Je commence à être fatiguée de vivre. Et l’autre con du 5° qui se plaint parce qu’il a attrapé un rhume carabiné. Putain mais s’il savait, si seulement les gens pouvaient arrêter de regarder leur cul et voir qu’il y en a qui souffrent tellement plus qu’eux.
Et pendant que vous vous plaignez que l’eau de votre bain est trop chaude, il y a un gamin qui est en train de mourir de froid de l’autre côté de la planète.


9 novembre 2010

Je vais voir Momo aujourd’hui, même si ce n’est pas jeudi. J’ai besoin de lui, de ses yeux doux et de son sourire qui décongèlerait un iceberg. Il n’est pas à sa place habituelle. Alors je l’attends, je m’assois sur son carton et je regarde. Je regarde les gens, qui ont l’air heureux. Qui sourient comme je n’aurais plus jamais le droit de sourire, comme s’ils étaient invincibles et que rien en pourrait jamais les briser. Je regarde le soleil, qui brille comme un fou, et je me dis qu’il brille si fort juste pour illuminer ma bassesse. Je regarde les oiseaux qui semblent chanter un hymne à la Mort.
Et puis je vois Momo qui arrive, et tout s’éteint. Il n’y a plus que lui.
« Bonjour princesse. ». Il ne me demande pas pourquoi je suis là. C’est ça qui est bien avec Momo. Il comprend toujours. Et il sait se taire. Même s’il se tait je sais qu’il écoute, plus que n’importe qui, alors je parle, les mots sortent furieusement de ma bouche avec un plaisir indicible, une force monstrueuse, et je ne m’arrête plus. Lui il me regarde et je me sens plus vivante que jamais. Je lui raconte ma peur, ma terreur, je lui dit que la chimio commence dans deux jours. Je lui demande si ça fait mal, je lui demande si je vais toujours être la même après, je lui dis que je vais perdre mes cheveux. Je lui dis que je ne voulais pas de tout ça. Je lui dis que si je dois souffrir, je préfère mourir tout de suite. Je sors tous les mots qui me brûlent, qui me détruisent, je sors tout de moi. Puis il n’y a plus rien. Alors je me tais. Intérieurement, je le supplie de dire quelque chose, de me dire que je suis folle, qu’il ne peut rien faire, lui, avec son saucisson et son sourire.
S’il te plaît Momo, dis moi quelque chose.
« Vous savez quoi, Madame Émilie ?
- Mademoiselle, pas Madame ». Là il sourit Momo.
« Tu sais quoi Mademoiselle Émilie, je t’aime. Alors le vieux Momo, il te protège.
- Je sais ».
Et je souris. Parce que je le sais vraiment.


23 novembre 2010

Ça y est. Je suis chauve. Momo il me dit que je suis toujours aussi belle. Moi je me fais peur. Je suis fatiguée. John a dit que ça ne serait que temporaire. Temporaire est une saloperie de mot pour ne pas dire qu’on ne sait pas quand ça va s’arrêter. Tous les gens autour de moi sont doux, gentils, serviables.
Tous les gens autour de moi sont des hypocrites. Il sourient parce que c’est plus humain de sourire aux malades, et quand ils me proposent de l’aide alors qu’ils savent pertinemment que je vais dire non, ils sont contents parce qu’ils ont fait leur bonne action de la journée.
J’ai demandé à John si j’allais mourir. Ses petites billes rondes m’ont scrutées, sans doute pour savoir si j’étais capable de le supporter. Je ne sais pas ce qui l’a décidé à me le dire. Je pèse 40 kilos toute habillée, j’ai une mine affreuse et j’ai l’air d’une enfant perdue.
Pourtant il l’a dit.
« Tout le monde meurt un jour vous savez.
- Est-ce que je vais mourir bientôt ?
- Nous faisons notre maximum pour ralentir la progression de la maladie.
- Donc je ne guérirais pas ?
- Je ne le sais pas, Madame.
- Arrêtez de me dire Madame. C’est Mademoiselle. »
C’est vrai ça. Madame ça fait tout de suite plus grave, plus sérieux. Plus distingué.
Je n’aurais pas le temps de me faire appeler Madame.


Jennsen ©


La suite la semaine prochaine.

samedi 12 novembre 2011

Avis à tous les écrivains et lecteurs !

  Je vous propose aujourd'hui une autre forme de texte : pourquoi n'écrire que des histoires, des poèmes, alors qu'on peut faire plein d'autres choses ?
  Moi, je pense que certaines personnes pourraient être très intéressées par des textes de chansons, ou des scénarios, ou je ne sais quoi d'autre ! Soyons ouverts ! Tous le monde peut écrire !! Et on peut écrire de tout !
  Alors, qui aimerait être auteur(e) de chansons, qui aimerait écrire des scénarios ou des pièces de théâtre, qui aurait d'autres idées à nous communiquer ???
  Bon, les scénarios c'est pas vraiment fait pour lire, d'accord, mais si on peut rendre service à quelqu'un qui aime tourner plus qu'écrire, pourquoi s'en priver ? Après, à chacun de choisir...

Mélody

jeudi 3 novembre 2011

Mademoiselle Emilie Partie 2

20 août 2010

Quand je sors de l’hôpital, tout d’abord je ne pense à rien. Puis une bête phrase se forme dans mon esprit.
Elle est arrogante, cette salope, avec ses airs de conquérantes et ses 3 mots minables.
Mais elle se répète en boucle, dans ma tête, tant que je n’entends plus que ça, cette putain de mélodie que j’ai envie de fredonner, de hurler à la face du monde, ce traître misérable.
Je suis leucémique, je suis leucémique, je suis leucémique.
La poissonnière me dit bonjour en souriant.
Hey Sonia tu sais quoi ? Je viens d’apprendre que je suis leucémique. T’entends ça ? Je suis leucémique putain !
« Bonjour Sonia, tu vas bien ? ». Je ne m’attarde pas à écouter sa réponse. Je déteste les gens qui disent « Salut, ça va ? ». En fait ils s’en foutent royalement, ils demandent ça pour être poli, et attendent juste que tu dises « oui » pour pouvoir se casser.
Je ferme les yeux. Je ne veux plus penser à ça.
Il ne faut plus que je pense à ça.
Mais ma glace m’empêche de voir autre chose. Je suis nue, mouillée, et je repense à ce gamin qui fait du skate-board.
Tu t’en fous sûrement, mais je suis leucémique. Toi tu roules sur une conne de planche avec ses malheureuses roulettes, et moi je suis leucémique. Et après il y en a qui disent que la nature est bien faite. Tous des salopards hein ?
Et ça continue comme ça. Le boulanger, le facteur. Mon voisin.
Tout semble normal. Les gens passent à côté de moi, vont faire leurs courses, téléphonent, sourient. Et ce connard de soleil qui se met à briller.
La vie continue, alors que mon monde vient de s’écrouler. Est-ce que je suis mise à part, maintenant, est-ce que j’aurais toujours l’impression d’être à l’extérieur de cette masse sombre et floue qui ne connait que les petits tracas quotidiens ?
Moi je marche, avec cette voix qui hurle, qui déracine mes oreilles, qui me donne mal à la tête.
Putain je le sais que je suis leucémique on a compris !
Grand silence. Je me dis que je suis en train de devenir folle.


2 septembre 2010

Je n’ai pas besoin de me sécher, je le suis déjà. J’enfile n’importe quoi, maintenant ça n’a plus aucun intérêt. Je descend les marches de mon appartement, alors que l’ascenseur n’est pas en panne. 20 minutes de marche par jour qu’ils disent.
Je vais voir Momo. Fidèle au poste, assis sur son carton devant le magasin. Un jour que le patron a voulu le virer, je l’ai supplié de le laisser, lui exposant mes arguments sur l’isolement des SDF. Il devait pas être bien au courant, le boss, parce qu’il a gobé toutes mes conneries et qu’il est parti en soupirant. C’est qu’il a une bonne tête, Momo, avec ses bouclettes brunes et ses yeux tout bleus.
Alors maintenant tout le monde connaît Momo, ça fait 1 an qu’il est là. Ça fait un an qu’il me sert de pilier. Il est indestructible, Momo. Je le regarde, il me sourit, et j’ai l’impression d’être la huitième merveille du monde. Je cours vers lui, me réfugie dans ses bras chauds et protecteurs.
« Qu’est-ce qui t’arrive princesse ? »
En entendant sa voix grave et rocailleuse me demander ce que j’ai, là seulement je me rends compte que je suis en train de pleurer.
Puis je me demande pourquoi je ne lui ai pas dit, à lui, à Momo, alors que c’est celui auquel j’aurais du penser en premier, bien avant Stéphane. Peut-être que j’ai trop peur qu’il me déçoive, lui aussi, qu’il se mette à pleurer, à compatir, à se dire désolé.
« Momo, je suis leucémique. » Son visage a comme un bug, ses traits se figent, tout comme ses yeux céruléens. Cela ne dure qu’un instant, à peine une seconde, puis très vite il se reprend.
« Bah, tu t’en remettras. Tu veux du saucisson ? ».
Je souris. C’est mon Momo, comment avais-je pu croire un seul instant qu’il me décevrait ? Je hoche la tête. C’est notre saucisson du jeudi, le saucisson qui veut dire que c’est mon jour de congé, et que je peux passer toute la matinée avec lui. Je croque dans la généreuse tranche qu’il me tend, plus grosse que d’habitude. Chaque semaine, j’oublie à quel point c’est délicieux, et je m’extasie devant le goût merveilleux de la charcuterie.
D’autres boivent pour oublier, moi je mange du saucisson avec un SDF devant mon magasin.

24 septembre 2010

Je me réveille toutes les nuits en hurlant. Je rêve de la bouche de John Bonnet, des petits poils qui se baladent partout, qui me fascinent, de ses deux lèvres qui s’agitent sans cesse pour prononcer ces 3 mots. La phrase s’insinue dans ma tête, me dévore, ronge tout en moi, me laisse en feu, puis s’éloigne pour me regarder brûler. C’est là que je commence à hurler.
Je suis fatiguée, je ne mange rien. Je n’ai plus envie de rien.
Le traitement doit commencer dans 4 jours. Chimiothérapie. Ouais, le truc qui te consume pour te laisser vide, qui détruit tout en toi et qui te prends tes cheveux. Je demande à John si on peut pas simplement me laisser mourir en paix. Il rigole, parce qu’il croit que je plaisante. Puis il voit que non, et plante ses deux billes dans mes yeux. Je déteste ça.
« Je ne vous laisserai pas mourir, Émilie.
- Vous y pouvez quoi, vous, avec votre habit de magicien et votre scalpel ? Arrêtez de prendre ma maladie pour une affaire personnelle, pour soulager votre conscience, et foutez moi la paix. »
Il sourit, je ne comprends pas pourquoi. Mais ça fait longtemps que j’ai arrêté d’essayer de comprendre le comportement de mes semblables.
« Je n’essaye pas de vous soigner pour soulager ma conscience, madame, j’essaye de vous soigner car c’est mon métier. »
Et toc, le vieux a cloué le bec à la salope. Je l’ai mérité. Alors je repars, et je fourre mon sourire dans ma poche. Je ne sais pas comment réagir quand je sais que j’ai tort.
Je ne sais pas s’il y a une manière adéquate de réagir, quand on vient de commettre une bourde, à part savoir se la fermer et s’en aller.


9 octobre 2010

Je parle à Momo des rêves que je fais la nuit. Il ne dit rien pour me rassurer mais il me rassure quand même, avec ses grosses mains qui tiennent fermement les miennes, ses yeux qui ne me quittent pas un seul instant, son souffle calme et régulier qui s’ajuste au mien. Il m’écoute, comme ça, pendant 20 minutes environ, puis le magasin ouvre et nous achetons notre saucisson. Après, on va avenue des colombes, et on fait les cons en faisant peur aux pigeons. Puis on va à la rivière, je m’assois tout contre lui, et on regarde les cygnes qui passent lentement. On se moque de la terre entière, on se fait des promesse complètement stupides.
« Tu sais faire le moon-walk, Momo ?
- Bien sur princesse, il sait tout faire le Momo.
- Tu m’apprendras, dis ?
- Ah, pour sur que je t’apprendrais !
- J’aimerais bien aller en Australie, aussi.
- D’accord. On ira faire du moon-walk avec les kangourous.
- Tu promets ? ». Là, je le sens bien qu’il hésite. Momo il ne ment jamais.
« Je promets. »
Je souris. Pour la première fois de sa vie, Momo a menti.

Jennsen ©


Suite la semaine prochaine

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