L'enfant était assise sur un
petit banc de bois, devant la cheminée, toute seule. Elle regardait
les flammes danser devant elle avec de grands yeux, comme si c'était
la plus belle chose au monde. Il faisait sombre dans la pièce, et
les flammes vives faisaient comme des éclairs dans un orage, des
reflets dansants sur les murs de la chaumière. La fillette ne
bougeait pas, les poings serrés sur son jupon et les chevilles
croisées. Ses yeux étaient aussi immobiles que le reste de son
corps, et servaient de miroir au feu.
L'enfant se leva lentement, sans
quitter des yeux l'objet de sa fascination, puis s'approcha de la
cheminée, le dos légèrement courbé. Elle s'arrêta à quelques
pouces des flammes, leur lueur dansant sur ses joues, leur chaleur y
faisant apparaître de nouvelles couleurs.
Elle avança encore, entrant
entièrement dans le brasier. Elle ne sentait pas la douleur, elle ne
sentait pas l'odeur de sa chair agressée, brûlée, elle ne sentait
plus rien d'autre qu'une joie intense de ne plus faire qu'un avec le
feu. Un sourire étincelant se dessina sur ses lèvres, et elle ferma
les yeux en levant les bras au ciel et en relevant le menton,
s'offrant toute entière au pouvoir des flammes, ouvrant son cœur à
leur chaleur sans se rendre compte que son corps brûlait comme les
bûches de chêne sec.
Ses pieds ne touchaient plus le
sol, la cheminée ne l'enfermait plus dans son étreinte de pierre,
le feu ne l'agressait plus, il dansait avec elle, il la frôlait de
ses tentacules orangées, tourbillonnant dans l'immensité du ciel.
Des ombres et des reflets lumineux maquillait le visage doux et
serein de l'enfant. Le vent lui offrait des ailes, et elle s'élevait
dans le ciel, toujours plus haut, perdue dans les étoiles, perdue
dans ses rêves aux couleurs chatoyantes. Ses cheveux dansaient eux
aussi, comme si sa tête était une pieuvre qui se laisse aller aux
aléas de la mer. Et les jupes de la petite fille étaient des vagues
agitées par le courant du vent.
Dehors, l'air était glacial. De
gros flocons de neige blancs tombaient par milliers, ensevelissant les
touffes d'herbe grasse, recouvrant le lac gelé d'un châle
d'hermine, recouvrant les arbres comme pour les cacher, unissant tout
d'une même couleur apaisante s'opposant à la noirceur de la nuit.
Puis un rayon de lumière crevant
l'obscurité. Une petite silhouette s'éleva dans le ciel, des
flammèches de soleil entourant gracieusement son petit corps. Ses
cheveux déployés comme les tentacules d'une pieuvre dansaient avec
l'orangé, soulevés avec régularité et légèreté comme l'onde
d'une vague; une vague de vent alors que rien de bougeait à
l'instant, le temps s'était-il arrêté ?
L'enfant s'élevait vers le ciel
les bras tendus, ses yeux étaient fermés cependant que ses lèvres
s'étiraient en un dernier sourire.
Puis les flammèches se
regroupèrent en une boule lumineuse flottant au-dessus de son cœur. La tête reversée, les bras lâchés, tous
ses membres détendus et attirés vers la terre par le phénomène de
gravité, elle n'était plus soulevée qu'au niveau de la boule de
feu et de lumière, son cœur devenant le centre d'elle-même. Elle traversa un nuage et resta allongée dessus, alors que les dernières lueurs de sa danse avec les flammes s'éteignaient sur sa poitrine, comme aspirées par son cœur pourtant mort. Elle était entrée dans le domaine du ciel, le feu n'avait rien à y faire.
Elle était seule dans l'immensité. Seule sur un nuage qui témoignait de son départ du monde des vivants. Désormais c'était lui qui continuait son voyage vers le ciel, qui la conduisait lentement vers les étoiles dont elle ferait partie.
Puis les flammèches réapparurent, mais d'une autre manière. Tout son corps était lumineux maintenant, comme si son cœur, les ayant aspirées, avait réussi à faire circuler la lumière chaude et brillante dans ton son corps, remplaçant le liquide habituellement rouge dans ses veines.
La silhouette s'éleva à nouveau toute seule, rendant sa solitude au nuage, pour prendre place dans l'infinie voûte céleste au milieu de tous les corps flottant ainsi pour toujours.
L'enfant était assis sur un petit banc de bois, devant la cheminée, toute seule. Elle regardait les flammes danser devant elle avec de grands yeux, comme si c'était la plus belle chose au monde. Il faisait sombre dans la pièce, et les flammes vives faisaient comme des éclairs dans un orage, des reflets dansants sur les murs de la chaumière. La fillette ne bougeait pas, les poings serrés sur son jupon et les chevilles croisées. Ses yeux étaient aussi immobiles que le reste de son corps, et servaient de miroir au feu.
Mélody ©
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