Alors, j'ai un problème : j'ai commencé un texte cet été, et j'en ai fait deux versions : une catastrophique style films d'horreur, et une pas crédible du tout mais qui finit bien...
Alors j'ai besoin de votre aide !! Je vous donne les deux versions, à vous de me dire si je développe plus l'une que l'autre ou si je la laisse telle quelle, ou alors si je combine les deux en les transformant un peu, genre que ça parte mal, et que ça finisse bien... Ou peut-être que la mauvaise fin n'était qu'un rêve ? enfin, voilà les textes :
1ère version :
- Comment trouves-tu ma nouvelle robe ?
Elle se pavane devant le miroir comme une idiote. Comme toutes ces idiotes qu'on croise dans la rue.
- Magnifique... répondis-je en essayant d'afficher une profonde sincérité que je n'ai pas le moins du monde.
- Elle m'a coûtée très cher tu sais...
J'ai envie de répondre « Mais oui, je sais, patate » mais je ne dis rien. Pour l'instant, je me retiens. Quand je ne pourrai plus me retenir de vivre, je cracherai tout ce que je garde depuis des années à la face du monde. Tranquille. Soulagée. Vivante. Et avec le beau sourire aux lèvres que les gens me reprochent de ne jamais avoir. Ça aussi, je le garde, mais pour qu'il soit plus beau, plus brillant, plus méprisant. Et après, je partirai, sereine.
- Anaren ? Tout va bien ?
- Oui oui, ça va... Je pensais juste... enfin, j'imaginais comment cette belle robe a été confectionnée...
- Ah... Au fait, je vais au bal ce soir avec des amis. Tu m'accompagnes ?
- Non, je suis un peu fatiguée, il faut que je me couche plus tôt, j'ai un peu veillé hier soir...
Je sais trop bien mentir moi...
- Bon... Tant pis.
- Je dois y aller, au revoir Katie.
- A demain Anaren !
Espèce de pimbêche, va ! Tu savais très bien que je ne viendrais pas au bal, mais tu t'obstines. Qu'est-ce que tu cherches ?
Grrr ! Obligée de travailler pour elle. Peux pas faire autrement.
Pffff... Marre, marre, marre !
Je passe pour une cinglée, mais en fait, je suis désespérée... Plus que désespérée même. Accablée. Accablée par ce monde, cette société, cette vie. Pourquoi ne pas aller habiter loin sur une île ? Pas d'argent. Pas assez. J'économise. Quand j'aurai assez je partirai dans un endroit vide, une île par exemple. Où je serai seule avec moi-même. Tranquille. Voilà.
Puis toujours cette musique dans ma tête. Celle qui dit « La Vie est un espoir, sert t'en comme un grimoire. Mais n'arrache pas les pages, un jour tu trouveras ça dommage... »
Connais même pas cette chanson. Parfois je me demande si mon esprit me joue pas des tours...
***
Sept heures du matin. Le téléphone sonne. Katie, bien-sûrn
- Allô, répondis-je avec un ton endormi comme à chaque réveil.
T'es pas fatiguée après ta nuit à faire la belle devant tous ces cons ? T'es obligée de me faire chier à sept heures du mat' pour me réveiller ?
- Anaren ? C'est moi, Katie. Je n'irai pas au magasin aujourd'hui. Désolée...
- Pourquoi ?
Tu t'es tellement saoulée que t'ose pas te montrer devant tes chers petits clients, tu veux pas salir ta réputation ?
- Hier soir, j'étais au bal, tu sais ?
Oui je sais, patate. Moi j'ai pas une mémoire de poisson rouge.
- Je n'ai pas dormi de la nuit... continue-t-elle. Je ne te serai d'aucune aide aujourd'hui...
Ça t'arranges hein ? C'est tellement plus cool de rester tranquille chez soi à dormir que rester debout toute la journée à servir nos clients alors qu'une autre pauvre fille peut le faire à ta place...
- Anaren ? Tu es là ?
- Bonne nuit alors, dis-je sèchement pour une fois, en raccrochant sans prévenir.
À demain, chère truie !
Quelle conne. Pourquoi est-ce que je traîne avec elle si je la déteste ? C'est que je déteste tout le monde, mais personne ne le sait. Faut bien que je trouve quelqu'un pour avoir du travail. Moi, elle m'aime bien, je ne sais pas pourquoi, mais ça m'arrange quand-même. Quoi ? Je pourrai faire un effort ? Non, j'ai pas envie. Pas besoin d'amis. Pas besoin. Si j'aime quelqu'un ? Un homme ? Aimer pour amour ? Euh... Non. Je ne sais pas. Je ne connais presque personne. Je n'ai pas envie de connaître les gens. Tous cons. Tous égoïstes. Personne ne m'intéresse. Je ne connais pas tout le monde alors je ne peux pas dire ça ? Je dis ce que je veux. Je ne sais pas de quoi j'ai besoin, je ne ressens rien. Rien du tout. Un grand vide. Si, de la haine seulement.
***
J'ai travaillé toute seule au magasin toute la journée. Enfin, pas toute seule, il y avait Alienor, la stagiaire, Sophie et Isabelle, qui remplissaient les rayons... Mais sans Katie. Son magasin est petit, on y vend des chaussures... Autant dire que c'est très excitant... Mais ma vie est comme ça, terriblement excitante... Inattendue... Indésirable. Je me demande pourquoi je ne me suis pas encore suicidée. Peut-être parce qu'une partie de moi, minuscule mais encore là, s'acharne à m'accrocher à l'espoir que tout change... Je me persuade seule que tout est perdu, mais tout au fond de moi, même si je ne veux pas le voir, j'espère encore...
***
Ce soir, pour une fois, j'ai faim. Très faim même. Peut-être que cette journée sans Katie m'a redonné l'appétit. Je ne me pose plus de questions, c'est trop fatiguant. Je fais des spaghettis, et tout ce qu'il y a dans ma tête, c'est la recette. Pas bien compliquée. Mais je me concentre au maximum, histoire de m'occuper l'esprit avant qu'il ne recommence à fredonner quelque chanson indésirable. Je me goinfre comme pour rattraper toutes ces soirées face à mon assiette vide. Et mon ventre ne gargouillait pas. Il était plein d'autre chose. Je l'avais nourri de colère et de haine toute la journée. Au moins ça économise de l'argent. En un mois, j'ai économisé deux-cent euros, avec mes assiettes vides. Je pourrai bientôt partir. Mais, je ne sais pas où.
Je vais me coucher en laissant mes habits sales traîner par terre. Trop crevée pour faire quoi que ce soit. Envie de dormir, dormir, dormir... Et de ne plus me réveiller. Mais pas moyen de trouver le sommeil. Je pense beaucoup trop. Je pense que tous ces gens du monde sont cons, débiles, indésirables, qu'on dit que l'erreur est humaine alors que l'humain est une erreur, rien d'autre. Et je suis en colère.
Mais le matin, je pense encore. J'ai réussi à m'endormir mais pas à m'arrêter de penser. Je me prépare vite fait bien fait devant la glace de la salle de bain, et je vais au magasin travailler. Et là, je vois Katie, qui invite des copines à voir sa collection, et qui semble ne pas me voir. Elle m'ignore complètement. Elle sait que je déteste quand elle fait la pétasse comme ça. Elle a compris, sans mots. Mais cette fois, c'en est trop, elle me prend pour une idiote à la caisse, celle qui sert les clients comme elle, qui se croit plus haut placée que la moyenne parce qu'elle est bien habillé. Enfin, à la mode, même si c'est moche.
Quand elle me regarde enfin, elle me lance un regard méprisant, comme si elle avait entendu tout ce que je disais sur elle dans ma tête. Et elle me tourne le dos. Je hurle intérieurement de rage.
Pauvre conne. Je croyais que tu étais mon amie, enfin, toi tu semblais m'apprécier, moi pas, évidemment, mais on dirait que tu as trop honte pour dire à tes putains d'amies « distinguées » que je suis ton employée, et avec qui tu t'entends plutôt bien, à qui tu te confies même si je ne t'écoutes pas, à qui tu proposes plein de belles sorties que je refuse à chaque fois... Grrrr !!!
- Tu me dégoutes, je te déteste, je te hais ! Espèce de salope !
Oups, cette fois je l'ai dit ! Trop tard... oh, comme c'est dommage !
Elle se retourne comme une flèche, me regarde toute étonnée d'abord, puis fronce les sourcils et plante ses yeux dans les miens. J'espère que je rougis beaucoup, parce que là, je suis fichue.
Alors, la haine grandit, grandit, grandit, j'ai l'impression que mes yeux deviennent tout noirs, que mes traits se transforment en rides et ma bouche en un sourire mauvais. Je ne sais pas trop ce qui se passe. Je ne me contrôle plus vraiment. Comme si quelqu'un prenait mon corps et s'en servait à ma place.
Je souris, c'est agréable de voir la tête terrorisée de tous ces gens autour de moi.
- Vous êtes tous pitoyables... Quelle perte de temps, ce travail, cette vie, mais quelle joie d'en arriver là !
Ils ne savent pas quoi répondre, ces imbéciles à l'air horrifié si comique.
Je sens comme une force immense dans mon corps et dans ma tête. Puis une explosion de haine, de colère et cette sensation d'injustice. Le magasin est sombre, très sombre. Les volets sont tirés, une pancarte où on voit en gros « fermé » trône devant la boutique. Qui les a mis ? Je ne sais pas. Je m'en fiche. C'est très bien comme ça. Les lampes virent au rouge sang. Et je ne touche plus le sol, je flotte.
- Cette fois, je vais déverser ma rage entière, après je sortirai et je la hurlerai dehors. Que tout le monde sache. Après je m'en irai pour le pays des os, morte, suicidée. Voilà !
- Tu fuis, tu es lâche, tu es faible, cria Alienor, révélant ce qu'elle cachait depuis toujours, ce courage, cette force, cette colère aussi; ce doit être ça que je n'aimais pas du tout, mais alors pas du tout, chez elle.
- Tu ne veux pas me rejoindre ? Ta chère Anaren sera douce avec toi...
- Tu rêve, ma pauvre ! Moi je ne fuis pas le monde, moi je suis plus courageuse que toi ! réplique-t-elle.
- Dommage... Je pourrai tuer tout le monde avant moi...
- Mais que se passe-t-il dans ta tête, que t'est-il arrivé pour que tu haïsses autant ce monde et les gens qui l'habitent ?
- Ça ne te regarde pas, petite peste.
- Oh que si ! Tu veux tuer tout le monde, tu hais tout le monde, et on a le droit de savoir pourquoi.
- En vérité... Je ne sais pas. J'ai oublié ce qui s'est passé. Je sais que quelque chose est arrivé, mais quoi...
- Moi je sais, intervient Katie. Tu a été témoin de la mort de tes parents, pendant la guerre. Ils cachaient des juifs. Comme ils essayaient d'empêcher la police de les emmener, ils les ont tués. J'étais la, moi aussi, j'étais ta voisine à l'époque, et je t'ai prise sous mon aile pendant quelques jours, jusqu'à ce qu'on te trouve un meilleur endroit pour vivre. Tes parents et moi avions beaucoup sympathisé, je me sentais responsable de toi, puisque j'étais la seule qui ne te rejetais pas. Mais tu étais tellement choquée après ça que tu as tout oublié. Cela paraît à peine croyable mais c'est la seule explication que j'aie trouvée...
- Je ne veux pas me souvenir !
- Anaren, le supplice que tu subis n'est pas notre faute. Personne n'y peut rien autour de toi. La guerre est finie, maintenant... Les hommes qui ont tué tes parents sont morts eux-aussi, désormais...
Je ne veux pas comprendre. La petite Anaren butée que je crois avoir été est revenue à la charge. Maintenant, je ne vois plus avec les yeux, ils sont noirs, entièrement noirs. Mes cheveux se dressent sur ma tête. Mes doigts se tordent comme ceux des sorcières, et mon visage vieillit tout d'un coup. Puis redevient lisse. Tout mon corps redevient normal. Et il se transforme toujours, mais vire à la beauté divine. Parfaite, de porcelaine, intouchable. Mes yeux sont bleus, à la place du noir d'encre.
La rage, la haine, la colère, l'injustice et la douleur se combinent en une sorte de force inconnue et dévastatrice. Je ne veux épargner personne. Parce que je me souviens, désormais, je revois cette scène affreuse qui tourne et retourne dans ma tête. Malgré la rage qui habite mon âme, mon visage reste de marbre, comme si je portais un masque. Les gens pourraient croire que je suis sereine, finalement... Pfff ! Quelle bande d'inutiles... Ils se croient tous plus importants les uns que les autres. Comment peuvent-ils imaginer un instant que tout va « rentrer dans l'ordre », comme dans Cendrillon ou Blanche-neige ? Comment peuvent-ils espérer que je les épargne ?
Mais seule, je ne ferai pas le poids. Je dois faire entrer mes frères et sœurs dans la danse.
Le Bal des Ombres peut enfin commencer...
2ème version :
- Comment trouves-tu ma nouvelle robe ?
Elle se pavane devant le miroir comme une idiote. Comme toutes ces idiotes qu'on croise dans la rue.
- Magnifique... répondis-je en essayant d'afficher une profonde sincérité que je n'avais pas le moins du monde.
- Elle m'a coûtée très cher tu sais...
J'ai envie de répondre « Mais oui, je sais, patate » mais je ne dit rien. Pour l'instant, je me retiens. Quand je ne pourrai plus me retenir de vivre, je cracherai tout ce que je garde depuis des années à la face du monde. Tranquille. Soulagée. Vivante. Et avec le beau sourire aux lèvres que les gens me reprochent de ne jamais avoir. Ça aussi, je le garde, mais pour qu'il soit plus beau, plus brillant, plus méprisant. Et après, je partirai, sereine.
- Anaren ? Tout va bien ?
- Oui oui, ça va... Je pensais juste... enfin, j'imaginais comment cette belle robe a été confectionnée...
- Ah... Au fait, je vais au bal ce soir avec des amis. Tu m'accompagnes ?
- Non, je suis un peu fatiguée, il faut que je me couche plus tôt, j'ai un peu veillé hier soir...
- Bon... Tant pis.
- Je dois y aller, au revoir Katie.
- A bientôt Anaren !
Espèce de pimbêche, va ! Tu savais très bien que je ne viendrais pas au bal, mais tu t'obstines. Qu'est-ce que tu cherches ?
Grrr ! Obligée de travailler pour elle. Peux pas faire autrement.
Pffff... Marre, marre, marre !
Je passe pour une cinglée, mais en fait, je suis désespérée... Plus que désespérée même. Accablée. Accablée par ce monde, cette société, cette vie. Pourquoi ne pas aller habiter loin sur une île ? Pas d'argent. Pas assez. J'économise. Quand j'aurai assez je partirai dans un endroit vide, une île par exemple. Où je serai seule avec moi-même. Tranquille. Voilà.
Pis toujours cette musique dans ma tête. Celle qui dit « La Vie est un espoir, sert t'en comme un grimoire. Mais n'arrache pas les pages, un jour tu trouvera ça dommage... »
Connais même pas cette chanson. Parfois je me demande si mon esprit me joue pas des tours...
Sept heures du matin. Le téléphone sonne. Katie, bien-sûr.
- Allô, répondis-je avec un ton endormi comme à chaque réveil.
T'es pas fatiguée après ta nuit à faire la belle devant tous ces cons ? T'es obligée de me faire chier à sept heures du mat' pour me réveiller ?
- Anaren ? C'est moi, Katie. Je n'irai pas au magasin aujourd'hui.
- Pourquoi ?
Tu t'es tellement saoulée que t'ose pas te montrer devant tes chers petits clients, tu veux pas salir ta réputation ?
- Hier soir, j'étais au bal, tu sais ?
Oui je sais, patate. Moi j'ai pas une mémoire de poisson rouge.
- Je n'ai pas dormi de la nuit... continua-t-elle. Je ne te serai d'aucune aide aujourd'hui...
Ça t'arranges hein ? C'est tellement plus cool de rester tranquille chez soi à dormir que rester debout toute la journée à servir nos clients alors qu'une autre pauvre fille peut le faire à ta place...
- Anaren ? Tu es là ?
- Bonne nuit alors, dis-je sèchement pour une fois, en raccrochant sans prévenir.
À demain, chère truie !
Quelle conne. Pourquoi est-ce que je traîne avec elle si je la déteste ? C'est que je déteste tout le monde, mais personne ne le sait. Faut bien que je trouve quelqu'un pour avoir du travail. Moi, elle m'aime bien, je ne sais pas pourquoi, mais ça m'arrange quand-même. Quoi ? Je pourrai faire un effort ? Non, j'ai pas envie. Pas besoin d'amis. Pas besoin. Si j'aime quelqu'un ? Un homme ? Aimer pour amour ? Euh... Non. Je ne sais pas. Je ne connais presque personne. Je n'ai pas envie de connaître les gens. Tous cons. Tous égoïstes. Personne ne m'intéresse. Je ne connais pas tous le monde alors je ne peux pas dire ça ? Je dis ce que je veux. Je ne sais pas de quoi j'ai besoin, je ne ressens rien. Rien du tout. Un grand vide. Si, de la haine seulement.
***
J'ai travaillé toute seule au magasin toute la journée. Enfin, pas toute seule, il y avait Alienor, la stagiaire, Sophie et Isabelle, qui remplissaient les rayons... Mais sans Katie. Son magasin est petit, on y vend des chaussures... Autant dire que c'est très excitant... Mais ma vie est comme ça, terriblement excitante... Inattendue... Indésirable. Je me demande pourquoi je ne me suis pas encore suicidée. Peut-être parce qu'une partie de moi, minuscule mais encore là, s'acharne à m'accrocher à l'espoir que tout change... Je me persuade seule que tout est perdu, mais tout au fond de moi, même si je ne veux pas le voir, j'espère encore...
***
Ce soir, pour une fois, j'ai faim. Très faim même. Peut-être que cette journée sans Katie m'a redonné l'appétit. Je ne me pose plus de questions, c'est trop fatiguant. Je fais des spaghettis, et tout ce qu'il y a dans ma tête, c'est la recette. Pas bien compliquée. Mais je me concentre au maximum, histoire de m'occuper l'esprit avant qu'il ne recommence à fredonner quelque chanson indésirable. Je me goinfre comme pour rattraper tous ces soirées face à mon assiette vide. Et mon ventre ne gargouillait pas. Il était plein d'autre chose. Je l'avais nourri de colère et de haine toute la journée. Au moins ça économise de l'argent. En un mois, j'ai économisé deux-cent euros, avec mes assiettes vides. Je pourrai bientôt partir. Mais, je ne sais pas où. Je crois que j'ai peur, en fait... Peur de l'inconnu... Mais en même temps je me jetterai bien dedans, je n'ai rien d'autre à faire, de toute façon...
Je vais me coucher en laissant mes habits sales traîner par terre. Trop crevée pour faire quoi que ce soit. Envie de dormir, dormir, dormir... Et de ne plus me réveiller. Seulement voilà, je sens qu'il y a quelque chose qui change chez moi. C'est suspect, ce goût soudain de la nourriture, ces sentiments qui surgissent sans prévenir, cette conscience, tout à coup, de ce qui se passe au dedans de moi. C'est étrange, cette haine moins violente, cette idée de voyager, cet argent que j'ai rassemblé sans m'en apercevoir... C'est comme si cette pauvre idiote d'Anaren que je suis se mettait à ne plus rien contrôler, rattrapée par le temps, rattrapée par ce qu'elle se cache à elle-même...
Cette idée-là me donne un coup de poignard dans le ventre, me coupe le souffle. Et la haine reviens, comme un raz-de-marée, elle emporte tout sur son passage, elle détruit les digues fragiles qui commençaient à peine à se construire, elle me tue de l'intérieur. Et là, Katie. Et là, ma colère. Et là, les mots. Plus violents les uns que les autres, plus blessants qu'une lame, plus noirs que je ne l'aurai voulu. Oui mais voilà, maintenant j'ai découvert que ce n'était pas moi qui faisait ça. En fait, je n'avais strictement rien à reprocher à Katie, à part son attitude idiote, sa vantardise, ses sourires mal placés et ses soirées débiles... oui, bon, ça fait déjà pas mal, mais quand-même !
La revoilà. Plus douloureuse encore. Cette vague de haine, je viens de découvrir qu'elle avait juste trouvé un corps pour s'exprimer, c'est tout ce que j'ai amassé de douleurs pendant des années, mais maintenant c'est fini. J'ai fini. Et la haine, fâchée de devoir s'en aller, tente encore de me rallier à sa cause. Oui, mais c'est trop tard.
C'est trop tard parce que ce qui viens de me sauver, c'est Lui. En fouillant dans mes souvenirs, j'ai fini par en retrouver UN joyeux. Un que j'avais oublié, avalé par la masse d'un sentiment constant. Un visage. Des yeux bleus. Des cheveux bruns. Et un sourire. Profond. Sincère. Aimant. Dans son regard d'océan, j'avais vu qu'il m'aimait. Moi j'avais eu peur. Je ne me sentais pas légitime. Je croyais ne pas avoir le droit d'être aimée parce que je n'étais pas une fille comme il faut. Je venais de la rue. Orpheline. Parents assassinés... Pas une vie de rêve en perspective quoi...
Mais il faut un début à tout !
Mais il faut un début à tout !
Mélody ©
Puisque la haine ne cessera jamais avec la haine, la haine cessera avec l'amour.
Bouddha
Le mépris est la forme la plus subtile de la vangeance.
Baltasar Gracian Y Morales
2 commentaires:
J'aime bien tes deux histoires, je trouve que la première est plus "explicite", mais je n'ai pas trop compris avec qui elle parle dans le dialogue...
Et j'adore les deux "patate" du début ! J'ai bien ri !
Plus explicite... Please, help !
Dans le dialogue ? ah, je devrai rajouter a chaque fois qui parle, en effet... Au début c'était avec Alienor, une stagiaire du magasin, et la suite c'est Katie, je crois.
C'est aussi ce que je préfère, les patates du début :) il faudrait que je mette plus de trucs comme ça, moins méprisants, pour que le texte garde son caractère amusant, non ?
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