Citation

"Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."

William Faulkner

mercredi 24 octobre 2012

Cariño

Tu es assis devant la bée vitrée, tu regardes le temps passer. Tu es seul, si seul. L'hiver t'emportera peut-être cette année sous son manteau glacé. Tu ne sais pas, tu ne sais plus. Rien ne bouge, pas même toi. Dehors, l'herbe est blanchie par le froid, les arbres sont nus et paraissent si fragiles, les nuages passent dans le ciel bleu et le soleil n'est pas là pour réchauffer l'atmosphère, juste pour apporter un peu de lumière.
Tu t’ennuies. Toutes ces années que tu as vécues, tous ces gens que tu as rencontrés, et tous ces enterrements auxquels tu es convié. Ils meurent tous autour de toi. Tes enfants sont partis vivre leur vie loin là-bas. Tu es de plus en plus seul.
Tes jambes sont trop vieilles pour jouer comme un enfant, pour marcher jusqu'au village. Tes yeux sont trop fatigués pour voir les détails, et tes doigts sont trop tremblants et gourds pour faire les choses avec finesse. Finies les broderies de mamie. Finies les décorations de bois que tu faisais avec patience.
Maintenant que tu es seul et que tu ne peux plus rien faire que rester assis sur ta chaise, tu regardes le temps dérouler son tapis derrière la vitre. Les jours sont tous les mêmes, tu ne sais plus faire la différence. La monotonie et la solitude t'emportent peu à peu, et la mort aiguise son arme pour mieux te faucher quand il sera temps.
Tu deviens si immobile qu'on en vient à se demander si c'est toi qui regardes le paysage ou si ce n'est pas plutôt le paysage qui te regarde, une lueur de compassion dans les yeux, malgré son impuissance.
Puis deux petites oreilles blanches et poilues troublent ta vue. Quelque chose de chaud se roule en boule contre toi, et se met à ronronner.
Le ronron a brisé le silence qui te gardait prisonnier.
Un vague sourire se dessine sur tes lèvres sèches et ridées, et fait briller tes yeux comme autrefois.
Le chaton t'a rendu le sourire que tu avais perdu, celui-là même qui était mort avec tes frères et tes amis, et qui errait en toi comme une âme en peine aux côtés de ta joie.
Et la mort est partie chasser une autre proie.
Mélody ©

3 commentaires:

Unknown a dit…

Emouvant et très jolie chute...Merci!

Unknown a dit…

Emouvant et léger; très jolie chute.

Kaëlestys a dit…

Merci beaucoup ! :) ♥

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